Le problème de l’avenir du monde

Il y a beaucoup de risques qui restent fondamentalement impensables. Nous ne disposons pas des catégories nécessaires pour faire l’analyse de la transformation mondiale, et encore moins de la transformation des conditions des prochaines transformations, de leurs possibles et brutales accélérations, des points de basculement, des changements de phases.

Des catastrophes irréversibles, invisibles, sont peut-être en cours. Nous n’en savons rien. Le débat sur le réchauffement climatique est un bon exemple de l’exercice d’une pensée aveugle à elle-même, incapable de voir ses propres manques. La rationalité scientifique n’est pas propre à garantir la saisie du problème de l’avenir dans sa radicalité, sa profondeur. Cette rationalité est toujours plus étroite, plus étriquée, que la vision réellement nécessaire, qui devrait, en théorie, prévoir les conditions du devenir à long terme de l’espèce humaine et de toutes les formes de vie qui l’accompagnent sur le vaisseau Terre.

L’hypothèse, somme toute raisonnable, que la vie même est menacée sur terre, dans toutes ses formes, est aujourd’hui impensable, indécidable, informulable. Elle relève d’un sentiment général, mais nous ne disposons d’aucune rationalité capable de la soutenir ou de la réfuter scientifiquement. Une béance, une fracture, un gouffre sans fond, séparent la rationalité scientifique habituelle de l’exercice philosophique, politique et social, qui consisterait à évaluer les catastrophes à venir, les dangers mortels associés au déploiement d’une « civilisation mondiale » qui n’est en réalité dotée d’aucun garde-fou, qui n’a pas de vision longue, qui reste en quelque sorte structurellement aveugle, et sans âme même.

Nous ne pouvons plus nous appuyer sur le passé. Les anciennes catastrophes, les guerres, les exterminations de masse, les génocides, il faut avoir le courage de se l’avouer, pourraient bien n’être que des signaux trop faibles pour nous alerter effectivement sur l’ampleur des tragédies de l’avenir. Rien ne permet d’exclure de nouvelles catastrophes bien pires que toutes celles que l’histoire a retenues. Rien ne permet d’écarter de la conscience l’hypothèse que, dans un certain nombre d’années, l’humanité pourrait détruire la vie sur terre à 90% ou même à 99%. On peut opiner ou nier, c’est selon. Mais il est sûr que personne ne peut garantir une opinion fiable en la matière, dans un sens ou dans un autre. Il est également sûr que tout continuera comme par le passé, jusqu’aux prémisses de la future grande transformation, porteuse dans ses flancs lourds, d’avenirs impensables.

Le passé, malgré ses cruautés, ses massacres, ses tyrannies, ses exterminations, ses famines, ses épidémies, reste en quelque sorte cloisonné, local, régional. L’avenir sera structurellement mondial, global, planétaire. Les guerres de religion du passé finissaient par trouver leurs frontières naturelles. Les guerres de religion de l’avenir seront mondiales, et sans fin. Elles se nourriront de la pauvreté extrême qui se répandra par plaques entières sur des surfaces immenses, pendant que des poches d’ultra-richesse se barricaderont avec les moyens du bord, ou même, ruse supplémentaire, se rendront invisibles, intangibles, intouchables. Comment faire rendre gorge à l’invisible ? Les substances les plus toxiques, les politiques les plus dangereuses, les systèmes les plus corrosifs se mettent en place en silence, dans le secret. Personne ne sait plus quels sont les problèmes réellement significatifs, tant les fausses pistes abondent, tant la désinformation est désormais au cœur de « l’information ». On ne sait pas qui profite de quoi, qui paye quoi, dans un monde sans frontières, traversé de menaces de toutes sortes, et de nature profondément globale.

Face à l’avalanche d’hypothèses, de menaces, à l’énumération de possibles catastrophes, la plupart des gens courbent la tête, le dos, sentant leur impuissance. La peur même ne les effleure pas ; ils ne savent pas de quoi il faut avoir réellement peur. Ils n’ont pas conscience de leur ignorance, ou de leur abyssal manque de perspectives. Dans les temps passés, l’homme pouvait réagir à la faim, à la peur ou à la violence. Mais les temps changent. Les plus grands massacres, les plus grandes famines, les plus absolues catastrophes se préparent silencieusement.

La crise de l’avenir s’écrit au présent, mais elle est tout entière indécelable, invisible. Les richesses apparentes, les paix provisoires, les développements observés, cachent entièrement le risque à l’œuvre.

Les sciences dures ou molles semblent bien inadéquates pour traiter de la catastrophe à venir. Elles sont toutes plus ou moins spécialisées, localisées, focalisées. Leur méthode même, rationnelle, déductive ou empirique, n’est absolument pas de taille à affronter une problématique générale, systémique, mondiale, imprévisible, et sans aucune espèce d’antécédent comparable.

