Où est celui que tu es en train de tuer chaque jour ?

Quelques idées empruntées en vrac à un certain François:

La société technique a pu multiplier les occasions de plaisir, mais elle a bien du mal à secréter la joie.

Nous sommes à l’ère de la connaissance et de l’information, sources de nouvelles formes d’un pouvoir très souvent anonyme.

De même que le commandement de “ne pas tuer” pose une limite claire pour assurer la valeur de la vie humaine, aujourd’hui, nous devons dire “non à une économie de l’exclusion et de la disparité sociale”.

Les exclus ne sont pas des ‘exploités’, mais des déchets, des ‘restes’.

Certains défendent encore les théories qui supposent que chaque croissance économique, favorisée par le libre marché, réussit à produire en soi une plus grande équité et inclusion sociale dans le monde. Cette opinion, qui n’a jamais été confirmée par les faits, exprime une confiance grossière et naïve dans la bonté de ceux qui détiennent le pouvoir économique et dans les mécanismes sacralisés du système économique dominant.

La crise financière que nous traversons nous fait oublier qu’elle a à son origine une crise anthropologique profonde : la négation du primat de l’être humain !

Nous avons créé de nouvelles idoles. L’adoration de l’antique veau d’or a trouvé une nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage et sans un but véritablement humain. La crise mondiale qui investit la finance et l’économie manifeste ses propres déséquilibres et, par-dessus tout, l’absence grave d’une orientation anthropologique qui réduit l’être humain à un seul de ses besoins : la consommation.

Alors que les gains d’un petit nombre s’accroissent exponentiellement, ceux de la majorité se situent d’une façon toujours plus éloignée du bien-être de cette heureuse minorité. Ce déséquilibre procède d’idéologies qui défendent l’autonomie absolue des marchés et la spéculation financière. Par conséquent, ils nient le droit de contrôle des États chargés de veiller à la préservation du bien commun. Une nouvelle tyrannie invisible s’instaure, parfois virtuelle, qui impose ses lois et ses règles, de façon unilatérale et implacable. De plus, la dette et ses intérêts éloignent les pays des possibilités praticables par leur économie et les citoyens de leur pouvoir d’achat réel. S’ajoutent à tout cela une corruption ramifiée et une évasion fiscale égoïste qui ont atteint des dimensions mondiales. L’appétit du pouvoir et de l’avoir ne connaît pas de limites. Dans ce système, qui tend à tout phagocyter dans le but d’accroître les bénéfices, tout ce qui est fragile, comme l’environnement, reste sans défense par rapport aux intérêts du marché divinisé, transformés en règle absolue.

De nos jours, de toutes parts on demande une plus grande sécurité. Mais, tant que ne s’éliminent pas l’exclusion sociale et la disparité sociale, dans la société et entre les divers peuples, il sera impossible d’éradiquer la violence. On accuse les pauvres et les populations les plus pauvres de la violence, mais, sans égalité de chances, les différentes formes d’agression et de guerre trouveront un terrain fertile qui tôt ou tard provoquera l’explosion. Quand la société – locale, nationale ou mondiale – abandonne dans la périphérie une partie d’elle-même, il n’y a ni programmes politiques, ni forces de l’ordre ou d’intelligence qui puissent assurer sans fin la tranquillité. Cela n’arrive pas seulement parce que la disparité sociale provoque la réaction violente de ceux qui sont exclus du système, mais parce que le système social et économique est injuste à sa racine.

Dans la culture dominante, la première place est occupée par ce qui est extérieur, immédiat, visible, rapide, superficiel, provisoire. Le réel laisse la place à l’apparence. En de nombreux pays, la mondialisation a provoqué une détérioration accélérée des racines culturelles, avec l’invasion de tendances appartenant à d’autres cultures, économiquement développées mais éthiquement affaiblies.

La nécessité de résoudre les causes structurelles de la pauvreté ne peut attendre, non seulement en raison d’une exigence pragmatique d’obtenir des résultats et de mettre en ordre la société, mais pour la guérir d’une maladie qui la rend fragile et indigne, et qui ne fera que la conduire à de nouvelles crises. Les plans d’assistance qui font face à certaines urgences devraient être considérés seulement comme des réponses provisoires. Tant que ne seront pas résolus radicalement les problèmes des pauvres, en renonçant à l’autonomie absolue des marchés et de la spéculation financière, et en attaquant les causes structurelles de la disparité sociale, les problèmes du monde ne seront pas résolus, ni en définitive aucun problème. La disparité sociale est la racine des maux de la société.

La dignité de chaque personne humaine et le bien commun sont des questions qui devraient structurer toute la politique économique, or parfois elles semblent être des appendices ajoutés de l’extérieur pour compléter un discours politique sans perspectives ni programmes d’un vrai développement intégral. Beaucoup de paroles dérangent dans ce système ! C’est gênant de parler d’éthique, c’est gênant de parler de solidarité mondiale, c’est gênant de parler de distribution des biens, c’est gênant de parler de défendre les emplois, c’est gênant de parler de la dignité des faibles.

