Des divinités prostituées et un Dieu mis à nu

 

Sous Marc-Aurèle, vers l’an 150, apparaît dans le monde méditerranéen la figure de Numénius, originaire de Syrie, et néo-pythagoricien. C’était un philosophe, un poète, un maître en métaphores. On a conservé de lui quelques « fragments ». J’utiliserai ici leur édition par le père jésuite E. des Places en 1973.

« Un pilote qui vogue en pleine mer, juché au-dessus du gouvernail, dirige à la barre le navire, mais ses yeux comme son esprit sont tendus droit vers l’éther, sur les hauteurs, et sa route vient d’en haut à travers le ciel, alors qu’il navigue sur mer. De même aussi le démiurge, qui a noué des liens d’harmonie autour de la matière, de peur qu’elle ne rompe ses amarres, et ne s’en aille à la dérive, reste lui-même dressé sur elle, comme sur un navire en mer; il en règle l’harmonie en la gouvernant par les Idées, regarde au lieu du ciel, le Dieu d’en haut qui attire ses yeux; et s’il reçoit de la contemplation son jugement, il tient son élan du désir. » (Fragment 18)

Il faut savoir que Numénius distingue le Dieu Premier du Démiurge, comme le cultivateur et le planteur. « Celui qui est sème la semence de toute âme dans l’ensemble des êtres qui participent de lui ; le législateur, lui, plante, distribue, transplante en chacun de nous les semences qui ont été semées d’abord par le Premier Dieu. » (Fragment 18)

Pourquoi un tel dédoublement de l’entité divine ?

En réalité Numénius propose un double dédoublement…

« Quatre noms correspondent à quatre entités: a) le Premier Dieu, Bien en soi ; b) son imitateur, le Démiurge, qui est bon ; c) l’essence, qui se dédouble en essence du Premier et essence du Second ; d) la copie de celle-ci, le bel Univers, embelli par sa participation au Beau. » (Fragment 16)

Comme on voit, les dualismes complémentaires (non antagonistes) abondent dans ce dense et court fragment: le Bien et le Bon, l’être et l’essence, le Premier et le Second, l’original et la copie, le Beau et l’Univers.

Le Divin ne veut pas rester seul, puisque l’Univers existe. Comment penser les liens probables entre le Divin, qui est « en soi », au-delà de toute pensée, et tout ce qui arrive dans le monde ? Comment penser la participation de l’existence aux essences : le Bien, le Bon, le Beau ?

Quels sont les liens logiques entre le Premier Dieu et le Démiurge?

« Numénius fait correspondre le Premier Dieu à « ce qui est le vivant » et il dit que ce premier intellige en utilisant additionnellement le second ; il fait correspondre le second Dieu à l’Esprit et dit que ce second crée en utilisant à son tour le troisième ; il fait correspondre le 3ème dieu à l’Esprit qui use de l’intelligence discursive (τόν διανούμενον) ». (Fragment 22)

On voit une possible analogie avec la théorie de la Trinité chrétienne : le Premier Dieu est analogue à Dieu le Père. Le démiurge qui est l’Esprit créateur est analogue au Fils. Le 3ème Dieu, l’Esprit (noos) qui use de l’intelligence discursive (logos) est analogue au Saint Esprit.

Numénius était poète. Il avait lu Homère, et en tirait de curieuses analogies. « Les deux portes d’Homère sont devenues chez les théologiens le Cancer et le Capricorne ; pour Platon c’étaient deux bouches : le Cancer est celle par où descendent les âmes ; le Capricorne, celle par où elles remontent. » (Fragment 31)

« L’Ulysse de l’Odyssée représentait pour Homère l’homme qui passe par les générations successives et ainsi reprend place parmi ceux qui vivent loin de tout remous, sans expérience de la mer : « Jusqu’à ce que tu sois arrivé chez des gens qui ne connaissent pas la mer et ne mangent pas d’aliment mêlé de sel marin.(Od. 11,122) » (Fragment 33)