Variation de la variation

5ème jour

La caractéristique de l’Inde est « l’évanescence », dit Hegel. Entre fugacité, brièveté et immatérialité, l’évanescence est aussi une transformation, une métamorphose. Au sein du monde, au cœur de la réalité même, la forme évanescente est subliminale, impalpable. Elle se dissout à peine apparue. Par là elle est susceptible de servir de métaphore concrète à la transcendance. D’où l’idée de l’Inde. L’évanescence défie la matière. Elle échappe à toute assimilation, à toute saisie. Ceci est l’exact contraire de ce qui se passe dans tout processus vital. Dans la vie de la nature comme dans la vie de l’esprit, l’essentiel est l’assimilation, c’est-à-dire la transformation de ce qui vient de l’extérieur en quelque chose d’intérieur, la métamorphose de l’autre dans le même. Mais ce qui est évanescent ne peut pas être assimilé, par définition. Et pourtant, de la chose « évanouie », il reste toujours un petit reste, un petit rien, qui n’offre pas de matière à l’assimilation, mais qui signale faiblement que quelque chose a bien eu lieu, que ce quelque chose a disparu, mais qu’il continue à faire signe, sous forme d’ombre, d’écho, d’effluve, de nuance imperceptible. En se refusant à l’assimilation, l’évanescence est le contraire de l’irréversibilité. Elle garde tout entier un potentiel de régénération, de réactivation, qui demande que certaines conditions soient à nouveau remplies pour reprendre vie.

Je voudrais appliquer cette métaphore à la plasticité génétique, à la plasticité du vivant. On sait que l’ARNi (interférent) a la propriété d’interférer sur la mise en œuvre du programme génétique. Cela signe la fin du déterminisme mécanique que convoyait la notion de « programme génétique », et aussi de façon plus surprenant encore, la fin de l’irréversibilité associée à ce programme. On peut désormais transformer des cellules adultes, les dédifférencier, les déprogrammer et les reprogrammer en nouvelles cellules souches pour obtenir soit des cellules totipotentes (cellules embryonnaires), soit des cellules multipotentes (cellules adultes du même tissu), soit des cellules pluripotentes (cellules adultes d’autres tissus). Cette plasticité du vivant était jusque il y a peu insoupçonnée. Les conséquences sont faramineuses. On peut fabriquer des cellules souches en détournant des cellules du bulbe olfactif pour lutter contre la maladie de Parkinson, afin de régénérer les régions du cerveau atteintes par la maladie. On peut réveiller le potentiel endormi de cellules adultes, les reprogrammer pour qu’elles se comportent comme des cellules totipotentes.

Qu’il me soit permis d’ajouter, sans trop de cuistrerie, qu’aux côtés de plus de 25000 gènes codant des protéines, il existe des milliers de séquences génétiques codant des ARN dont la fonction est de réguler l’expression des gènes codant les protéines. Le génome n’est donc pas un « programme », déterminé au sens cybernétique du terme. Il est éminemment mobile, plastique, métamorphique. Il possède toutes sortes de moyens de se reprogrammer lui-même, de modifier son action codante, selon les conditions rencontrées. Le mot de « programme » n’est pas suffisant pour rendre compte de cette complexité, qui échappe aux déterminismes, et qui ne cesse de laisser de la place à la contingence, à la fortune, aux aléas, sans toutefois en être durablement dominée, mais en en tirant plutôt tout le parti possible, comme si une intelligence supérieure, quoique apparemment inconsciente, façonnait en permanence les nouveaux outils de sa survie.

Je n’ai pas l’intention de filer davantage ici les métaphores de la transformation des cellules adultes en cellules totipotentes, mais je voudrais souligner le caractère éminemment « intermédiaire » de ce phénomène, au sens que lui donne Platon dans le Banquet. Diotime a appelé les intermédiaires les metaxu. Je dirais volontiers que le génome, faute d’un meilleur qualificatif, est une sorte d’être intermédiaire, un metaxu, capable de toutes les métamorphoses, car il contient, tapi dans ses myriades de cycles complexes, enchevêtrés, de régulation, un potentiel de variation qui ne cesse de s’appliquer à lui-même, variant les conditions de variation de la variation, variant toujours davantage les conditions de transformation des conditions de variation, et ceci, pourquoi pas, à l’infini. Il y a là, n’en doutons pas, quelque chose qui relève du mystère, faute, là encore, d’un meilleur mot.

La fin du temps du mépris

Au 19ème siècle, tout le monde méprisait tout le monde. Les bourgeois se méprisaient entre eux et ils méprisaient le peuple et celui-ci le leur rendait bien. Relisez Stendhal  (Le Rouge et le Noir) et Tolstoï (Guerre et paix) – et bien d’autres — pour vous en convaincre. Pour la commodité du lecteur, j’ai placé en fin de cet article un florilège assez complet des innombrables formes de mépris dans le fameux roman stendhalien. Je n’ai pas eu le temps de le faire pour Guerre et Paix, mais la matière y encore plus abondante.

