Symbioses


‘Symbiose lichénique’

Presque tous les animaux ainsi que les plantes utilisent des bactéries symbiotiques, qui leur permettent de réaliser des fonctions métaboliques par procuration. Certaines plantes ont des bactéries qui fixent l’azote. Dans l’estomac des vaches, on trouve des bactéries qui digèrent la cellulose.

Les mitochondries et les chloroplastes, composants essentiels des cellules, étaient autrefois des créatures indépendantes, qui vivaient indépendamment de leurs hôtes actuels. C’est leur ADN génomique, très différent de celui de leurs actuelles cellules hôtes, qui témoigne de ce lointain passé.

On en infère que les mitochondries et les chloroplastes ont pénétré des cellules primitives à une période reculée, puis se sont adaptés à la vie à l’intérieur de ces cellules. La symbiose entre les mitochondries, les chloroplastes et les cellules primitives est à l’origine de bonds géants dans l’évolution de la vie. L’assemblage de structures simples, possédant des propriétés biologiques spécifiques, a permis d’édifier de plus en plus rapidement des structures cellulaires de plus en plus complexes. Le mécanisme de la symbiose a ainsi évité aux cellules déjà avancées d’avoir à réinventer par le hasard de mutations génétiques ce que les créatures symbiotiques leur apportaient directement, sur un plateau en quelque sorte.

Le physicien Freeman Dyson observe que dans l’univers, de très nombreux cas de symbiose s’observent aussi. On parle d’étoiles « symbiotiques ». Une grande partie des objets observés dans l’univers se trouvent associés dans des systèmes symbiotiques, soit en paires soit au sein de systèmes plus complexes. Les paires de galaxies symbiotiques sont fort répandues. Il arrive fréquemment que ces symbioses préparent des fusions, exactement comme les cellules ancestrales ont ingéré les mitochondries et les chloroplastes. Ainsi les grosses galaxies « avalent » les petites après leur avoir été associées un certain temps de façon symbiotique. Les noyaux des galaxies avalées s’observent à l’intérieur de celles qui les ont avalées. On nomme cela le « cannibalisme galactique ».

A l’échelle des étoiles on observe également de nombreux cas de symbiose. Des paires d’étoiles symbiotiques sont composées d’un élément hautement condensé comme une naine blanche, une étoile à neutrons ou même un trou noir, et d’une autre étoile normale, qui finira elle aussi par être avalée.

On a découvert des phénomènes de symbiose entre deux étoiles à neutrons, qui se freinent l’une l’autre du fait de l’interaction de leurs ondes gravitationnelles. A la fin elles fusionnent et créent une étoile unique dans un gigantesque éclaboussement de lumière et de matière stellaire, en l’espace de quelques millièmes de seconde. On observe ce type de phénomènes plusieurs fois par jour, par le truchement de décharges de rayons gamma, qui sont considérés comme les événements les plus violents de l’univers, plus encore que les explosions de supernovae.

Le Soleil et la Terre forment aussi un couple symbiotique. La Terre apporte diversité chimique et environnementale. Le Soleil garantit un apport stable d’énergie. La vie a pu naître grâce à la combinaison des potentialités de la Terre, de sa variabilité, avec la constance et la stabilité du Soleil.

Le paradigme de la symbiose s’applique aux cellules et aux galaxies, et aussi à l’homme, par exemple dans le couple humain, ou, à une échelle différente, dans les cultures et les civilisations qui sont capables d’union symbiotique.

On peut faire l’hypothèse de l’existence d’autres formes encore de symbiose, plus abstraites ou plus philosophiques. Ainsi peuvent être qualifiés de symbiotiques le rapport de tension entre le manifeste et le latent, ou le lien entre l’évidence du monde phénoménal et le mystère du monde nouménal, ou encore entre la relation entre l’humain et le divin.

Il est possible, pour continuer de filer la métaphore de la symbiose, que l’humanité ne soit pas seule, isolée, solitaire, dans l’océan de l’univers. Il est possible que nous soyons, à notre propre insu, associés par plusieurs sortes de symbioses à des formes de vie supérieures dont nous ne pouvons concevoir ni la forme ni la puissance, mais qui nous accompagnent de loin, au long des pérégrinations humaines, dans différents plans de réalités.

