The solitary passer-by


The poet sees the variations, and feels the permanence. The spirit lives by chance and necessity. The one and the other meet sometimes, unexpectedly. On a street corner, often, here or elsewhere. In Russia or India.

« Nothing in all Russian literature equals these lines by Nekrassov: ‘Walking at night in the dark streets, Lonely Friend’, » writes Vasily Rozanov in Solitaria.

Is this comment a simple exercise in admiration? Or is it an open door to a metaphysical world? Who is this « Lonely Friend »? Why do these lines transcend all the rest of Russian literature?

And would the following lines by Rabindranath Tagore also transcend all Indian literature?

« In this deserted street, you are the lonely passer-by.

O my only friend, my old beloved,

The doors of my home are open –

Don’t disappear like a dream.»i

These two texts are different, it goes without saying, but they emanate the same perfume, the same three words: street, solitary, friend.

These words are somewhat opposed. The street is public, and one passes through it, often rapidly, in anonymity or indifference. It is not unusual to meet friends there, by chance. It is rarer to see them disappear like a dream or an apparition.

The Russian poet, and the Indian one, do not describe a scene from real life. It is not really a dream, either. Rather a hallucination, a lightning strike, a revelation?

Who is the solitary passer-by, this Friend, this unique, « old beloved »?

Whoever is a bit of a poet probably will cross paths with her, one day.

iRabindranath Tagore. Gitanjali 

Métaphysique du passant solitaire


 

Le poète voit les variations, les permanences. L’esprit vit de hasard et de nécessité. L’un et l’autre se rencontrent parfois, inopinément. Au coin d’une rue, souvent, ici ou ailleurs. En Russie ou en Inde.

« Rien dans toute la littérature russe n’égale ces lignes de Nekrassov : ‘Marchant la nuit dans les rues sombres, Ami solitaire ! », écrit Vassili Rozanov dans Esseulement.

Simple exercice d’admiration ? Ou porte ouverte sur un monde futur ? Qui est cet « Ami solitaire » marchant dans les rues? Pourquoi ces lignes transcendent-elles tout le reste de la littérature russe ?

Et les lignes suivantes, étrangement analogues, de Rabindranath Tagore, transcendent-elles aussi toute la littérature indienne ?

« Dans cette rue déserte, tu es le passant solitaire.

Ô mon unique ami, mon vieux aimé,

Les portes de ma demeure sont ouvertes –

Ne disparais pas comme un songe. »i

Ces deux textes sont différents, il va sans dire, mais s’en émane un même parfum. Trois mots le fixent: rue, solitaire, ami.

Ces mots s’opposent quelque peu. La rue est publique, et l’on y passe, souvent dans l’affairement, l’anonymat ou l’indifférence. Il n’est pas exceptionnel d’y rencontrer des amis. Plus rare de les y trouver seuls.

Le poète russe, et l’indien, ne décrivent pas une scène de la vie réelle. Il ne s’agit pas d’un songe, non plus. Plutôt une hallucination, un foudroiement, une révélation ?

Qui est ce passant solitaire, cet Ami, cet unique, ce « vieux aimé » ?

Qui est un peu poète l’a sans doute aussi croisé un jour.

iRabindranath Tagore. Gitanjali