Il s’agissait alors de mépriser ou d’être méprisé. Mépriser c’était Être. Être méprisé, c’était Ne Pas Être.

Mais aujourd’hui, le mépris n’est plus politiquement correct, paraît-il. Plus exactement le mépris se cache désormais sous des couches fort épaisses de discours hypocrites. La démocratie a peut-être rendu le  mépris  plus inactuel dans le discours courant.  La « perte des valeurs » a aussi sans doute contribué à saper les bases au nom desquelles on pouvait jadis mépriser avec bonne conscience. Car le mépris doit se baser sur une conception de la vie, du monde et des fins dernières. Il faut savoir clairement ou confusément au nom de quoi on s’arroge le privilège de mépriser. Mais l’homme massifié peut-il encore trouver des raisons de mépriser les autres, qui lui ressemblent tant? Qui aujourd’hui et au nom de quoi peut sincèrement mépriser les autres ?

De plus le mépris tue. Et la démocratie n’aime pas cela. La phrase de Julien devant ses juges, alors qu’il risque d’avoir la tête tranchée (ce qui sera d’ailleurs sa fin), est presque incompréhensible dans le contexte contemporain. « Messieurs les jurés, L’horreur du mépris, que je croyais pouvoir braver au moment de la mort, me fait prendre la parole. » Imaginez tel homme politique corrompu jusqu’à la moelle, devant ses pairs à l’Assemblé nationale. Qui peut mépriser qui dans ce contexte?

Le mépris est une décision de négation ontologique de l’être même de « l’autre », cet autre méprisé : mépriser, c’est  » tenir pour rien « . Mais il ne peut s’appliquer en fait qu’à ce qui n’est jamais « rien », en fait… Pour cette raison, on peut dire que le mépris est une position intrinsèquement fausse, mais éminemment arrogante.

Le mépris consiste à séparer (en parfaite bonne conscience) ce qui semble mériter d’appartenir à la sphère de l’être et ce qui doit être rejeté dans les ténèbres terminales, extérieures ou intérieures.  Le mépris acquiert ainsi une dimension proprement métaphysique. Cela signifie que la subjectivité méprisante s’entend toujours en juge exclusif de l’âme, de la sienne propre et de celle des autres. Descartes enseigne ainsi que  » la passion du mépris est une inclination qu’a l’âme à considérer la bassesse ou petitesse de ce qu’elle méprise « . On pourrait en déduire que le méprisant est peut-être le plus méprisable par ce regard porté sur cette bassesse supposée.

A ce stade du raisonnement, je voudrais changer d’angle. Dans ce début d’un siècle post-moderne, qui est aussi le début de l’ère de globale et mondiale de « l’anthropocène », le mépris et toutes les attitudes politiques qui lui sont liées ne sont plus acceptables. Il ne s’agit pas seulement de bons sentiments. Mais surtout, le mépris des x pour les y ou des y pour les x ou les z n’est plus à la dimension du problème. L’urgence, la gravité et l’ampleur des défis post-modernes transcendent une catégorie aussi « moderne » (philosophiquement) que celle du mépris. Je dis que le mépris est une catégorie « moderne » pour la raison suivante. J’appelle « moderne » ce qui relève de la via moderna, c’est-à-dire de ce qui s’inscrit dans le grand mouvement nominaliste qui caractérise la modernité occidentale depuis mille ans. Mille ans de nominalisme, mille ans de modernité, mille ans de mépris ontologique des uns pour les autres. Mais tout a une fin. Le nominalisme ne peut plus empêcher l’incroyable découverte: il y a quelque chose comme de l’universel, du planétaire, du « commun ». Et ce « commun » est devenu justement ce qui est le plus « noble ». Mais on ne le découvre qu’au moment même ou cet universel, ce planétaire, ce « commun » sont menacés de disparition. Une disparition non pas rhétorique (comme les nominalistes se plaisaient à le faire), mais bien réelle, vitale, animale.

En conclusion, l’avenir du monde post-moderne est nécessairement lié à la fin du mépris.

A titre documentaire j’ai placé ici une série de citations tirée de:

Stendhal  (Le Rouge et le Noir)

Objet des mépris de tous à la maison, il haïssait ses frères et son père; dans les jeux du dimanche, sur la place publique, il était toujours battu.

Méprisé de tout le monde, comme un être faible, Julien avait adoré ce vieux chirurgien-major

il se dit: Il y aurait de la lâcheté à moi de ne pas exécuter une action qui peut m’être utile, et diminuer le mépris que cette belle dame a probablement pour un pauvre ouvrier à peine arraché à la scie.

