La peur de la peur


Tout le monde a peur.

Le gouvernement a peur (de disparaître aux prochaines élections). Il a peur parce qu’il pense que le peuple a peur (de mourir du Covid, ou de quelque autre catastrophe diffuse, en gésine, liée à l’état de la planète, ou suite aux turbulences prévisibles qui résulteront de la fin annoncée d’un modèle de développement, et de l’implosion de la société).

Le gouvernement a peur du peuple, car il sait que sa gestion de la crise est très en-dessous de ce que le peuple était en droit d’attendre. Il a peur de sa peur et surtout de sa réaction en cas d’aggravation des contradictions entre diverses politiques de plus en plus incompatibles (santé, société, économie, sécurité, éthique, migration, liberté, vie privée, démocratie…).

Le peuple a peur, parce qu’il voit que le gouvernement ne maîtrise rien, mais est, depuis plus d’un an, en fuite constante devant l’orage pandémique, gérant mal des urgences successives, inexplicables, calamiteuses (des masques introuvables au début de la pandémie, aux centaines de millions de doses de vaccin dûment payées mais non fournies par le Big Pharma).

Le peuple a peur, parce qu’il voit que, devant une crise relativement mineure comme celle de la pandémie, le gouvernement a montré toutes ses limites et ses incompétences.

Le peuple a peur parce qu’il pressent que lors de l’explosion (probable) de prochaines crises, qui seront réellement des crises majeures, existentielles, et qui s’annoncent déjà, le gouvernement sera sans doute encore plus incompétent, pusillanime, désordonné, mais qu’il deviendra, alors, d’autant plus autoritaire, répressif et fascisant, parce qu’il lui faudra cacher sa peur, ou bien laisser la place à l’anarchie et à la violence.

La pandémie du Covid est une crise à la fois mineure et gravissime.

Elle est mineure parce qu’elle risque de se traduire par (seulement!) quelques millions de morts à l’échelle de l’humanité, alors que la crise climatique ainsi que la tragédie de la disparition progressive de millions d’espèces vivantes indispensables à l’avenir de la vie commune sur Terre, risquent de se traduire par des centaines de millions de morts, voire des milliards, à l’horizon de la fin du siècle actuel.

Elle est gravissime parce qu’elle montre crûment l’état d’impréparation du gouvernement pour traiter une crise sanitaire annoncée comme possible, et même latente, depuis des décennies, avec nombre d’alertes récentes, qui auraient dû déclencher une réponse globale et préventivei. Elle est gravissime parce qu’elle montre crûment que le gouvernement sera encore bien plus désarmé pour traiter du désastre écologique et systémique qui se prépare.

Que faire ? Il faut changer complètement de modèle de vie, de modèle du pouvoir et de modèle du monde. Vaste programme, dire-t-on sans doute. En effet. Aux grands maux, les grands remèdes.

Wittgenstein a écrit en 1930 une phrase profonde et prémonitoire : « L’homme et sans doute les peuples doivent s’éveiller à l’étonnement. La science est un moyen de les faire se rendormir. »ii

Est-ce que la science (qui, entre parenthèses, a montré sa capacité d’adaptation et d’invention en multipliant les succès décisifs dans sa recherche d’un vaccin contre le Covid) est censée mettre un terme à la peur généralisée qui couve (celle du gouvernement et celle du peuple) ?

La peur a semblé un moment être conjurée, lorsque des annonces tonitruantes ont été faites par le Big Pharma quant à l’efficacité des vaccins Pfizer, Moderna ou AstraZeneca. Puis une autre peur s’est instillée en Europe, celle de ne pas être livrée dans les temps contractuels, celle d’être victime de manipulations commerciales ou autres…

Wittgenstein avait aussi affirmé que la science ne pourrait pas protéger les peuples de leur peur profonde, viscérale, ontologique. « Il n’est pas exclu que des peuples très civilisés soient de nouveau enclins à cette même peur [que celle de certaines tribus primitives devant la nature], et leur culture comme la connaissance scientifique ne peuvent les en protéger. »iii

Nous y voilà. La science ne représente pas le summum de la pensée humaine. Il est possible que la voix des philosophes, ou des sages, portent beaucoup plus loin que celle, par exemple, du président d’AstraZeneca, qui semble fort peu effarouché de s’en prendre à lui tout seul au bloc de l’Union européenne, qui l’a pourtant inondé de commandes…

Il est fort possible que le temps soit venu pour changer le modèle politique et philosophique qui gouverne un monde placé sur une trajectoire catastrophique, et semblant inconscient de sa fin proche.

Il ne suffit pas, aujourd’hui, de dire : « N’ayez pas peur ! »…

Il faut montrer l’exemple.

Politiquement, socialement, économiquement, intellectuellement, philosophiquement, spirituellement.

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iUne réponse préventive et globale que l’OMS était bien incapable d’assumer en tant que tel, vu l’état de déshérence des systèmes intergouvernementaux placés sous l’égide de l’ONU, du fait d’une volonté systématique des principaux États financeurs de les affaiblir.

iiL. Wittgenstein, Werkausgabe, vol. 8, Francfort/M., Suhrkamp, 1984, p.457

iiiIbid.

« Axe du mal » et « communs mondiaux »


« New York. 11 septembre 2001 »

Les attentats du 11 septembre 2001 ont provoqué la mort de 2 977 personnes. En réaction, les États-Unis ont déclenché plusieurs guerres faisant des centaines de milliers de victimes et de considérables dégâts collatéraux.

