Désert


« Désert » ©Philippe Quéau (Art Κέω) 2026

Les déserts sont des lieux délicieux, des paradis abandonnés. S’ils paraissent secs un jour, un autre jour viendra, et alors les eaux couleront dans les sables, les torrents dans la solitude. Il faut dès maintenant sortir de la ville et aller dans le désert, pas nécessairement Thar ou Gobi, Danakil, Hoggar, Ennedi ou Namib… Il en est d’autres, plus spacieux encore, plus emplis de leur vide. Jamais nous n’en manquerons. Dans celui que j’élus, loin de ce temps, je vis des yeux de l’esprit d’abord le soleil, et le peu d’ombre alentour. Ce spectacle fut pour moi une source. Il étancha ma soif de creux. Dans une Écriture, il est dit : « Qu’êtes-vous allés voir dans le désert ? Un roseau agité par le vent 1? » Dans une autre, il est intimé: « Partez, pour voir ». La question reste la même. Il faut partir, mais pour voir quoi? L’admirable, l’essence, la nescience? La naissance, le silence, le sens? Comment cesser un seul instant d’attendre ce que l’on n’a encore jamais vu, et ce que l’on pourrait oublier de voir? Une étendue, même immense et sèche, rend notre nature ouverte aux images, qui l’envahissent, la dépassent, l’éveillent. Elle se l’est unie, elle s’est revêtue de ses mirages, elle a manifesté sa beauté. Elle nous montre qu’elle nous aime bien plus que nous ne nous aimons ; je serais bien vain si je ne l’aimais pas à mon tour plus que mes songes; elle ne nous demande rien d’autre que de l’aimer. Je décidai, à l’insu de tous les possibles, de sortir loin de moi-même, pour entrer dans sa bienheureuse solitude. Je sus désirer la connaître, je voulais la contempler dans le saint de mon sein. Le désert, ce lieu de la parole, des pâtures et des âges.

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1Mt 11,7