La jalousie de ces ouvriers grossiers avait été tellement provoquée par le bel habit noir, par l’air extrêmement propre de leur frère, par le mépris sincère qu’il avait pour eux, qu’ils l’avaient battu au point de le laisser évanoui et tout sanglant.

La position morale où il avait été toute sa vie se renouvelait chez M. le maire de Verrières. Là, comme à la scierie de son père, il méprisait profondément les gens avec qui il vivait, et en était haï.

Il se méprisait horriblement. Si par malheur il se forçait à parler, il lui arrivait de dire les choses les plus ridicules.

—Prenez garde, mon enfant, à ce qui se passe dans votre cœur, dit le curé fronçant le sourcil; je vous félicite de votre vocation, si c’est à elle seule que vous devez le mépris d’une fortune plus que suffisante.

—Monsieur Julien, de grâce modérez-vous, songez que nous avons tous des moments d’humeur, dit rapidement Mme Derville. Julien la regarda froidement avec des yeux où se peignait le plus souverain mépris.

Entre ces deux femmes dont un trouble extrême couvrait les joues de rougeur et d’embarras, la pâleur hautaine, l’air sombre et décidé de Julien formait un étrange contraste. Il méprisait ces femmes et tous les sentiments tendres.

Les caresses du plus jeune qu’il aimait beaucoup calmèrent un peu sa cuisante douleur. Celui-là ne me méprise pas encore, pensa Julien. Mais bientôt il se reprocha cette diminution de douleur comme une nouvelle faiblesse.

—Eh bien! monsieur, lui dit-il enfin avec un soupir et de l’air dont il eût appelé le chirurgien pour l’opération la plus douloureuse, j’accède à votre demande. A compter d’après-demain, qui est le premier du mois, je vous donne cinquante francs par mois. Julien eut envie de rire et resta stupéfait: toute sa colère avait disparu. Je ne méprisais pas assez l’animal! se dit-il. Voilà sans doute la plus grande excuse que puisse faire une âme aussi basse.

Julien avait encore dans l’oreille les paroles grossières du matin. Ne serait-ce pas, se dit-il une façon de se moquer de cet être, si comblé de tous les avantages de la fortune, que de prendre possession de la main de sa femme, précisément en sa présence? Oui je le ferai, moi pour qui il a témoigné tant de mépris.

—Mais songes-tu, lui répétait-il, que je t’associe, ou, si tu l’aimes mieux, que je te donne quatre mille francs par an? et tu veux retourner chez ton M. Rênal qui te méprise comme la boue de ses souliers!

Cette femme ne peut plus me mépriser: dans ce cas, se dit-il, je dois être sensible à sa beauté; je me dois à moi-même d’être son amant!

Que connais-je du caractère de cette femme? se dit Julien. Seulement ceci: avant mon voyage, je lui prenais la main, elle la retirait; aujourd’hui je retire ma main, elle la saisit et la serre. Belle occasion de lui rendre tous les mépris qu’elle a eus pour moi.

Mme de Rênal répondit avec une indignation réelle, et nullement exagérée, à l’annonce impertinente que Julien osait lui faire. Il crut voir du mépris dans sa courte réponse.

Lorsqu’on se sépara à minuit, son pessimisme lui fit croire qu’il jouissait du mépris de Mme Derville, et que probablement il n’était guère mieux avec Mme de Rênal.

Julien était fort éloigné de ces pensées. Son amour était encore de l’ambition: c’était de la joie de posséder, lui pauvre être si malheureux et si méprisé, une femme aussi noble et aussi belle.

Les dames se demandaient si c’était du maire tout seul que provenait cette haute inconvenance. En général on rendait justice à son mépris pour le défaut de naissance.

Quel remords! comment tout ceci finira-t-il?… Je m’égare… Enfin tu comprends ta conduite; sois doux, poli, point méprisant avec ces grossiers personnages, je te le demande à genoux: ils vont être les arbitres de notre sort.

C’est à coups de mépris public qu’un mari tue sa femme au XIXe siècle; c’est en lui fermant tous les salons.

A peine arrivé à Verrières, Julien se reprocha son injustice envers Mme de Rênal. Je l’aurais méprisée comme une femmelette, si, par faiblesse, elle avait manqué sa scène avec M. de Rênal!

Tout y était magnifique et neuf, et on lui disait le prix de chaque meuble. Mais Julien y trouvait quelque chose d’ignoble et qui sentait l’argent volé. Jusqu’aux domestiques, tout le monde y avait l’air d’assurer sa contenance contre le mépris.

Le seul sentiment que le regard rapide de Julien put deviner sur cette longue figure dévote fut un mépris profond pour tout ce dont on voudrait lui parler, et qui ne serait pas l’intérêt du ciel.

Il voulut connaître toute l’étendue du mal et, à cet effet, sortit un peu de ce silence hautain et obstiné avec lequel il repoussait ses camarades. Ce fut alors qu’on se vengea de lui. Ses avances furent accueillies par un mépris qui alla jusqu’à la dérision.

