Au-delà des ciels « glacialement ciel »

 

Pour un poète, il importe de savoir si le monde est un, ou non. Michaux quant à lui affirme : « Il existe quatre mondes (en dehors du monde naturel et du monde aliéné). Un seul apparaît à la fois. Ces mondes excluent catégoriquement le monde normal, et s’excluent l’un l’autre. Chacun d’eux a une correspondance nette, unique, avec un endroit de votre corps, qui est porté à un autre niveau d’énergie, et qui reçoit un ravitaillement, un rajeunissement et un réchauffement instantané. » i

Pourquoi quatre mondes seulement? Et quels sont ces endroits du corps ? Les chakras ii ?

Le corps humain possède, en plusieurs points précis de la colonne vertébrale, au sein de la moelle épinière, des nœuds d’énergie, des nids d’élans, des zones d’illumination, des sièges de jouissances, des vertèbres sacrées, des plexus dépliés, où s’initient peut-être certaines passerelles spéciales et subtiles, reliées sans fil à d’autres mondes.

Moins bien informé qu’Avalon ou Michaux, je n’en connais pas le nombre. Le Tantrisme est une science difficile.

La colonne n’est pas seule d’ailleurs à receler des mystères (en l’occurrence médullaires). L’occiput en accueille d’autres derrière sa face ronde, entre le bulbe rachidien et le thalamus. Mais la place manque pour les décrire, et les mots sont trop usés, connotés.

Mal compris, le poète est trop ailleurs, dilaté, honnête. Il n’orientalise pas, il n’indianise ni ne sinise. Il est ailleurs, vraiment ailleurs qu’en un Orient ou un Occident de papier. Il paye de sa personne, prend des risques, se met en danger.

La drogue, Michaux l’a prise comme un taxi. Comment aller bien plus haut que les étoiles quand le compteur tourne, que le temps manque, que les artères sont embouteillées ?

Comment décrire ce qui n’a jamais été mis en mot, l’inracontable ?

Il y a sans doute d’autres voies que médullaires, rachidiennes ou synaptiques, plus libres, moins engorgées.

Michaux l’a su, en un sens. Il a gardé la tête froide quand est montée la force. Il est allé loin, haut, et il en est revenu. Il a tourné longtemps dans l’infini embrouillé, glissé dans l’espace scellé. D’autres auraient péri, se seraient perdus. Lui, il a tracé quelques cartes. Il a épaissi son sang, il a marqué sa trace, accumulé de la réminiscence, puis est revenu coucher ses nuits sur le papier.

« Il existe encore deux autres « au-delà », tout aussi exclusifs, fermés, où l’on n’entre que grâce à une sorte de cyclone, et pour arriver à un monde qui est lui-même un cyclone, mais centre de cyclone, là où c’est vivable et où même c’est par excellence la Vie. On y accède par transport, par transe. »iii

Un seul transport pour deux « au-delà ». Quel coup de maître.

Le « cyclone » est un phénomène météorologique dont la caractéristique est le tourbillon.

La « Vie » est un phénomène biologique dont une image est la spirale, telle que celle de l’ADN, ou encore le kundalini.

La « transe » est un phénomène psychologique dont la trajectoire peut prendre, entre autres, la forme de la parabole, de l’hyperbole ou de l’ellipse. Ces figures mathématiques sont aussi des figures du discours. Ceci mène à une question plus difficile: de quoi la transe est-elle elle-même la figure ?

La transe est un « transport » affirme Michaux.

Toute étendue demande un moyen de déplacement. La transe répond à ce besoin. Elle est un moyen de transport, une figure de la tension vers la transcendance. « Si l’étendue est un des caractères du divin, bien plus encore la tension. »iv

Il s’agit d’un désir de voir vrai, de se désencombrer de tout le rien. « L’insignifiance des constructions de l’esprit apparaît. Contemplation sans mélange. Les appartenances, on n’y songe plus, les désignations, les déterminations, on s’en passe ; du vent est passé par-dessus, un vent psychique qui défait avant qu’elles ne naissent les déterminations, les catégories. »v

Constat d’impuissance sarcastique. L’esprit ne signifie rien de signifiant par lui-même. Il est libre comme une antenne-fouet.

