De la réalité virtuelle en fumée

Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, veut tripler le nombre des membres de son réseau social, passant de 1,6 milliards à environ 5 milliards d’utilisateurs. Pour y arriver il compte réduire d’un facteur 10 ou même 100 les coûts des matériels et des réseaux de télécommunications, car beaucoup des nouveaux utilisateurs potentiels vivent dans des pays en développement. C’est une mauvaise nouvelle pour les géants de la Silicon Valley. Il va falloir serrer les rangs, réduire drastiquement le coûts des personnels et des matériels, – et passer massivement aux logiciels non-propriétaires, « open source ».

Que les dirigeants de Facebook soient fervents des logiciels ouverts est une avancée significative. Ils y voient un intérêt stratégique et financier. Dommage que cette philosophie ne pénètre pas les codes propriétaires de leur propre plate-forme, dont les modes d’accès sont sévèrement contrôlés et formatés.

Les logiciels ouverts sont évidemment l’avenir, pour des raisons de coût, de sécurité, d’innovation partagée. Pour avoir méconnu cette réalité fondamentale, des géants de l’informatique se sont effondrés. En 2000, Sun Microsystems était valorisé 110 milliards de dollars, et était un des champions incontestés des serveurs et des stations de travail. Dix ans plus tard, cette firme a été vendue pour 7,4 milliards de dollars, ayant perdu tout attrait face à la compétition de serveurs basés sur le logiciel ouvert Linux, équipant notamment Facebook.

Jay Parikh, vice-président de l’ingénierie de Facebook déclare : « Notre règle c’est 10 fois plus vite ou dix fois moins cher, ou les deux à la fois. Nous voulons que les utilisateurs de Facebook ait une expérience totale, avec la vidéo, et bientôt avec la réalité virtuelle. »

Je me suis intéressé à la réalité virtuelle il y a un peu plus d’un quart de siècle alors que je m’occupais de la programmation d’Imagina. On y a alors beaucoup cru, mais les développements grand-public ont été plus longs qu’anticipés. Apparemment, maintenant ça va vraiment démarrer. Zuckerberg veut relever le flambeau. Mike Schroepfer, le principal responsable des technologies de Facebook, veut abaisser de 600 $ à 5 $ le coût de l’Oculus VR Rift, la dernière génération du casque de réalité virtuelle de Facebook.

La prochaine révolution est annoncée, en principe. La réalité virtuelle en réseau supplantera la vague actuelle des smartphones, et deviendra le principal mode d’accès aux réseaux mondiaux. Les smartphones ont intégré et fusionné la téléphonie mobile, la puissance de calcul et le multimédia. La prochaine étape consistera à créer un environnement de réalité virtuelle, qui intégrera l’ensemble des applications existant sur des plate-formes actuellement séparées. Samsung s’est mis de la partie et a commencé un partenariat avec Oculus.

Pour ma part, je suis sceptique sur les résultats à court ou moyen terme. La réalité virtuelle est basée sur une assomption physiologique erronée. Elle consiste à prétendre qu’envoyer deux images différentes aux deux yeux de l’utilisateur suffit à reconstituer une impression de relief, de profondeur et d’espace. Cela peut en effet fonctionner pendant une courte période, et si on n’y regarde pas de trop près. Mais la « réalité virtuelle » proposée par les deux écrans du casque de RV que l’on pose sur le nez ne sont pas équivalents à la manière dont nos deux yeux perçoivent le monde en mode naturel. Il y a des problèmes de temps de latence, des distorsions d’espace, et surtout une fatigue oculaire due à l’effort constant d’adaptation physiologique aux conditions imposées par la technique.

Dans cinquante peut-être on aura trouvé une autre voie technique, en inscrivant directement les images au fond de la rétine, sans passer par des écrans foncièrement imparfaits, dès lors qu’ils sont situés au dehors du globe oculaire.

Ceci étant dit, il y a une autre remarque à faire sur Facebook. Dans quelques années, Facebook sera aussi démodée que l’Apple II ou que le téléphone à bakélite. Facebook actuellement propose une interface qui suffit à la plupart de ses utilisateurs. Zuckerberg sent bien la faiblesse structurelle de dispositif, à la merci du moindre signe de lassitude des usagers. C’est la raison pourlaquelle il tente de relancer le « hype » avec une technologie qui n’a pas fondamentalement évolué depuis un quart de siècle, et qui a encore beaucoup de progrès fondamentaux à faire. Zuckerberg a dépensée deux milliards de dollars pour racheter Oculus. C’est de l’argent qui va partir en fumée en quelques années. Si vous avez des actions de Facebook c’est le moment de vendre, et vite !

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