The Ink in the Sand


Iamblichus thought that humanity is composed mainly of fallen souls, but that the gods have sent some wise men like Orpheus, Pythagoras, Plato, or Hermes here to help them. Iamblichus also boasted being knowledgeable about theurgy.

What is theurgy? It is the idea that the human can unite with the divine through special practices. The soul is called, by means of intense religious gestures, initiation rites, sacrifices, invocations aimed at ecstasy, to unite degree by degree with beings of a higher nature, heroes, « demons », angels and archangels, and ultimately with the One, the ineffable God.

In the Mysteries of Egypt, a book devoted to Chaldeo-Egyptian wisdom, Iamblichus evokes the idea of a progressive « degradation » of man, of his fall from the divine plan. The hierarchy of this fall includes divine beings, archangels, angels, demons, heroes, archons. Human souls are at the end.

Iamblichus also describes two kinds of ecstasy, analyses the causes of evil, the theurgic power of sacrifice and presents the symbolic mystagogy of the Egyptians as well as hermetic theology and astrology. Every soul is guarded by a « demon » who helps it to reach its goal, happiness, union with the divine.

Unity is possible, but not through knowledge. « Actually, it is not even a knowledge that contact with the divinity is. Because knowledge is separated by a kind of otherness. »i

The contact with the divine is difficult to explain. « We are rather wrapped in the divine presence; it is it that makes our fullness, and we take our very being from the science of the gods. « ii

Iamblichus uses well-documented Egyptian metaphors and symbols, such as silt, lotus, solar boat. These are effective images to explain the background of the case. « Conceive as silt all the body, the material, the nourishing and generating element or all the material species of nature carried by the agitated waves of matter, all that receives the river of becoming and falls with it (…) Sitting on a lotus means a superiority over the silt that excludes any contact with it and indicates an intellectual kingdom in the heavens (…) As for the one who sails on a boat, he suggests the sovereignty that rules the world. » iii

Through the magic of images, the silt, the lotus, the boat, the whole order of the universe is revealed. Why go looking elsewhere for distant and confused explanations? Just look at the Nile.

Where does the anaphoric, anagogic power of these images come from? They are the equivalent of divine names. « We keep in our souls a mystical and unspeakable copy of the gods, and it is by the names that we lift our souls to the gods. »iv

Names have this magical, mystical and theurgic power because they have the ability to touch the gods, even if only in a tiny way, in a language that is their own, and that cannot leave them indifferent. « As the entire language of sacred peoples, such as the Assyrians and Egyptians, is suitable for sacred rites, we believe we must address to the gods in the language known to them, the formulas left to our choice. »v

All the religions of the region, from the Nile to the Indus, the religion of ancient Egypt, the Chaldean religions, Judaism, Zoroastrianism, Vedism, have multiplied the names of God.

Each of these names represents a unique, irreplaceable way of knowing an aspect of the divine.

Men use multiple invocations, prayers, formulas. Religions give free rein to their imagination. What really matters is not the letter of prayer. The important thing is to place yourself on the field of language, the language « connatural to the gods ». We don’t know this language, of course. We only have a few traces of it, such as names, attributes, images, symbols.

Of these minute traces, we must be satisfied. In the early 1970s, an archaeologist, Paul Bernard, headed the French Archaeological Delegation in Afghanistan, and conducted research in Ai Khanoun, at the eastern end of the Bactria River, near the border between Afghanistan and Tajikistan.

This city, located at the confluence of the Amu Darya River (the former Oxus) and the Kokcha River, had been nicknamed « Alexandria of the Oxus » by Ptolemy. The archaeological team uncovered the ancient Greek city, its theatre and gymnasium.

In a room of the great Greco-Indian palace of Ai Khanoun, invaded by the sands, Paul Bernard found « the traces of a papyrus that had rotten, leaving on the sand, without any other material support, the traces of ink of the letters. Wonderful surprise! The traces of papyrus fragments were barely visible in the corners, but the text in Greek could still be read: it was the unpublished text of a Greek philosopher, Aristotle’s disciple, who had accompanied Alexander on his expedition! »vi

The communist coup d’état, supported by the Soviet army, ended the archaeological work in 1978. The result of the excavations, deposited in the Kabul Museum, was heavily damaged by successive bombings, and a little later was vandalized by the Taliban.

Have the tiny traces of ink finally disappeared?

iMysteries of Egypt, I,3.

ii Ibid. I,3

iii Ibid. VII, 2

iv Ibid. VII, 4

vIbid. VII, 4

viCf. P. Bernard, Fouilles d’Ai Khanoun I, Paris, 1973. Qoted by Jacqueline de Romilly. Petites leçons sur le grec ancien.

Les Talibans et l’encre dans le sable


Jambliquei pensait que l’humanité est composée principalement d’âmes déchues, mais que les dieux ont envoyé ici-bas quelques hommes sages comme Orphée, Pythagore, Platon, ou Hermès pour leur venir en aide. A la différence de Porphyre et de Plotin qui restèrent sur un plan philosophique, Jamblique se targuait aussi de théurgie.

Qu’est-ce que la théurgie ? C’est l’idée que l’humain peut s’unir au divin par des pratiques spéciales. L’âme est appelée, par des gestes religieux poussés, des rites d’initiations, des sacrifices, des invocations visant à l’extase, à s’unir degré par degré à des êtres d’une nature supérieure, des héros, des « démons », des anges et des archanges, et ultimement à l’Un, le Dieu ineffable.

