Knowing Women


Adam « knew » Eve, and she conceived Cain, then Abel and Seth. But the Bible never says that Abraham, Isaac, Jacob or Moses « knew » their wives, notes Philo of Alexandria. Why not? Was it out of prudishness?

Abraham, Isaac, Jacob and Moses were wise men. But, according to Philo, the « woman » can be understood as an image that represents the senses, the sensations. For a wise man, « knowing the woman » may be interpreted, counter-intuitively, as the capacity to put sensations at a distance. Lovers of wisdom and those who seek true knowledge must “repudiate” their senses, not to succumb to their seductions. To truly « know », one must « know » the senses, not to be satisfied with them, but to question them, to put them at a distance.

Abraham, Isaac, Jacob and Moses have their « virtues » for « wife ». Sarah, Abraham’s wife, is « princess and guide », Rebekah, Isaac’s wife, embodies « perseverance », according to Philo. Jacob’s wife, Leah, represents « the virtue of endurance » and Sipporah, Moses’ wife, is the image of « the virtue that ascends from earth to heaven ».

Let’s take the reasoning a little further. Can we then say that these wise men « knew » their « virtue »?

Can the metaphor of intimate, conjugal union be spun in this context? Philo considers this point and warns that he can only address himself to true initiates on this subject, because the mysteries in question are the « most sacred ».i

The union of a man and a woman obeys the laws of nature, and tends to the generation of children. But it is not in accordance with the order of things that the “virtue”, which can give rise to so many perfections, can be united to a human husband, a mere mortal. Then who can unite with Virtue, in order to impregnate her? – Only the Father of the universe, the uncreated God, says Philo, can give her His seed. Only God conceives and begets with Virtue. Virtue receives the divine seed of the Cause of all things, and begets a child that she presents to the one of her lovers who deserves it most.

Another analogy can be used, says Philo. Thus the most wise Isaac addressed his prayers to God, and Rebekah, who is « perseverance », was made pregnant by the one who received this prayer. On the other hand, Moses who had received Sipporah, « winged and sublime virtue », found that she had conceived from no mortal, without the need of any prior prayer.

Here we reach difficult terrain. These « mysteries », Philo insists again, can only be received by purified, initiated souls. They cannot be shared with the uninitiated. Philo himself was initiated into these higher mysteries by the teachings of Moses and Jeremiah, he reveals.

Philo quotes a verse from Jeremiah, to whom God spoke in these terms: « Did you not call me ‘father’ and ‘husband of your virginity’? ». In fact, nowhere in Jeremiah is this expression found literally. But in Jeremiah 3:4 there is something similar, though much less direct and much less metaphorical: « You cry out to me, ‘O my father, you are the guide of my youth’. « 

Philo seems to have transformed the original expression of Jeremiah (« the guide of my youth ») into a more elevated formula (« the husband of my virginity »). For Philo, Jeremiah thus shows that « God is the incorporeal abode of Ideas, the Father of all things, inasmuch as He created them, and the Bridegroom of Wisdom, inseminating the seed of happiness in good and virgin land for the benefit of the human race ».ii

God can converse only with a good and virgin nature. Hence this reversal: « Men, with the intention of procreating, make a virgin a woman. But God, when He associates with a soul, because she was a woman, He makes her a virgin again. »iii

iCherubim, 42

iiIbid.

iiiIbid.

Un mystère fécond


Philon évoque deux catégories de mystères divins, ceux qui relèvent de la nature de Dieu et des puissances divines, et ceux qui ont trait à la fécondation.

Dans les deux cas, Philon s’éloigne nettement de la théologie juive, telle qu’elle s’est constituée par la suite, dans la diaspora des synagogues. En cela, certes Philon n’est pas cacher.

La doctrine philonienne des puissances divines fait penser à un polythéisme des noms divins, des idées et des abstractions, qui n’est pas sans équivalent dans le zoroastrisme par exemple, ou dans l’orphisme. Les Hymnes orphiques en effet chantent l’unité divine conçue sous la pluralité des formes apparentes, que les mystères d’Isis énumèrent.

Quant à la fécondation, on peut comprendre à quel point c’est un véritable mystère, et non un simple phénomène ‘naturel’, en s’appuyant, là encore, sur les textes.

Quand, contre toute attente, logique et biologique, Isaac est né des entrailles d’une très vieille femme, Sarah s’est laissée emportée par l’exaltation : « Le Seigneur a produit ma joie et quiconque entendra cela se réjouira avec moi (Gen. 21,7) ».

Le Seigneur a produit ma joie’. C’est donc que le Seigneur a pris sa part dans la fécondation de la ‘joie’ dans le sein de Sarah. Et le nom Isaac signifie ‘Il rit’.