Un « vent » passe loin au-dessus de l’humain cerveau, défait tout ce qui n’est pas né, tout ce qui se contente du statique. En échange, sans mélange, ce que Michaux appelle la « contemplation ». Défaire plutôt que faire, le lot du poète en chasse.

« Or tout homme est un « oui » avec des « non ». Après les acceptations inouïes et d’une certaine façon contre nature, il faut s’attendre à des retours de « non », cependant que quelque chose continue à agir, qui ne peut être effacé, ni revenir en arrière, vivant à la dérobée de l’Inoubliable.

Évolution en cours… »vi

L’homme est un « oui », avec des « non », et peut-être avec des « peut-être », et sans doute avec des doutes. Mais assurément il est bien autre chose encore, que ni le « oui » ni le « non » ne peuvent dire, et le « peut-être », moins encore, et le doute, pas du tout.

L’homme est aussi, sans le savoir, ce « quelque chose » vivant à la dérobée.

Ce « quelque chose » vivant séparé de l’inoubliable.

Cet inoubliable, qu’on n’a jamais vu, et qu’on a oublié, et qui est vivant.

En ordre serré, sur la feuille blanche, de nombreux petits morceaux de diamants noirs. Mal taillés, ils vibrent en variations obombrées, ils jouent avec les accents et les marges. C’est tout ce qui reste de la « vitesse mescalinienne » : « La drogue, qu’on s’en souvienne, est plus révélatrice que créatrice. »vii

Le poète rêve seul, mais on peut réfléchir à plusieurs.

Revenons un instant en arrière : « Je voudrais dévoiler le « normal », le méconnu, l’insoupçonné, l’incroyable, l’énorme normal. L’anormal me l’a fait connaître (…) Je voudrais dévoiler les mécanismes complexes, qui font de l’homme avant tout un opérateur. »viii

Un « opérateur »… Des « mécanismes »… Le « normal »…

Comment ces mots normés, normaux, s’allient-ils avec l’expérience de la mescaline ? « Toujours cela allait au dépassement, surhumanisant, transmuant, transsubstantiant tout, quelques fois ouvrant sur le sacré, le sacré est un mode, celui selon lequel on reçoit. »ix

Le poète est un mystère à lui-même, et aux autres. Il ouvre portes et mondes, ravit des cieux leurs voiles, dénude l’esprit de ses hardes, remplit les livres de bataillons noirs et ocres, érige sa célébrité en ascèse. Et pourtant rien, vraiment rien de ce qui importe vraiment, ne transparaît dans le brouillard rangé des pages.

Il reste encore à l’homme, poète ou non, un long chemin à parcourir, avant d’atteindre des univers parallèles, qui sont bien au-delà de ciels « glacialement ciel »x, et qu’aucune langue n’a jamais effleurés.

iHenri Michaux Les Grandes Épreuves de l’Esprit. Œuvres complètes, tome III .Gallimard, 2004. p.418

iiArthur Avalon. La puissance du serpent. Introduction au tantrisme. Trad. par Charles Vachot, Dervy, coll. « Mystiques et religions », 1974

iiiHenri Michaux Les Grandes Épreuves de l’Esprit, et les innombrables petites. Œuvres complètes, tome III .Gallimard, 2004. p.422

ivIbid. p.425

vIbid. p.425-426

viIbid. p.428

viiIbid. p.327

viiiIbid. p.313

ixHenri Michaux Émergences-résurgences. Œuvres complètes, tome III .Gallimard, 2004. p.682

xHenri Michaux Déplacements, dégagements. Œuvres complètes, tome III .Gallimard, 2004. p.1322

Le gouffre et la montagne

 

Il n’y a pas que les prophètes qui ont des visions. Les poètes aussi voient. Michaux est allé fort loin sur cette voie, il est monté vers le « théâtre silencieux des hauteurs (…) vers l’au-delà qui apparaît, qui disparaît, qui reparaît. »i

Mais qu’a vu, Michaux, vraiment ?