Comme Platon, dans le Cratyle, Numénius explore les mots, leurs sens cachés, et par cela révélateurs. « On appelle Apollon « Delphien » parce qu’il montre en pleine lumière ce qui est obscur (« il fait voir l’invisible »), ou, selon l’opinion de Numénius, comme étant seul et unique. En effet, la vieille langue grecque dit « delphos » pour « un ».i Par suite, dit-il encore, le frère se dit « adelphos », du fait que désormais il est « non un ». » (Fragment 54)ii

Si l’Apollon Delphien était vu par tous les Grecs comme étant l’Apollon Un, cela éclaire infirme quelque peu la réputation de polythéisme généralement attachée à la religion grecque. Sous le miroitement des apparences luit la même et unique lumière.

Numénius, peut-être de par son origine syrienne, a été un pont entre l’Orient iranien et l’Occident grec. Il connaissait la religion des Perses, et Zoroastre. « Les Perses, dans leurs cérémonies d’initiation, représentent les mystères de la descente des âmes et leur sortie d’ici-bas, après avoir donné à leur lieu d’exil le nom de caverne. La caverne offrait à Zoroastre une image du monde, dont Mithra est le démiurge. » (Fragment 60).

Mais il ne faut pas trop en dire. Il y a des risques. « Numénius, lui qui parmi les philosophes témoignait trop de curiosité pour les mystères (occultorum curiori) apprit par des songes, quand il eut divulgué en les interprétant les cérémonies d’Eleusis, le ressentiment de la divinité : il crut voir les déesses d’Eleusis elles-mêmes, vêtues en courtisanes, exposées devant un lupanar public. Comme il s’en étonnait et demandait les raisons d’une honte si peu convenable à des divinités, elles lui répondirent en colère, que c’était lui qui les avait arraché de force au sanctuaire de leur pudeur et les avait prostituées à tout venant. »iii

Bravons la colère des dieux.

Dans le monde d’aujourd’hui, indifférent et fanatique, il est urgent de montrer la nudité de toutes les divinités. Il faut exposer publiquement leurs mystères, non pour provoquer ceux qui font religion de les garder obscurs, mais bien parce que ces mystères s’approfondissent d’autant plus qu’ils sont mis en lumière.

i Macrobe. Saturn. I, 17.65

iiE. des Places a commenté ce passage un peu ésotérique et ramassé: « Cette étymologie suppose un ἀ- privatif. La seule valable unit un ἀ- copulatif avec psilose par dissimulation d’aspirés et un terme qui désigne le sein de la mère (δελφύς, matrice) ; le mot signifie donc « issu du même sein ». Cf. Chantraine. Mais l’étymologie de Numénius est celle de l’époque. »

iii Fragment 55 -Tiré de Macrobe, Comm. In Somn. Scipionis I,2,19

Dans la fange, l’ange.

Nous ne sommes que des nomades, sans nomos.

Nous ne sommes jamais en paix, toujours insatisfaits.

Le Voyage est sans fin. L’errance sans sens, sans signe. Par la fenêtre, des paysages défilent, nous n’y avons pas de racines. Les mers ne comblent pas. Les océans sont vident. Les ciels, bas ou clairs, décolorent. Les soleils sont pâles comme des lunes. Les lunes clignent comme des bougies. Les patries sont petites. Nous respirons le temps d’un instant.

On tend ses forces et l’arc se bande. Le doigt vibre. Mais la flèche est torve, sans plumes, et pas aiguisée. A quoi bon viser ?

Nous regardons par l’esprit au-delà du fonds diffus (du Cosmos). De cela, Hubble ne peut rien dire. La cosmologie est encore une prison, certes vaste, mais finie, et nous sommes déjà las des multivers, brouillons avortés.

L’âme inquiète « poursuit une Italie qui se dérobe », mais Énée n’est pas notre aîné, et Virgile n’est pas notre vigile. Rome s’est oubliée. Athènes s’est éteinte. Jérusalem, on y est revenu, dit-on.

