
Je parlais, en mon fond très secret, ce récif,
Ainsi: « Attise ta flamme, et la fulgurance,
Elle t’éclaira quand tu traversais les mondes,
Déliant ton corps, s’en libérant.
Personne n’en a jamais raconté, ni montré,
Le noumène ou le phénomène.
La manière dont ils discourent de la lumière
N’explique et ne prouve que leur nuit.
Ils se remplissent la bouche de syllabes,
Ils se bourrent les oreilles de formules,
De figures phrasées, de modèles flous,
De folies fermentantes, d’inventions avortées,
De poésies châtrées et de mots châtiés.
S’embrasaient les silences, leurs flux lents frémissaient.
Ma simple parole en vaut bien d’autres, ce me semble.
Je ne l’ai pas inventée, je l’ai vécue.
J’ai vu des vérités uniques, duelles, multiples :
La matière, la lumière, le temps, se nouent, se dénouent,
S’intriquent, s’engendrent, et réciproquement.
Les penser signifie la fin des savoirs.
Des genèses invisibles s’y manifestent,
Par saveurs, senteurs, effleurements,
Ma religion les dépasse entièrement.
Elle se transforme perpétuellement,
Elle se fait arbres et lichens, ors et fleurs,
Métaux, vents, vins, cimes, abîmes.
Les signes et les glyphes ne conviennent pas à ses prières.
Elle dit que le monde n’a pas encore existé,
Que l’éternité n’était pas alors une nécessité.
Un esprit immense se cachait sans doute,
Dans son vide constellé de pierres léthargiques,
D’étoiles naines et noires, de poussières d’ombre.
Il aspira à la conscience, il la chercha de tous côtés,
Dans la puissance des choses, dans la lueur des êtres,
Dans leurs rêves enfouis, étroits, dans leurs idées
Zélées, libres, larges, lourdes, chair et nerf, sang et moelle.
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