Sans cesse Julien trouvait écrites au charbon, sur les murs des corridors, des phrases telles que celle-ci: Qu’est-ce que soixante ans d’épreuves, mis en balance avec une éternité de délices ou une éternité d’huile bouillante en enfer! Il ne les méprisa plus; il comprit qu’il fallait les avoir sans cesse devant les yeux.

Ses camarades y virent un trait odieux de la plus sotte hypocrisie; rien ne lui fit plus d’ennemis. Voyez ce bourgeois, voyez ce dédaigneux, disaient-ils, qui fait semblant de mépriser la meilleure pitance, des saucisses avec de la choucroute! fi, le vilain! l’orgueilleux! le damné!

Après avoir été comme suffoqué dans les premiers temps par le sentiment du mépris, Julien finit par éprouver de la pitié: il était arrivé souvent aux pères de la plupart de ses camarades de rentrer le soir dans l’hiver à leur chaumière, et de n’y trouver ni pain, ni châtaignes, ni pommes de terre.

Je ne vous cacherai pas que le jeune comte de La Mole doit vous mépriser d’abord, parce que vous n’êtes qu’un petit bourgeois. Son aïeul à lui était de la Cour, et eut l’honneur d’avoir la tête tranchée en place de Grève le 26 avril 1574, pour une intrigue politique.  [Julien aura l’honneur d’avoir la tête tranchée pour une intrigue amoureuse.]

—Il me semble, dit Julien en rougissant beaucoup, que je ne devrais pas même répondre à un homme qui me méprise. —Vous n’avez pas idée de ce mépris-là; il ne se montrera que par des compliments exagérés. Si vous étiez un sot, vous pourriez vous y laisser prendre; si vous vouliez faire fortune, vous devriez vous y laisser prendre.

Julien avait déjà surpris à table deux ou trois petits dialogues brefs, entre le marquis et sa femme, cruels pour ceux qui étaient placés auprès d’eux. Ces nobles personnages ne dissimulaient pas le mépris sincère pour tout ce qui n’était pas issu de gens montant dans les carrosses du roi.

Julien portait toujours des petits pistolets, sa main les serrait dans sa poche d’un mouvement convulsif. Cependant il fut sage, et se borna à répéter à son homme de minute en minute: Monsieur votre adresse? je vous méprise. La constance avec laquelle il s’attachait à ces six mots finit par frapper la foule.

—Danton n’était-il pas un boucher? lui dit-elle. —Oui, aux yeux de certaines personnes, lui répondit Julien, avec l’expression du mépris le plus mal déguisé, et l’œil encore enflammé de sa conversation avec Altamira mais malheureusement pour les gens bien nés, il était avocat à Méry-sur-Seine;

[Altamira :] Vous et moi, à ce dîner, nous serons les seuls purs de sang, mais je serai méprisé et presque haï, comme un monstre sanguinaire et jacobin, et vous, méprisé simplement comme homme du peuple intrus dans la bonne compagnie. —Rien de plus vrai, dit Mlle de La Mole. Altamira la regarda étonné; Julien ne daigna pas la regarder.

—Ma foi! dit Julien, qui veut la fin veut les moyens; si, au lieu d’être un atome, j’avais quelque pouvoir, je ferais pendre trois hommes pour sauver la vie à quatre. Ses yeux exprimaient le feu de la conscience et le mépris des vains jugements des hommes; ils rencontrèrent ceux de Mlle de La Mole tout près de lui, et ce mépris, loin de se changer en air gracieux et civil, sembla redoubler.

Elle dansa jusqu’au jour, et enfin se retira horriblement fatiguée. Mais, en voiture, le peu de forces qui lui restait était encore employé à la rendre triste et malheureuse. Elle avait été méprisée par Julien, et ne pouvait le mépriser. Julien était au comble du bonheur, ravi à son insu par la musique, les fleurs, les belles femmes, l’élégance générale, et, plus que tout, par son imagination qui rêvait des distinctions pour lui et la liberté pour tous. —Quel beau bal! dit-il au comte, rien n’y manque. —Il y manque la pensée, répondit Altamira. Et sa physionomie trahissait ce mépris, qui n’en est que plus piquant, parce qu’on voit que la politesse s’impose le devoir de le cacher.

[L’académicien :] —Mlle Mathilde méprise son frère, parce que, comme vous le voyez, il ne songe nullement à toute cette histoire ancienne, et ne prend point le deuil le 30 avril.

Julien était las de se mépriser. Par orgueil, il dit franchement sa pensée. Il rougit beaucoup en parlant de sa pauvreté à une personne aussi riche.

Julien avait compris que se laisser offenser impunément une seule fois par cette fille si hautaine, c’était tout perdre. Si je dois me brouiller, ne vaut-il pas mieux que ce soit de prime abord, en défendant les justes droits de mon orgueil, qu’en repoussant les marques de mépris dont serait bientôt suivi le moindre abandon de ce que je dois à ma dignité personnelle?