Sept milliards d’hommes dorment sans le savoir sur la Terre promise.

Au réveil, ils ont soif de parfums, de caresses, ils désirent l’odeur des nectars. Ils boivent chaque nuit l’eau du Léthé et du Cocyte, et le matin ils se brûlent au feu du Plégéthon.

Ils goûtent la peau glacée des miroirs. Ils y regardent les montagnes pileuses, les rivières indécises et les oranges amères. Ils suivent la courbe dure des fruits et des couleurs. Le cœur cogne, le corps s’abat. D’un instant à l’autre, la nuit couvrira le soleil. L’oubli viendra sans faute.

Euripide appelait la vie : « le rêve d’une ombre »i. Cette ombre rêve car elle a des ailes. Pas six, seulement deux. L’intelligence et la volonté, dit Platon. Par l’une, l’ombre aspire, respire. Le monde vient en elle. Par l’autre, elle va vers toutes choses, elle vole librement, n’importe où. Quand les deux ailes battent ensemble, tout est possible. Comme dit Ficin : « Animus noster poterit deus quidam evadere ».

Il faut savoir qu’il y a dans l’âme un curieux principe. Elle trouve ce qu’elle aime. Elle devient ce qu’elle cherche. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Platon, c’est Porphyre, c’est David. C’est Zoroastre. Et Paul ajoute cette luciole dans la nuit : « Nous qui, sur nos visages découverts, réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image.»

Le mot mystère vient du grec μύω, fermer, se fermer. Ce mot s’emploie originairement pour les yeux, ou pour les lèvres. Le sens religieux (les mystes, les mystères) en est dérivé. Comment ce qui est fermé pourrait-il être ouvert ?

La réponse est que c’est cela même qui est fermé qui contient l’ouvert.

Zoroastre le formule ainsi : « L’âme des hommes enserre pour ainsi dire Dieu en elle-même, quand, ne conservant rien de mortel, elle s’enivre tout entière de la divinité ».ii

Mais qui lit encore Zoroastre aujourd’hui ? Nietzsche, ce bon barbare, lui a enlevé le nez, les dents et la barbe. Et puis il parle à sa place.

Il y a deux sortes de penseurs, dit Ficin : les atrabilaires, qui distillent leur venin, leurs soupçons, leur désespérance, comme Héraclite, Aristote, Chrysippe, Zénon de Cittium, Avempace ou Averroës.

Et il y a les optimistes, Pythagore, Socrate, Platon, Varron ou Apollonius de Thyane. Ils croient en la vie et tout ce qui s’ensuit.

Je suis d’accord avec Ficin, sauf pour Héraclite. Voyez le fragment 18 : « Sans l’espérance, vous ne trouverez pas l’inespéré, qui est introuvable et inaccessible. »

Dans la boue du soupçon, l’or de l’espoir. Dans la fange, l’ange.

i Médée, 1224

ii Or. Chald. V. 14.21

L’Ange et la molécule

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Platon explique comment les âmes choisissent leur destin ou plutôt leur genre de vie, juste avant de descendre sur la terre, avant d’être incarnées dans des corps. L’âme, pour Platon, n’est donc absolument pas servile, elle est libre. Il lui revient de décider au moment le plus important de sa vie quel « génie » lui servira de tutelle pendant son bref séjour terrestre. Cette idée va bien sûr totalement à l’encontre des « modernes », qui prônent le déterminisme et le matérialisme.

Il est difficile pour les « modernes » de comprendre le monde platonicien. Et il nous est presque impossible de comprendre aujourd’hui dans quel monde intellectuel et spirituel vivaient les Égyptiens de la période pré-dynastique, les Mages chaldéens ou les tenants de Zoroastre. Ce n’est pas que nous manquions de sources écrites ou archéologiques. Mais ces sources n’alimentent en fin de compte que le marigot de nos propres a priori, et se perdent dans les marécages des sédiments accumulés par 5000 ans d’histoire mal digérée.

