Le pivot de la religion, selon Maïmonide

Le paradoxe de ce blog est le suivant. Il est des moments, où il vaudrait sans doute mieux se taire. Le psalmiste a dit quelque chose comme: lekha doumiâ tehilâ (Ps. 65,2). « Pour toi le silence est la louange ». Il y a des sujets sur lesquels il faut faire silence. Quoi que nous puissions en dire, nous ne pouvons que tomber dans l’approximation, ou l’erreur, ou provoquer l’offense, sans même nous en apercevoir, ou induire le sourire des sages, s’il en existe. Il vaudrait mieux se taire, sans pour cela cesser d’exercer ce qui nous est imparti d’intelligence, – par exemple le soir à la chandelle : « Pensez dans votre cœur, sur votre couche faites silence. » (Ps. 4,5)

Mais c’est plus fort que moi. Je ne peux penser « en silence », je ne peux penser sans écrire. L’écriture m’aide à penser, elle est à la fois compas, cap, mâture et voile. Le vent viendra d’où il viendra.

Par exemple de Maïmonide. Dans Le Guide des égarés, il considère quatre sortes de perfections recherchées par les hommes. La première espèce a le moins de valeur mais est particulièrement prisée par la plupart, c’est la perfection en matière de possession matérielle. Dut-on posséder des montagnes d’or et d’argent, rien de tout cela ne touche à l’essence même de l’homme. Elles n’offrent qu’une jouissance passagère, à la limite purement imaginaire. La seconde espèce de perfection, c’est la perfection du corps, de la constitution physique, de la beauté, de la santé. Là encore, peu d’impact sur l’âme. La troisième espèce de perfection consiste dans les qualités morales. C’est déjà mieux du point de vue de l’essence de l’homme. Mais les qualités morales ne sont pas une fin en soi. Elles servent seulement de préparation à quelque autre fin, bien supérieure. La quatrième espèce de perfection est la véritable perfection humaine, selon Maïmonide. Elle consiste à concevoir des choses intelligibles qui puissent nous donner des idées sur les sujets métaphysiques. C’est là la fin dernière de l’homme, par laquelle il obtient l’immortalité. C’est ainsi qu’il devient réellement homme.

Jérémie s’est aussi exprimé sur ce sujet, dans son style propre : « Ainsi a parlé l’Éternel : Que le sage ne se glorifie pas de sa sagesse, que le fort ne se glorifie pas de sa force, que le riche ne se glorifie pas de ses richesses ; mais ce dont il est permis de se glorifier, c’est de l’intelligence et de la connaissance que l’on a de moi. » (Jér. 9, 22-23)

La sagesse par excellence, la fin dernière, s’identifie à cette connaissance toute spéciale, cette connaissance de ce qu’est l’essence de l’Éternel.

Mais comment la connaître ? Selon Maïmonide, par ses actions, qu’il faut prendre pour modèle, et qui sont ‘hesed‘ (la bienveillance), ‘michpat‘ (la justice),et ‘tsedaka‘ (l’équité), et il ajoute ensuite une autre idée essentielle, en disant : ‘sur la terre’.

Et « cette idée est le pivot de la religion », conclut Maïmonide, au dernier chapitre de son Guide des égarés.

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