L’au-delà n’est pas à la portée de tous, ici-bas. Il faut des yeux calmes, des nerfs doux. Rares sont les témoins directs, ceux qui ont vu l’au-delà du monde, infini, aigu, naissant, gouffre initial, montant tout droit au-delà des cieux, éludant sans effort toutes les cimes connues.

L’effort est surtout dans le revenir. La mémoire est submergée. L’intelligence vacille dans son doute. La foi est aveugle. Revenu, celui qui a vu la reconnaît ici ou là, dans des vers obscurs, des silences entendus, des phrases allusives.

Au milieu d’une page, un mot, un écho peut-être, une résonance infime.

« Peut-être que les cieux s’entr’ouvrent. »ii

Ce n’est pas une hypothèse c’est un constat.

« Une Auguste Présence est venue à la démunie. »

La question qui suit n’est pas formelle :

« Pour la fille de la montagne

secrète, réservée

l’apparition fut-elle une personne,

une déesse ? »iii

Illico fuse la réponse :

« surtout lumière,

seulement lumière

comme lumière elle demeura ».

Seul mot, seule lumière. C’est peu, mais c’est tout. Sans fin, cette clé ouvre toutes les portes. Les millions de portes.

« Simultanément

comme se déchire le sol des pentes d’un volcan qui se réveille

eut lieu le dégrafage général au-dedans d’elle et autour

retranchement singulier, inconnu

qui à rien ne se peut comparer

……..………………………… »iv

Michaux, qui connaît le poids des mots, y renonce enfin, et multiplie les « points de suspension », autant de points qu’il en faut pour égaler la dernière ligne.

Peut-être conviennent-ils mieux que dégrafage ?

Le poète prend le risque des mots. Il tente de dire ce qu’il n’a peut-être pas vu, ce qu’il a pressenti. Il s’engage dans une voie étroite, dans le Paris des avenues, la ville aux lumières. Il appelle à son aide, lui l’écrivain habile, des mots à majuscules:

« Dans le jeune et pur visage, le regard initié,

Miroir d’un Savoir

contemplation du Vrai, ignoré des autres »v

Le Vrai ! Le Savoir !

Oser dire ces mots dans un temps nominaliste !

Les majuscules constellent la page:

LAMPEvi

Comment ce Michaux-là, avec ses majuscules, a-t-il pu vivre en un temps « moderne » ? Il y a tant d’inaudible, tant d’obscur dans les fausses lumières.

Et qui est cette « fille de la montagne » ?

C’est peut-être Pârvatî, fille de Himavân (l’Himalaya), et épouse de Çiva ? Pârvatâ, en sanskrit, signifie en effet, « de la montagne ».

Peut-être que Lokenath Bhattacharya avait parlé d’elle à Michaux ?

Ou bien, plus vraisemblablement, serait-ce Rita de Cascia, née en Ombrie au Moyen âge, et béatifiée par Urbain VIII ?

La fin du texte est en effet hagiographique, et reprend quelques éléments de la vie de la sainte :

« Près de l’étrangère inerte

devenue secourable

on vient chercher la VIE. »vii

Majuscules, encore, l’affaire est sérieuse. Michaux a trouvé son aînée en vision, et sans mescaline.

Il pose des questions :

« À qui le supranaturel apparaît-il ?