C’est pourtant une tâche qui vaut la peine d’être entreprise, que de chercher à pénétrer ces idées anciennes, tant la « modernité » reste muette, silencieuse, coite, sur toutes les questions essentielles, les questions de vie et de mort.

Prenons par exemple la question de la formation de l’esprit dans le cerveau de l’enfant nouveau-né. L’épigenèse, dit-on, forme progressivement l’esprit humain en connectant les neurones, suivant des milliards d’interactions avec le monde « réel ». Il n’y aurait donc pas de substance primordiale, il n’y aurait donc pas d’âme originelle, tapie sous les neurones, mais seulement une succession de connections mi-programmées, mi-contingentes, qui finiraient par aboutir miraculeusement, par une sorte de hasard neurobiologique, à l’esprit d’un Mozart ou d’un Platon, ou de vous et moi.

Au minimum, dirai-je, l’argument manque de preuves patentes. Personne ne peut prouver à l’aide d’arguments neurobiologiques que l’âme n’existe pas ; inversement, ceux qui assurent qu’elle existe ne sont plus très audibles. Résultat : les « modernes » errent dans des paysages intellectuels dévastés, comme après une guerre civile.

« Qu’est-ce qui empêche qu’une pensée angélique se glisse dans les puissances raisonnables, bien que nous ne voyions pas comment elle s’y insinue ? » Cette phrase de Marsile Ficin, dans sa Théologie platonicienne, paraît aujourd’hui surréaliste, anticipant l’Ange du bizarre de trois siècles. Cet ange Poe-tique, l’Anche ti Pizarre, n’avait pas d’ailes. Ce n’était pas un « poulet ». Sa seule fonction, comme le rapport Edgar Allan Poe, est « d’amener ces accidents bizarres qui étonnent continuellement les sceptiques ».

Poe ne crut pas un mot de ce que lui racontait cette Ange perturbateur. Bien mal lui en prit. Peu après, « rencontrant ma fiancée dans une avenue où se pressait l’élite de la cité, je me hâtais pour la saluer d’un de mes saluts les plus respectueux, quand une molécule de je ne sais quelle matière étrangère, se logeant dans le coin de mon œil, me rendit, pour le moment, complètement aveugle. Avant que j’eusse pu retrouver la vue, la dame de mon cœur avait disparu, irréparablement offensée de ce que j’étais passé à côté d’elle sans la saluer. » C’était un coup de Jarnac de l’Ange.

Les Poe sceptiques abondent. Moins nombreux sont ceux qui sont en mesure de détecter ces subtiles interférences entre des mondes parallèles. On dirait aujourd’hui des « branes » pour faire in, mais ces branes ne se réfèrent encore qu’à des univers matériels, tant les physiciens manquent d’imagination.

Il y a des conditions pour voir ces phénomènes. Il faut être libre, être en « vacance ». « Dans quel cas l’âme est-elle en vacance au point de remarquer ces influences ? demande Ficin. Il y a sept genres de vacances : le sommeil, l’évanouissement, l’humeur mélancolique, l’équilibre de la complexion, la solitude, l’admiration, la chasteté. »

Aujourd’hui les « vacances » ne sont plus que de trois sortes : les longues, les ponts et les RTT.

Pauvre modernité.

Un secret bien gardé, qui gagne à être connu.

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Le propre du secret est d’être tu, et de rester tu. Mais les possesseurs de secrets cèdent parfois à la tentation non de les révéler, mais de se vanter d’en avoir, des importants, des essentiels, des divins. C’est là que le bât blesse. Tout le paradoxe du secret a été bien résumé par Voltaire dans une formule ironique et légère, qui touche le fond de la chose: « Faites-nous donc voir quelque secret de votre art, ou consentez à être brûlé de bonne grâce », écrit-il à l’article « Magie » de son Dictionnaire philosophique. La magie, le secret et la religion, ont souvent été associés, au long des siècles, dans des relations parfois chaotiques, contradictoires et même conflictuelles. Ceux qui assuraient connaître des clés supérieures de compréhension du monde, et qui refusaient de les partager, s’exposaient aux jalousies, à la hargne, à la haine et finalement à la violence, sous prétexte de fraude, ou d’hérésie, tant la connaissance de choses ultimes, mais non avouables ouvertement, pouvaient être source de clivage, de suspicion et de révolte.