Nous ne pouvons plus avoir confiance dans les forces aveugles et dans la main invisible du marché. La croissance dans l’équité exige quelque chose de plus que la croissance économique, bien qu’elle la suppose ; elle demande des décisions, des programmes, des mécanismes et des processus spécifiquement orientés vers une meilleure distribution des revenus, la création d’opportunités d’emplois, une promotion intégrale des pauvres qui dépasse le simple assistanat. Loin de moi la proposition d’un populisme irresponsable, mais l’économie ne peut plus recourir à des remèdes qui sont un nouveau venin, comme lorsqu’on prétend augmenter la rentabilité en réduisant le marché du travail, mais en créant de cette façon de nouveaux exclus.

Où est ton frère esclave ? Où est celui que tu es en train de tuer chaque jour dans la petite usine clandestine, dans le réseau de prostitution, dans les enfants que tu utilises pour la mendicité, dans celui qui doit travailler caché parce qu’il n’a pas été régularisé ? Ne faisons pas semblant de rien. Il y a de nombreuses complicités. La question est pour tout le monde ! Ce crime mafieux et aberrant est implanté dans nos villes, et beaucoup ont les mains qui ruissellent de sang à cause d’une complicité confortable et muette.

Texte intégral ici.

6 réflexions sur “Où est celui que tu es en train de tuer chaque jour ?

  1. Au delà de ces constats que tout le monde peut faire mais que personne n’a le temps d’écrire si doctement, cela serait sympa que notre cher Francis appelle par exemple à signer l’Initiative Citoyenne Européenne pour le Revenu de Base :
    https://ec.europa.eu/citizens-initiative/REQ-ECI-2012-000028/public/
    En plus, il faudrait qu’il se grouille. Il n’y a plus que 42 jours avant le gong.
    Mais bon, l’histoire humaine est ainsi faite. Les grands stratèges diront sans doute a posteriori : « trop tard ».

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    • Je suis fondamentalement pour le Revenu de Base mondial. Et aussi pour un impôt de ‘base’ mondial.
      Le financement du Revenu de Base doit être fait sur la ‘base’ d’une imposition de l’ensemble des comptes courants offshore ainsi que sur la ‘base’ d’une imposition sur toutes les transactions sur les produits dérivés.

      Quant à la proposition d’initiative citoyenne européenne, je suis pour et je l’ai signée grâce à ton aimable rappel, Olivier!

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      • « Quant à la proposition d’initiative citoyenne européenne, je suis pour et je l’ai signée grâce à ton aimable rappel, Olivier! »

        thankyouMerci à vous deux alors ø:)

        ****

        Pour le « financement » d’un revenu de base mondial, on peut NE PAS l’imaginer :

        Dès qu’un « revenu de base universellement suffisant pour bien vivre est réalisé », les notions mêmes de « transfert » et « accumulation » du $€£¥ s’en trouvent vidées de leur sens, puisque la première chose que fait un humain libre est d’abolir en lui ce qui l’a tant freiné : cette absurde possibilité imaginaire pour ‘un’ humain de prétendre être, lui et|ou ses descendants, « propriétaire(s) » de MOTs.

        C’est une perspective qu’il ne faut pas refouler, quand on s’y avance, est bien pragma!

        ~d’où l’importance, main tenante, de respecter les droits* des MOTs ø:)
        *http://www.micrab.tv/log/declaration-universelle-des-droits-des-mots-2013-12-04/

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  2. Merci Philippe !

    Il se trouve que le lancement de l’ « appel pour le revenu de vie » en 2009, puis ma participation à la conception et à la promotion de l’Initiative Citoyenne Européenne pour le Revenu de Base en 2012/13 m’ont fait côtoyer de près ou de loin de très nombreux penseurs de cette idée dans leur grande variété. Il me semble qu’il manque encore beaucoup de dimensions à la réflexion collective pour le revenu de base puisse enfin entrer dans les faits à une large échelle et d’une manière éthiquement acceptable. Ces dimensions manquantes selon moi sont celles relevant de la « société de l’information ». Il faudrait sortir des domaines du social, de la finance, de l’économie, de la fiscalité et de la politique où le débat est trop souvent cantonné (et souvent rendu confus par des combats idéologiques) pour explorer d’autres points de vue. Par exemple, la privacy, la transparence, l’identité numérique, le rôle probable des monnaies cryptées, des téléphones mobiles et autres prothèses, la topologie du réseau, la gouvernance du dispositif, et bien sûr l’éthique.
    N’y aurait pas moyen d’organiser une conférence internationale sur ces sujets sous l’égide de l’UNESCO ?

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  3. @iomicrab : « laisser faire les MOTS » c’est ce que l’on a toujours fait. D’ailleurs en ce moment, ils prennent la forme d’une trainée de poudre.
    Pour finir, si l’UNESCO veut être l’un des théâtres du feu d’artifice, pourquoi pas 😉

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