Cette jeune fille se moque de moi, pensait Julien. Elle est d’accord avec son frère pour me mystifier. Mais elle a l’air de tellement mépriser le manque d’énergie de ce frère!

[Mathilde :] N’est-ce pas là le rôle que je jouerais si j’aimais le marquis de Croisenois? J’aurais une nouvelle édition du bonheur de mes cousines, que je méprise si complètement.

Mon petit Julien, au contraire, n’aime à agir que seul. Jamais, dans cet être privilégié, la moindre idée de chercher de l’appui et du secours dans les autres! il méprise les autres et c’est pour cela que je ne le méprise pas.

Eh bien, mon père, homme supérieur, et qui portera loin la fortune de notre maison, respecte Julien. Tout le reste le hait, personne ne le méprise, que les dévotes amies de ma mère.

Que de perplexités! Que de nuits passées sans sommeil! Grand Dieu! vais-je me rendre méprisable? Il me méprisera lui-même. Mais il part, il s’éloigne. ALFRED DE MUSSET.

Ici elle osait dire qu’elle aimait. Elle écrivait la première (quel mot terrible!) à un homme placé dans les derniers rangs de la société. Cette circonstance assurait, en cas de découverte, un déshonneur éternel. Laquelle des femmes venant chez sa mère eût osé prendre son parti? Quelle phrase eût-on pu leur donner à répéter pour amortir le coup de l’affreux mépris des salons?

Mais tout cela n’était rien encore, l’angoisse de Mathilde avait d’autres causes. Oubliant l’effet horrible sur la société la tache ineffaçable et toute pleine de mépris, car elle outrageait sa caste, Mathilde allait écrire à un être d’une bien autre nature que les Croisenois, les de Luz, les Caylus.

Quand il fut de retour: Dans quelle folie je vais me jeter! se dit-il avec surprise et terreur. Il avait été un quart d’heure sans regarder en face son action de la nuit prochaine. Mais, si je refuse, je me méprise moi-même dans la suite! Toute la vie, cette action sera un grand sujet de doute pour moi et un tel doute est le plus cuisant des malheurs.

Jamais je ne l’ai vue plus semblable à une reine qui vient de descendre de son trône. Me mépriserait-elle? Il serait digne d’elle de se reprocher ce qu’elle a fait pour moi, à cause seulement de la bassesse de ma naissance.

O combien étaient punis, en cet instant, les mouvements d’orgueil qui avaient porté Julien à se préférer aux Caylus, aux Croisenois! Avec quel malheur intime et senti, il s’exagérait leurs plus petits avantages! Avec quelle bonne foi ardente il se méprisait lui-même!

Son mot si franc, mais si stupide, vint tout changer en un instant;
Mathilde, sûre d’être aimée, le méprisa parfaitement. Elle se promenait avec lui au moment de ce propos maladroit; elle le quitta, et son dernier regard exprimait le plus affreux mépris. Rentrée au salon, de toute la soirée elle ne le regarda plus. Le lendemain ce mépris occupait tout son cœur; il n’était plus question du mouvement qui, pendant huit jours, lui avait fait trouver tant de plaisir à traiter Julien comme l’ami le plus intime, sa vue lui était désagréable. La sensation de Mathilde alla bientôt jusqu’au dégoût; rien ne saurait exprimer l’excès du mépris qu’elle éprouvait en le rencontrant sous ses yeux. Julien n’avait rien compris à tout ce qui s’était passé dans le cœur de Mathilde, mais sa vanité clairvoyante discerna le mépris. Il eut le bon sens de ne paraître devant elle que le plus rarement possible, et jamais ne la regarda.

(Cette page nuira de plus d’une façon au malheureux auteur. Les âmes glacées l’accuseront d’indécence. Il ne fait point l’injure aux jeunes personnes qui brillent dans les salons de Paris, de supposer qu’une seule d’entre elles soit susceptible des mouvements de folie qui dégradent le caractère de Mathilde. Ce personnage est tout à fait d’imagination, et même imaginé bien en dehors des habitudes sociales qui, parmi tous les siècles, assureront un rang si distingué à la civilisation du XIXe siècle. Ce n’est point la prudence qui manque aux jeunes filles qui ont fait l’ornement des bals de cet hiver. Je ne pense pas non plus que l’on puisse les accuser de trop mépriser une brillante fortune, des chevaux, de belles terres et tout ce qui assure une position agréable dans le monde. Loin de ne voir que de l’ennui dans tous ces avantages, ils sont en général l’objet des désirs les plus constants, et, s’il y a passion dans les cours, elle est pour eux.

