
Un seul soleil brille sur la planète Terre, mais ses éclipses diffèrent, selon les latitudes et les longitudes. Quant aux points cardinaux, leurs notions varient. Le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest ont des sens variables, suivant les civilisations et les cultures. Dans la plupart des langues, l’étymologie de ces quatre mots renvoie aux phénomènes solaires, ce qui semble logique. Mais les nuances diffèrent considérablement. Le français « ouest », l’anglais « west », l’allemand « westar » ou le norrois « vest » viennent du latin « vesper », lui-même lié au grec ἓσπερος (hesperos), qui signifie « le soir, le couchant », ce qui ne surprendra pas. Le mot français « sud » vient de l’anglais « suth », apparenté à « seethe » (« bouillir, mijoter »), ce qui fait allusion à la force du soleil. L’anglais « south » vient de « sunth » (« la direction du soleil »). L’anglais est une langue du Nord. Mais les langues des pays du Sud voient la direction du soleil à l’Est. Elles ne voient pas le soleil à midi, ou au midi, mais elles le voient en train de se lever. Au sud, regarder le soleil c’est d’abord regarder vers l’Orient. Du moins, le sanskrit, l’arabe, ou l’hébreu en témoignent. Le sanskrit dispose de quinze mots différents pour dénoter l’orient ou l’est. Par exemple, il y a le mot praci, dont le premier sens est « tourné vers l’avant ». L’un des mots sanskrits pour « sud » est daksina, dont le premier sens est « à droite ». Nord se dit uttara, qui signifie « élevé, supérieur », mais s’emploie aussi pour indiquer la « gauche ». Ouest se dit apac, qui signifie aussi « l’arrière ». On en déduit que, lorsque les locuteurs du sanskrit veulent « s’orienter », ils regardent évidemment vers l’Est, et alors ils voient le Sud vient à leur droite, le Nord à leur gauche et l’Ouest en arrière. On retrouve la même idée en hébreu: l’Est se dit קָדִים (qadima), « ce qui est devant » et Sud se dit תֵּימָן, (timan), littéralement « ce qui est à droite ». En arabe, Nord se dit شَمال (chamal), mot qui signifie aussi « le côté gauche », et Sud se dit جَنوب (janoub) qui vient du mot جَنْب, (janb), « côté, flanc, versant ». Si chamal est du côté gauche, janoub est du côté droit. Dans les langues du Nord, le Sud se trouve « en face », mais il est « à droite » dans les langues du Sud. Les directions cardinales connotent naturellement des valeurs différentes selon les langues. En Chine, le Sud relève du grand yang, le Nord du grand yin, l’Ouest du jeune yin et l’Est du jeune yang. Ces quatre points cardinaux sont aussi respectivement associés à l’été, à l’automne, à l’hiver et au printemps, ainsi qu’au feu, au métal, à l’eau et au bois. Ils se prêtent par conséquent à une logique cyclique, où le bois engendre le feu, le feu la terre, la terre le métal, le métal l’eau (voir Marcel Granet pour les détails). En Inde védique, chaque direction de l’espace est « régie » par une divinité Dikpara. Le Sud est « gardé » par Yama, qui est le dieu de la mort et le gardien des enfers. Le Nord relève de Kubera le dieu de la richesse et de la prospérité, l’Est est régi par Indra, le roi des dieux, et l’Ouest par Varuna, qui est le Ciel personnifié. Il y a aussi des gardiens pour les directions intermédiaires, ainsi le Nord-ouest est représenté par Vayu, dieu du Vent, et de la Parole, le Sud-est par Agni, le Feu mystique, et un principe divin mâle. Le Nord-est est gardé par Siva, et le Sud-ouest par Nirriti निऋति, la « Calamité », la force universelle de destruction.
Dans un monde idéal, il serait bon d’encourager l’œcuménisme entre les différents points de vue (cardinaux). Un concile mondial organiserait leur dialogue. Si la pensée védique pouvait initialement servir de guide, il serait sans doute prioritaire de commencer par faciliter le dialogue entre la Parole et le Feu, pour éviter la Destruction.
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