Ontologie du hasard

 

La génération, l’engendrement, est indéniablement un grand mystère, celui de l’incroyable émergence, de l’absolue nouveauté de chaque nouvelle naissance.

La génération, l’engendrement, la filiation sont autant de métaphores humaines qui peuvent aider à la perception confuse de l’engendrement interne de Dieu, de sa création infinie de lui-même par lui-même.

Mais ces métaphores ont leurs limites. Si on les force, elles se dissolvent.

Il faut faire appel à d’autres mots, d’autres images.

L’usage des métamorphoses par des poètes comme Ovide ou Apulée est une tentative de traduire ce qui échappe aux limites du langage ou des formes. L’homme, les êtres, l’étant et les Dieux mêmes, se métamorphosent sans cesse. Il n’y a pas de nature qui ne possède enfoui en elle un principe interne de changement, qui graduellement ou brusquement peut transformer toute forme en une autre forme, que rien ne peut laisser prévoir. Changement, transformation et métamorphose sont des mots presque équivalents, mais il serait possible de leur affecter des nuances particulières.
Il s’agit surtout de la transformation de l’être même. Par exemple, on ne peut nier que la mort est la cause d’une transformation radicale, quelle que soit d’ailleurs l’hypothèse faite quant à l’existence ou l’absence d’un au-delà. Dans tous les cas (anéantissement, métempsycose, résurrection, vie après la vie), l’être est voué à une transformation totale, radicale, absolue.

Puisqu’une telle possibilité de changement, de métamorphose absolue existe indubitablement, au moment de la mort, laissons aux poètes l’occasion de nous surprendre par des idées imprévisibles.

Il n’y a pas de transformation plus « plastique » que la mort. Quelles que soient les hypothèses à ce sujet.

Il se peut que le néant existe. La mort est la fin irrémédiable de l’ivresse bacchique, la mort de la vie, et chaque particule de l’être se dissout à jamais, revenant à quelques briques de base (molécules, atomes, quarks) elles-mêmes vouées à disparaître sur le très long terme.

Il se peut aussi que le passage vers l’Hadès réserve des surprises. Dans les deux cas la métamorphose est assurément radicale.

On peut imaginer d’autres hypothèses encore, comme l’anéantissement dans un néant terminal, suivi inexplicablement par une résurgence germinale, absolument autre, imprévisible, indescriptible.

Tout est possible.

Par son existence, le monde montre que même dans un monde sans sens et sans raison, il faudrait encore rendre compte de ses conditions de possibilité. L’existence de l’être, qu’il faut bien constater, ne peut se suffire de l’hypothèse de l’absurde. Celle-ci renvoie encore, nécessairement, à une impensable ontologie du hasard.

 

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