Plusieurs fois l’idée du suicide s’offrit à lui, cette image état pleine de charmes c’était comme un repos délicieux, c’était le verre d’eau glacée offert au misérable qui, dans le désert, meurt de soif et de chaleur. Ma mort augmentera le mépris qu’elle a pour moi! s’écria-t-il. Quel souvenir je laisserai!

Elle va se fâcher, m’accabler de mépris, qu’importe? Je lui donne un baiser, un dernier baiser, je monte chez moi et je me tue…; mes lèvres toucheront sa joue avant que de mourir!

Dans les caractères hardis et fiers, il n’y a qu’un pas de la colère contre soi-même à l’emportement contre les autres; les transports de fureur sont dans ce cas un plaisir vif. En un instant, Mlle de La Mole arriva au point d’accabler Julien des marques de mépris les plus excessives. Elle avait infiniment d’esprit, et cet esprit triomphait dans l’art de torturer les amours-propres et de leur infliger des blessures cruelles. Pour la première fois de sa vie, Julien se trouvait soumis à l’action d’un esprit supérieur animé contre lui de la haine la plus violente. Loin de songer le moins du monde à se défendre en cet instant, son imagination mobile en vint à se mépriser soi-même. En s’entendant accabler de marques de mépris si cruelles, et calculées avec tant d’esprit pour détruire toute bonne opinion qu’il pouvait avoir de soi, il lui semblait que Mathilde avait raison, et qu’elle n’en disait pas assez.

Le voyage fut rapide et fort triste. A peine Julien avait-il été hors de la vue du marquis qu’il avait oublié et la note secrète et la mission, pour ne songer qu’aux mépris de Mathilde.

Julien jeta un écu au paysan qui les écoutait bouche béante. —Bien! dit le prince, il y a de la grâce, un noble dédain! fort bien! et il mit son cheval au galop. Julien le suivit, rempli d’une admiration stupide. Ah! si j’eusse été ainsi, elle ne m’eût pas préféré Croisenois! Plus sa raison était choquée des ridicules du prince, plus il se méprisait de ne pas les admirer, et s’estimait malheureux de ne pas les avoir. Le dégoût de soi-même ne peut aller plus loin.

A minuit, lorsqu’elle prit le bougeoir de sa mère pour l’accompagner à sa chambre, Mme de La Mole s’arrêta sur l’escalier pour faire un éloge complet de Julien. Mathilde acheva de prendre de l’humeur, elle ne pouvait trouver le sommeil Une idée la calma: ce que je méprise peut encore faire un homme de grand mérite aux yeux de la maréchale.

Ce que je fais est bien hardi, pensa Julien en sortant de l’hôtel de Fervaques, mais tant pis pour Korasoff. Oser écrire à une vertu si célèbre! Je vais en être traité avec le dernier mépris, et rien ne m’amusera davantage. C’est, au fond, la seule comédie à laquelle je puisse être sensible. Oui couvrir de ridicule cet être si odieux, que j’appelle moi, m’amusera. Si je m’en croyais, je commettrais quelque crime pour me distraire.

Mme de Fervaques faisait profession, deux ou trois fois la semaine, du mépris le plus complet pour les écrivains qui, au moyen de ces plats ouvrages, cherchent à corrompre une jeunesse qui n’est, hélas! que trop disposée aux erreurs des sens.

Pendant tout le temps usurpé dans la vie de Julien par l’épisode Fervaques, Mlle de La Mole avait besoin de prendre sur elle pour ne pas songer à lui. Son âme était en proie à de violents combats: quelquefois elle se flattait de mépriser ce jeune homme si triste; mais, malgré elle, sa conversation la captivait. Ce qui l’étonnait surtout, c’était sa fausseté parfaite, il ne disait pas un mot à la maréchale qui ne fût un mensonge, ou du moins un déguisement abominable de sa façon de penser, que Mathilde connaissait si parfaitement sur presque tous les sujets.

J’ai vaincu le désespoir au séminaire, se disait-il: pourtant quelle affreuse perspective j’avais alors! Je faisais ou je manquais ma fortune, dans l’un comme dans l’autre cas, je me voyais obligé de passer toute ma vie en société intime avec ce qu’il y a sous le ciel de plus méprisable et de plus dégoûtant.

Ses bras se raidirent, tant l’effort imposé par la politique était pénible. Je ne dois pas même me permettre de presser contre mon cœur ce corps souple et charmant, ou elle me méprise et me maltraite. Quel affreux caractère! Et en maudissant le caractère de Mathilde, il l’en aimait cent fois plus; il lui semblait avoir dans ses bras une reine. L’impassible froideur de Julien redoubla le malheur d’orgueil qui déchirait l’âme de Mlle de La Mole. Elle était loin d’avoir le sang-froid nécessaire pour chercher à deviner dans ses yeux ce qu’il sentait pour elle en cet instant. Elle ne put se résoudre à le regarder; elle tremblait de rencontrer l’expression du mépris.