Je vais m’exercer aujourd’hui à un effort de dévoilement d’un possible secret, assez ancien, plutôt profond, et sans grande importance aujourd’hui, sauf si l’on pense que le passé est une préfiguration de l’avenir, et qu’un mystère n’est que l’ombre d’une vérité.

Les rois Mages, qui vinrent d’un Orient lointain (en gros la Mésopotamie ou l’actuel Iran) pour rendre hommage à un enfant nouveau-né, apportaient dans leurs bagages de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Sans doute, devaient-ils être aussi porteurs de lourds secrets, dont comme il se doit, nous ne savons rien. Mais, rien n’empêche d’en rêver. En tant que Mages, ils devaient avoir hérité d’une bonne part du trésor de la tradition zoroastrienne et des mystères de Mithra.

Cette tradition et ces mystères avaient été largement influencés par l’Inde védique, mais en avaient parfois pris le contre-pied systématique. Franz Cumont écrit que dans le Véda, Indra est un « deva » c’est-à-dire un « être de lumière ». Dans l’Avesta, en revanche, les textes attribués à Zoroastre en font un « daêva ». Mais les « daêvas » d’Iran, bien qu’ayant le même nom que les « dévas » de l’Inde, ne sont plus des « dieux », mais des « diables », des esprits mauvais, hostiles à la puissance bienfaisante d’Ahura Mazda, le Dieu Bon et Tout-Puissant du zoroastrisme. Cette inversion des « dieux » en « diables », qui pourtant gardent le même nom, a pu être interprétée comme une conséquence du tribalisme ou du nationalisme ombrageux qui après avoir emprunté aux voisins leurs dieux et leur religion, décident de les nier symboliquement.

Mais pour nous, qui lisons ces textes anciens, qui réfléchissons sur la genèse et la décadence de ces croyances presque oubliées, il apparaît lumineusement qu’elles forment un jalon essentiel pour la compréhension des idées et des croyances qui furent développées plus à l’Ouest, et notamment dans le cadre du judaïsme et du christianisme. Les indices sont fragiles, mais ils évoquent des pistes possibles de réflexion.

Par exemple, Mithra est un « Dieu des Armées », ce qui fait penser à l’Elohim Tsabaoth des Hébreux. Il est aussi Époux et Fils d’une Mère Vierge et Immaculée. Il est un Médiateur – comme le Logos. A ce titre il est l’Intermédiaire entre la Toute-Puissance divine et le monde créé. Ces idées ont été reprises par le christianisme et la Kabbale juive. Dans le culte de Mithra, on use de sacrements, où le vin, l’eau, le pain constituent l’occasion d’un banquet mystique. Cela est fort proche des rites de partage du Shabbat ou de la Communion chrétienne.

Je n’insisterai pas davantage. Mais il me semble que cela indique assez clairement qu’il n’y a pas de solution de continuité entre l’Indus, l’Oxus, le Tigre, l’Euphrate, le Jourdain et le Nil. Sur cet arc immense, se croisent et se rejoignent les croyances fondamentales, les intuitions premières, ensemençant les peuples, à travers des symboles étrangement proches.

Ce message a ensuite été transmis vers la Grèce puis Rome. Dionysos, selon une étymologie qui emprunte ses sources à la langue de l’Avesta (l’avestique), doit se lire comme : div-an-aosha, soit : « le Dieu de la boisson d’immortalité ».

Ce qui me frappe, dans la barbarie des temps présents, c’est qu’elle est sans mémoire.