« Communément à des enfants, en rien brillants, à l’écart des villes, des enceintes. Peu enviables, on ne les distinguerait pas, ni trop studieux, ni très pieux, sans aucune qualité spéciale, d’un milieu modeste connaissant surtout la gêne, en un petit village perdu. Ils ne sont pas menteurs. »viii

Mais l’apparition ne s’arrête pas là. Le vision n’est qu’un pas. Il y a le reste. La guérison, qui frappe les foules, et même les ecclésiastiques retors :

« Et qui guérit ? En qui se produit la guérison surnaturelle ? ».

On n’est plus dans les conventions. Déjà dans leur au-delà.

« En pays plurireligionnaire, tandis que nombre de personnes pieuses prient en vain près du tombeau d’un moine catholique comme elles le sont elles-mêmes, une femme chiite, qui ne connaît rien à la religion chrétienne est guérie dans l’instant (mais ne va pas pour cela se convertir). Elle avait confiance et une foi comme il faut l’avoir, renversante, trésor rare, exceptionnel. »ix

Michaux s’interroge. « En qui en quoi précisément avait-elle foi ? Secret. »x

Les « modernes » peuvent-ils aider à y voir clair ?

« Et les scientifiques ?

Un jour peut-être, prenant le gênant problème par un autre bout, la science trouvant dans le cerveau grâce à une localisation plus fine un point commandant dans l’organisme une fonction autoguérisseuse (sous l’effet notamment d’une intense émotion), à son tour abordera le miracle avec ses moyens à elle et voudra même en produire froidement en remplaçant dans certains cas à sa façon l’exaltation de la foi. Gâchant ici, améliorant là dans l’inattendu, ouvrant la porte à de nouveaux mystères. »xi

Miracle, exaltation, inattendu, mystère : tous les mots pointent vers d’autres interrogations encore. On n’en finit jamais. C’est mieux ainsi. Les victoires (en l’occurrence putatives) de la science seraient, en cette matière, pyrrhiques. Soit un point-miracle niché au fond de la glande pinéale. Et alors ? Pourquoi ce point s’active-t-il ? Sous l’effet d’une « intense émotion » ? Mais d’où vient cette émotion ? Qu’est-ce qui la crée, qui lui donne son énergie ? Le corps n’est pas une île. L’âme est liée au corps, un peu, et à l’au-delà, plus encore, si l’on en croit la « fille de la montagne ».

Non qu’elle ait dit quoi que ce soit, plus tard. Elle découragea les questions. Elle évita les déclarations de foi. Son silence parle encore.

« Si elle ne parle plus,

c’est par respect

pour la beauté Inconnue

de la vue de laquelle elle fut gratifiée

à laquelle elle fut unie, conjuguée

Beauté comme connaissance

un degré supérieur de connaissance. »xii

Michaux. Pârvâti. Rita.

Ligne improbable qui relie des mondes, des temps. Ce grand poète perdu dans le siècle, s’égare longuement dans des « gouffres », et reconnaît enfin la force de ce qui naît de la montagne.

iHenri Michaux. Fille de la montagne. (1984) Texte dédié à Lokenath Bhattacharya. Œuvres complètes, t.3, Gallimard, 2004, p.1290

iiIbid. p.1291

iiiIbid. p.1291

ivIbid.p.1291

vIbid.p.1292

viIbid.p.1292

viiIbid.p.1293

viiiIbid.p.1298

ixIbid.p.1299

xIbid.p.1299

xiIbid.p.1299

xiiIbid.p.1292

Transes singulières et songes partagés

 

Toutes les religions ont leurs repères, leurs condensations, leurs symboles. Leurs nombres mêmes. Un pour un monothéisme absolu, trois pour un monothéisme trinitaire. Pour des religions du divin immanent, quelques millions. Pour d’autres encore, intermédiaires, ce sera sept ou douze.

Le poète, qui n’est ni rabbin ni pape, choisit de dire quatre ou six.

Comment être sûr de voir clair, en ces domaines flottants, altiers?