Tout ceci, là encore, totalement invisible, absolument incompréhensible, et complètement en dehors de l’entendement des ‘modernes’.

La connaissance de la femme


Adam a « connu » Eve, et elle a conçu Caïn, puis Abel et Seth. Mais la Bible ne dit jamais qu’Abraham, Isaac, Jacob ou Moïse ont « connu » leurs femmes, remarque Philon d’Alexandriei. Pourquoi ? Est-ce par pudibonderie ?

Abraham, Isaac, Jacob, Moïse sont des hommes sages. Or il faut entendre que la « femme » peut s’entendre comme une image qui représente les sens, les sensations. Pour un sage, « connaître la femme» s’interprète, contre-intuitivement, comme la capacité de mettre à distance les sensations. Les amoureux de la sagesse et ceux qui cherchent la véritable connaissance, doivent répudier leurs sens, ne pas succomber à leurs séductions. Pour « connaître » vraiment, il faut « connaître » les sens, non pour s’en satisfaire, mais pour les mettre en question, les mettre à distance.

Abraham, Isaac, Jacob, Moïse ont pour « femme » leurs « vertus ». Sarah, femme d’Abraham, est « princesse et guide », Rebecca, femme d’Isaac, incarne « la persévérance », selon Philon. La femme de Jacob, Léa, représente « la vertu d’endurance » et Sipporah, femme de Moïse, est l’image de « la vertu qui monte de la terre vers le ciel ».

Poussons le raisonnement un peu plus loin. Peut-on dire que ces sages ont « connu » la « vertu » ?

Peut-on filer la métaphore de l’union intime, conjugale, dans ce contexte? Philon considère ce point et prévient qu’il ne peut s’adresser qu’aux véritables initiés à ce sujet, parce que les mystères dont il s’agit sont les « plus sacrés »ii.

L’union d’un homme et d’une femme obéit aux lois de la nature, et tend à la génération des enfants. Mais il n’est pas conforme à l’ordre des choses que les vertus, qui peuvent engendrer tant de perfections, puissent s’unir à un mari humain, un simple mortel. Alors qui peut s’unir à la Vertu, afin de la féconder ? Il n’y a que le Père de l’univers, le Dieu incréé, dit Philon, qui puisse lui donner sa semence. Seul Dieu conçoit et engendre avec la Vertu, sa divine engeance. La Vertu reçoit la semence divine de la Cause de toutes choses, et engendre un enfant qu’elle présente à celui de ses amants qui le mérite le plus.

On peut se servir d’une autre analogie dit Philon. Ainsi le très sage Isaac a adressé ses prières à Dieu, et Rebecca, qui est la « persévérance », a été mise enceinte de par celui qui a reçu cette prière. En revanche, Moïse qui avait reçu Sipporah, « la vertu ailée et sublime », trouva qu’elle avait conçu de nul mortel, sans besoin d’aucune prière préalable.

Nous atteignons là des terrains difficiles. Ces « mystères », insiste à nouveau Philon, ne peuvent être reçus que par des âmes purifiées, initiées. On ne peut les partager avec des non-initiés. Philon lui-même a été initié à ces mystères supérieurs par les enseignements de Moïse et de Jérémie, révèle-t-il.

Il cite un verset de Jérémie, à qui Dieu s’est adressé en ces termes: « Ne m’as-tu pas appelé « père » et « mari de ta Virginité » ? ». Nulle part dans Jérémie trouve-t-on cette expression littérale. Mais en Jérémie 3,4 il y a quelque chose d’approchant, quoique beaucoup moins direct, et nettement moins métaphorique : « Tu t’écries en t’adressant à moi: « O mon père, tu es le guide de ma jeunesse ». » (Trad. Méchon-Mamré)

Philon semble avoir transformé l’expression originelle de Jérémie (« le guide de ma jeunesse ») en une formule plus relevée (« le mari de ma Virginité »). Pour Philon, Jérémie montre ainsi que « Dieu est la demeure incorporelle des Idées, le Père de toutes choses, pour autant qu’Il les a créées, et l’Époux de la Sagesse, inséminant la semence du bonheur dans une terre bonne et vierge, pour le bénéfice de la race humaine ».

Dieu ne peut converser qu’avec une nature bonne et vierge. D’où ce renversement : « Les hommes, dans l’intention de procréer, font d’une vierge une femme. Mais Dieu, lorsqu’il s’associe avec une âme, de ce qu’elle était femme il fait à nouveau une vierge. »iii

 

 

i Cherubim, 43-54

iiCherubim, 42

iiiIbid.