—Ainsi, s’écria-t-elle hors d’elle-même, non seulement vous êtes bien avec elle, mais encore vous la méprisez. Vous, un homme de rien, mépriser Mme la maréchale de Fervaques! Ah! pardon, mon ami, ajouta-t-elle en se jetant à ses genoux, méprise-moi si tu veux, mais aime-moi, je ne puis plus vivre privée de ton amour. Et elle tomba tout à fait évanouie. La voilà donc, cette orgueilleuse, à mes pieds! se dit Julien.

—A défaut de tout autre sentiment la reconnaissance suffirait pour m’attacher à la maréchale; elle m’a montré de l’indulgence, elle m’a consolé quand on me méprisait… Je puis ne pas avoir une foi illimitée en de certaines apparences extrêmement flatteuses sans doute, mais peut-être aussi bien peu durables. —Ah! grand Dieu! s’écria Mathilde.

LUI FAIRE PEUR s’écria-t-il tout à coup en jetant le livre au loin. L’ennemi ne m’obéira qu’autant que je lui ferai peur, alors il n’osera me mépriser. Il se promenait dans sa petite chambre ivre de joie. A la vérité, ce bonheur était plus d’orgueil que d’amour.

Dans le temps qu’il se croyait méprisé de Mathilde, Julien était devenu l’un des hommes les mieux mis de Paris. Mais encore avait-il un avantage sur les gens de cette espèce; une fois sa toilette arrangée, il n’y songeait plus.

Non, il n’a pas le génie adroit et cauteleux d’un procureur qui ne perd ni une minute ni une opportunité… Ce n’est point un caractère à la Louis XI. D’un autre côté, je lui vois les maximes les plus antigénéreuses… Je m’y perds… Se répéterait-il ces maximes, pour servir de digue à ses passions? Du reste, une chose surnage: il est impatient du mépris, je le tiens par là. Il n’a pas la religion de la haute naissance, il est vrai, il ne nous respecte pas d’instinct… C’est un tort, mais enfin, l’âme d’un séminariste devrait n’être impatiente que du manque de jouissance et d’argent. Lui, bien différent, ne peut supporter le mépris à aucun prix.

J’ai été offensé d’une manière atroce; j’ai tué, je mérite la mort, mais voilà tout. Je meurs après avoir soldé mon compte envers l’humanité. Je ne laisse aucune obligation non remplie, je ne dois rien à personne; ma mort n’a rien de honteux que l’instrument: cela seul, il est vrai, suffit richement pour ma honte aux yeux des bourgeois de Verrières, mais sous le rapport intellectuel, quoi de plus méprisable! Il me reste un moyen d’être considérable à leurs yeux: c’est de jeter au peuple des pièces d’or en allant au supplice. Ma mémoire, liée à l’idée de l’or, sera resplendissante pour eux.

Jusque-là il s’était senti pénétré d’un mépris sans mélange pour tous les hommes qui assistaient au jugement. L’éloquence plate de l’avocat général augmenta ce sentiment de dégoût. Mais peu à peu la sécheresse d’âme de Julien disparut devant les marques d’intérêt dont il était évidemment l’objet.

«Messieurs les jurés, L’horreur du mépris, que je croyais pouvoir braver au moment de la mort, me fait prendre la parole. Messieurs, je n’ai point l’honneur d’appartenir à votre classe, vous voyez en moi un paysan qui s’est révolté contré la bassesse de sa fortune. Je ne vous demande aucune grâce continua Julien en affermissant sa voix. Je ne me fais point illusion, la mort m’attend: elle sera juste……..

Mais j’ai le cœur facile à toucher; la parole la plus commune, si elle est dite avec un accent vrai, peut attendrir ma voix et même faire couler mes larmes. Que de fois les cœurs secs ne m’ont-ils pas méprisé pour ce défaut! Ils croyaient que je demandais grâce: voilà ce qu’il ne faut pas souffrir.

Où est la vérité? Dans la religion… Oui, ajouta-t-il avec le sourire amer du plus extrême mépris, dans la bouche des Maslon, des Frilair, des Castanède… Peut-être dans le vrai christianisme, dont les prêtres ne seraient pas plus payés que les apôtres ne l’ont été?… Mais saint Paul fut payé par le plaisir de commander, de parler, de faire parler de soi…

—Le pauvre Croisenois, disait-il à Mathilde, a été réellement bien raisonnable et bien honnête homme envers nous; il eût dû me haïr lors de vos imprudences dans le salon de madame votre mère, et me chercher querelle; car la haine qui succède au mépris est ordinairement furieuse…

—Et une veuve qui méprise les grandes passions, répliqua froidement Mathilde;

—Et que me restera-t-il, répondit froidement Julien, si je me méprise moi-même? J’ai été ambitieux, je ne veux point me blâmer; alors, j’ai agi suivant les convenances du temps. Maintenant, je vis au jour le jour.