Le Covid fait actuellement aux États-Unis plus de 4000 morts par jour. Quelle a été la réaction du gouvernement américain ? Une guerre contre la pandémie ? Certes non. Plutôt: déni, laxisme, fake news et émeutes de petits blancs suprématistes, financées par des poches profondes, et conçues par des réseaux complotistes.

Il a fallu attendre Biden, pour que des mesures de bon sens soient prises, le premier jour de son accession à la présidence, et cela plus d´une année après le début de la pandémie.

Le mensonge général, le marécage idéologique, la dénégation de la réalité et l´hypocrisie foncière prévalant au sein du parti Républicain ont façonné une ´réalité virtuelle ´ dont les Américains sont loin d´être sortis.

Il y a 20 ans, moins de 3000 morts en une seule et unique journée, suivie de 20 ans de guerres et de souffrances au Moyen-Orient, contre un supposé « axe du mal ».

Aujourd’hui: plus de 4000 morts par jour aux États-Unis, depuis des semaines, pour un total provisoire dépassant les 400.000 morts, du fait de l’incompétence et des choix idéologiques d’un gouvernement factieux, fuyant toutes ses responsabilités sanitaires, et contribuant à aggraver la pandémie et son taux de mortalité. Le « mal » (au sens propre) et la mort rodent de par le pays qui s’auto-proclame le « plus puissant du monde ».

Mais, fait gênant, il n´y a maintenant aucun pays-bouc-émissaire (sauf peut-être l´Iran? ou la Chine?) où pouvoir, par manière de diversion, déclencher une guerre punitive, et déployer comme en une sorte d’exutoire une ire guerrière, sanguinaire, et fort rentable, puisque les véritables responsables étaient jusqu’il y a peu au sommet même de l’Etat américain…

Désormais, la perspective d’une nouvelle guerre civile, américano-américaine, est plus qu’envisageable. Elle est déjà en cours. Elle sera longue, cruelle. La victoire, au rasoir, de Biden, quoique porteuse d’espoir, ne préjuge en rien de l’avenir. Elle semble d’ailleurs fragile et provisoire. Rendez-vous aux prochaines élections en 2023, à mi-mandat (midterm elections).

Un peu moins de la moitié des électeurs américains ont voté Trump en novembre 2020. La majorité démocrate au Sénat a été obtenue à l’arraché, d’extrême justesse.

Mais le plus grave et le plus inquiétant pour l’avenir, c’est que 70% des électeurs républicains sont absolument persuadés que le résultat des élections présidentielles a été truqué.

Que tout cela soit aujourd’hui possible dans le pays censé incarner la démocratie est glaçant.

La démocratie est partout en danger. En Europe aussi. Les ingrédients explosifs et les tensions s’accumulent, contribuant à un effondrement progressif du consensus démocratique et à la montée corrélative d’un néo-fascisme et d’un bio-fascisme, d’autant plus terrifiants qu’ils feront un usage démultiplié du contrôle social « total », par le moyen du Big Data, désormais secondé par le Big Pharma, le Big Oil et le Big Agro Biz.

Le contrôle social « total » montre encore patte blanche, — mais combien de temps encore, avant qu’il sorte les griffes, et les crocs, et la haine ?

On devra bientôt peut-être être en possession d’un bio-passeport intérieur, comme dans la Russie des Tsars pour pouvoir circuler.

Il y a 20 ans la guerre contre « l’axe du mal » était proclamée, avec les résultats que l’on sait.

Aujourd’hui, c’est la « guerre » contre le Covid qui a été mondialement proclamée. Le « Mal » et la « mort » rodent dans nos rues et dans nos campagnes.

Mais c’est une guerre sélective. On a oublié de partir en guerre contre le Big Agro Biz qui tue nos abeilles, et anéantit la bio-diversité mondiale.

Résultat de cette « guerre »: en quelque mois seulement, des profits inimaginables pour le Big Data (les GAFA et les quelques multi-milliardaires qui les contrôlent) et pour le Big Pharma. Plus, cerise sur le gâteau, un conditionnement général de la population à l’embrigadement massif, et une médiatisation mondiale du Bio-Politique.

Cela ne peut se laisser faire sans qu’une résistance s’organise.

Une résistance au data-fascisme, une résistance au bio-fascisme.

Premier axe de réflexion à nourrir d’urgence: la proclamation d’un « commun mondial » des Data, d’un « commun mondial » de la Santé humaine et animale, et d’un « commun mondial » de la Biodiversité.

Une première action concrète: définir d’urgence un impôt mondial sur les GAFA, sur le Big Oil, sur le Big Agro Biz et sur le Big Pharma, dont les produits financiers seront répartis mondialement par un Comité des sages (régi par l’ONU ?), pour lutter contre les inégalités mondiales dans toutes leurs dimensions (économiques, sociales, politiques, techniques, …).

Deuxième action: fonder un « Mouvement Mondial », rassemblant toutes les forces locales, nationales et supra-nationales, capable de défendre le bon usage des « communs mondiaux » , de les protéger et de concevoir la politique et la philosophie de leur gestion durable dans l’intérêt supérieur de la planète tout entière.

Utopisme naïf?

Que non! Réalisme absolu, nécessaire, urgentissime!…

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P.S. Je suis ouvert à toutes les suggestions constructives …