En buvant du vin

 

il y a deux hôtes qui sont souvent ensemble

ce que l’un aime l’autre le rejette, deux mondes différents

l’un, le seul des deux, est tout le temps ivre

l’autre toute l’année sobre

celui qui est sobre et celui qui est ivre, les deux se raillent

chacun ne comprend rien aux paroles de l’autre

être pointilleux, n’est-ce pas stupide ?

être exalté, n’est-ce pas plus intelligent ?

Un conseil pour l’hôte dans l’ivresse,

quand le soleil se couche qu’il allume la bougie

 

 

Tao Yuan Ming (365-427)

 

Souvent le vin revient sous la plume de Rûmî, poète quelque part plus à l’ouest, à l’ouest de Damas même. La coïncidence m’a frappé. Par-delà les monts les mers les plaines les sables, par delà les âges et les terres qui les séparent, Rûmî et Tao Yuan Ming, mélangent le vin et l’encre, partagent le goût de la calame et de la coupe. Ce n’est qu’une métaphore, à qui veut l’entendre. Le railleur raille pourtant. Ces humbles mots courts traversent les vents, mieux que les harangues, les homélies, les sourates coupantes, les talmuds retors, les évangiles apocryphes. Le mistral des mots, le magistral maestro de l’histoire des mondes, assèche les encres fanées.

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.