Si tout fait système, comme se plaît à le souligner l’antique civilisation chinoise, alors il est possible que notre être même soit partie intégrante, systémique, d’une multiplicité de symbioses, d’importance variable.

De même que les mitochondries jouent un rôle particulier dans le métabolisme de chaque cellule, de même que l’univers entier produit sans cesse d’innombrables formes de symbiose sous l’effet des forces gravitationnelles, de même les hommes, individuellement et collectivement, jouent sans doute un rôle symbiotique, insu, indicible, à la fois réel et imaginaire, mais non mythique, à des échelles de temps et de réalités, que nous sommes bien incapables de seulement soupçonner.

Symbiosis : an Universal Paradigm


Symbiosis is a fascinating subject, with indescribable extensions, not devoid of universal implications, and metaphysical considerations.

Almost all animals and plants use symbiotic bacteria, which allow them to perform certain metabolic functions by proxy. Some plants have bacteria that fix nitrogen. In the stomachs of cows, there are bacteria that digest cellulose.

Mitochondria and chloroplasts, essential components of cells, were once independent creatures, living independently of their current hosts. It is their genomic DNA, very different from that of their current host cells, that bears witness to this distant past.

It is inferred that mitochondria and chloroplasts penetrated primitive cells at a remote time and then adapted to life inside these cells. The symbiosis between mitochondria, chloroplasts and primitive cells is at the origin of giant leaps in the evolution of life. The assembly of simple structures with specific biological properties has made it possible to build increasingly complex cellular structures faster and faster. The mechanism of symbiosis thus avoided the already advanced cells having to reinvent by chance of genetic mutations what the symbiotic creatures brought them directly, on a plateau of sorts.

Physicist Freeman Dyson observes that in the universe, very many cases of symbiosis are also observed. We’re talking about symbiotic stars. Many of the objects observed in the universe are associated in symbiotic systems, either in pairs or within more complex systems. Symbiotic galaxy pairs are widespread. These symbioses frequently prepare fusions, just as ancestral cells ingested mitochondria and chloroplasts. Thus large galaxies « swallow » small galaxies after having been symbiotically associated with them for some time. The nuclei of swallowed galaxies are observed inside those that have swallowed them. This is called « galactic cannibalism ».

At the star scale, there are also many cases of symbiosis. Symbiotic star pairs are composed of a highly condensed element such as a white dwarf, a neutron star or even a black hole, and another normal star, which will also eventually be swallowed.

Symbiosis phenomena have been discovered between two neutron stars, which slow each other down due to the interaction of their gravitational waves. In the end they merge together and create a unique star in a gigantic splash of light and stellar matter, within a few thousandths of a second. This type of phenomenon is observed several times a day, through gamma-ray discharges, which are considered to be the most violent events in the universe, even more so than supernova explosions.

The Sun and Earth also form a symbiotic couple. The Earth brings chemical and environmental diversity. The Sun guarantees a stable supply of energy. Life was born thanks to the combination of the Earth’s potentialities, its variability, with the constancy and stability of the Sun.

The symbiosis paradigm applies to cells and galaxies, and also to man. For example, in the human couple. Or, on a different scale, in cultures and civilizations that are capable of symbiotic union.

We can hypothesize the existence of other forms of symbiosis, more abstract or more philosophical. Thus, the relationship of tension between the manifest and the latent can be described as symbiotic, or the link between the evidence of the phenomenal world and the mystery of the noumenal world, or between the relationship between the human and the divine.

It is possible, in order to continue to spin the metaphor of symbiosis, that we are not alone, isolated in our minds and souls, solitary like navigators lost in the ocean. We may well be, without our own knowledge, associated by several kinds of symbioses with higher forms of life whose form and power we cannot conceive, but which accompany us, throughout our peregrinations, in different planes of reality.

If everything is a system, as the ancient Chinese civilization likes to emphasize, then it is possible that our very being is an integral, systemic part of a multiplicity of symbioses, of varying importance.

Just as mitochondria play a particular role in the metabolism of each cell, just as the entire universe constantly produces countless forms of symbiosis under the influence of gravitational forces, so men, individually and collectively, may play their symbiotic role, blind, unravelable, but not mythical, on scales of time and reality, which we are unable to suspect.