Dans les Mystères d’Égypte, livre consacré à la sagesse chaldéo-égyptienne, Jamblique évoque notamment l’idée d’une « dégradation » progressive de l’homme, de sa chute à partir du plan divin. La hiérarchie descendante inclut des êtres divins, comprenant les archanges, les anges, les démons, les héros, les archontes jusqu’à atteindre les âmes humaines.

Jamblique y décrit aussi deux sortes d’extase, analyse les causes du mal, la puissance théurgique des sacrifices et présente la mystagogie symbolique des Égyptiens ainsi que la théologie et l’astrologie hermétiques. Toute âme est gardée par un « démon » personnel qui doit l’aider à atteindre son but ultime, le bonheur, l’union avec le divin.

Cette union est possible, mais pas par le moyen de la connaissance. « A vrai dire ce n’est pas même une connaissance que le contact avec la divinité. Car la connaissance est séparée par une sorte d’altérité. »ii

Cette expérience est difficile à expliquer. « Nous sommes plutôt enveloppés de la présence divine ; c’est elle qui fait notre plénitude, et nous tenons notre être même de la science des dieux. »iii

Jamblique use de métaphores et de symboles égyptiens bien connus, comme le limon, le lotus, la barque solaire. Ce sont des images efficaces pour expliquer le fond de l’affaire. « Conçois comme du limon tout le corporel, le matériel, l’élément nourricier et générateur ou toutes les espèces matérielles de la nature qu’emportent les flots agités de la matière, tout ce qui reçoit le fleuve du devenir et retombe avec lui (…) Le fait d’être assis sur un lotus signifie une supériorité sur le limon qui exclut tout contact avec celui-ci et indique un règne intellectuel dans l’empyrée (…) Quant à celui qui navigue sur une embarcation, il suggère la souveraineté qui gouverne le monde. »iv

Par la magie de trois images, le limon, le lotus, la barque, c’est l’ordre entier de l’univers qui se révèle. Pourquoi aller chercher ailleurs de lointaines et confuses explications ? Il suffit de contempler le Nil.

D’où vient le pouvoir anaphorique, anagogique de ces images ? C’est qu’elles sont l’équivalent des noms divins. « Nous gardons tout entière dans notre âme une copie mystique et indicible des dieux, et c’est par les noms que nous élevons notre âme vers les dieux. »v

Les noms ont ce pouvoir magique, mystique et théurgique parce qu’ils ont la capacité de toucher les dieux, ne serait-ce que de façon infime, dans une langue qui leur est propre, et qui ne peut les laisser indifférents. «  Comme toute la langue des peuples sacrés, tels que les Assyriens et les Égyptiens, est apte aux rites sacrés, nous croyons devoir adresser aux dieux dans la langue qui leur est connaturelle, les formules laissées à notre choix. »vi

Toutes les religions de la région qui va du Nil à l’Indus, la religion de l’Égypte ancienne, les religions chaldéennes, le judaïsme, le zoroastrisme, le védisme, ont de tout temps multiplié les noms de Dieu.

Chacun des noms divin représente une manière unique, irremplaçable, de connaître (et d’abstraire, de « séparer ») un des aspects du divin.

C’est une idée essentielle. Les hommes usent de multiples invocations, prières ou formules. Les religions laissent libre cours à leur imagination. Ce qui compte vraiment n’est pas la lettre de la prière. L’important est de se placer sur le terrain de la langue divine, cette langue « connaturelle aux dieux ». Cette langue, nous ne la connaissons pas, bien sûr. Nous en avons seulement quelques traces, infimes, telles que les noms divins, les attributs, les images, les symboles.

De ces traces infimes, il faut bien se contenter. Au début des années 1970, un archéologue, Paul Bernard, dirigeait la Délégation archéologique française en Afghanistan, et conduisait des recherches à Ai Khanoun, à l’extrémité orientale de la Bactriane, près de la frontière entre l’Afghanistan et le Tadjikistan.

Cette ville située au confluent du fleuve Amou-Daria (l’ancien Oxus) et de la rivière Kokcha, avait été surnommée « l’Alexandrie de l’Oxus » par Ptolémée. L’équipe archéologique mit au jour l’ancienne ville grecque, son théâtre et son gymnase.

Dans une salle du grand palais gréco-indien d’Ai Khanoun, envahie par les sables, Paul Bernard retrouva « les traces d’un papyrus qui avait pourri en laissant sur le sable, sans aucun autre support matériel, les traces d’encre des lettres. Merveille ! On distinguait à peine dans les angles les traces de fragments de papyrus, mais on pouvait encore lire le texte qui était en grec : c’était le texte inédit d’un philosophe grec, disciple d’Aristote, qui avait accompagné Alexandre dans son expédition ! »vii

Le coup d’état communiste, appuyé par l’armée soviétique, mit fin aux travaux archéologiques en 1978.

Le résultat des fouilles, déposé au musée de Kaboul, a été fortement endommagé par les bombardements successifs, et un peu plus tard vandalisé par les Talibans.

Les traces infimes ont-elles aussi disparu ?

iLe philosophe néo-platonicien Jamblique est né à Chalcis (aujourd’hui Qinnasrîn) au Nord-Ouest de la Syrie vers 242, dans une famille princière de Émèse (aujourd’hui Homs).

ii Les Mystères d’Égypte, I,3.

iii Ibid. I,3

iv Ibid. VII, 2

v Ibid. VII, 4

viIbid. VII, 4

viiCf. P. Bernard, Fouilles d’Ai Khanoun I, Paris, 1973. Cité par Jacqueline de Romilly. Petites leçons sur le grec ancien.