« Il existe quatre mondes (en dehors du monde naturel et du monde aliéné). Un seul apparaît à la fois. Ces mondes excluent catégoriquement le monde normal, et s’excluent l’un l’autre. Chacun d’eux a une correspondance nette, unique, avec un endroit de votre corps, qui est porté à un autre niveau d’énergie, et qui reçoit un ravitaillement, un rajeunissement et un réchauffement instantané. » i

Le corps humain possède plusieurs points précis, qui sont des nœuds de passage, des zones de convergence. En ces points s’initient des passerelles spéciales, se reliant à ces quatre mondes.

Il n’est pas ici question de shakra. Le poète est ailleurs, dilaté, honnête, retranché. Il n’orientalise pas, il n’indianise pas. Il paye de sa personne, prend des risques, et se met en danger.

La drogue, Michaux l’a prise comme un taxi.

Comment visiter les étoiles quand le compteur tourne ?

Comment faire ce qui n’a jamais été fait, savoir ce qui n’a jamais été appris, dire ce qui n’est pas racontable ?

Ce n’est pas donné à tous.

Ce savoir, Michaux l’a su. Garder la tête froide quand le cerveau fond.

Michaux va, loin, haut, et il en revient toujours, de ses tournées dans le turbulent, de ses virées dans le dilaté, l’incompressible. D’autres auraient péri, seraient devenus fous. Lui non. Il épaissit son sang, marque ses traces, accumule toute une souvenance, qu’il vient coucher sur le papier.

Coucher ? Avec l’ouragan ?

« Il existe encore deux autres « au-delà », tout aussi exclusifs, fermés, où l’on n’entre que grâce à une sorte de cyclone, et pour arriver à un monde qui est lui-même un cyclone, mais centre de cyclone, là où c’est vivable et où même c’est par excellence la Vie. On y accède par transport, par transe. »ii

Le cyclone : un phénomène météo dont la caractéristique est le tourbillon.

La Vie : un phénomène bio dont une image est la spirale, popularisée par l’ADN et le kundalini.

La transe : un phénomène psychologique dont la trajectoire est la parabole, ou peut-être l’ellipse. Ces figures mathématiques sont aussi des figures du discours.

Mais de quoi la transe est-elle elle-même la figure ?

La transe est probablement une figure de la tension vers la transcendance ; elle est une figure de la transcendance, perche tendue, vie étendue, sagesse entendue.

« L’insignifiance des constructions de l’esprit apparaît. Contemplation sans mélange. Les appartenances, on n’y songe plus, les désignations, les déterminations, on s’en passe ; du vent est passé par-dessus, un vent psychique qui défait avant qu’elles ne naissent les déterminations, les catégories. »iii

Constat d’impuissance sarcastique. L’esprit ne signifie rien de signifiant dans ses tours, ses détours et ses catégories.

Météo encore: un « vent » passe au-dessus, défait ce qui n’est pas né encore. En échange, sans mélange, « contemplation ».

Défaire plutôt que faire, le lot du poète en chasse.

« Or tout homme est un « oui » avec des « non ». Après les acceptations inouïes et d’une certaine façon contre nature, il faut s’attendre à des retours de « non », cependant que quelque chose continue à agir, qui ne peut être effacé, ni revenir en arrière, vivant à la dérobée de l’Inoubliable.

Évolution en cours… »iv

L’homme est un « oui », avec des « non », – et peut-être avec des « peut-être ». Mais assurément il est bien autre chose encore, que ni le « oui » ni le « non » ne peuvent saisir, et le « peut-être », moins encore. Il est ce « quelque chose » qui continue à agir. Ce « quelque chose » qu’on dérobe, qu’on oublie, qui est vivant.

Des morceaux de diamants noirs, posés sur la feuille blanche, vibrent en variations, avec couleurs et ombres.

On peut rêver seul ; on peut réfléchir à plusieurs aux songes partagés.

iHenri Michaux Les Grandes Épreuves de l’Esprit. Gallimard, Paris, 1986.

iiIbid.

iiiIbid.

ivIbid.