Le pape est une femme chinoise, et l’Europe une mégère raciste

Dans son dernier livre, L’Avenir de Dieu, l’historien Jean Delumeau écrit que l’aggiornamento de l’Église ne sera vraiment réalisé que le jour où le pape sera une femme chinoise mariée à un Noir.

L’idée peut paraître piquante. Pourquoi pas en effet ? Mais comme pour Windows les mises à jour, les aggiornamentos (ti?), sont perpétuels, et ne peuvent pas cesser comme ça. Un jour sans doute la prophétie de Delumeau sera réalisée. L’Église en sera alors visiblement plus universelle, plus « catholique » donc. Mais il y aura encore du chemin à faire. Voilà le programme : la mise en union de toutes les fois mondiales, la synthèse de leurs dogmes divers, y compris incompatibles, le rapiéçage des schismes, le raccommodement des exclusions, la reconnaissance des errements. Plus que tout, la paix effective dans le monde, et la justice. Sans quoi tout n’est que farce, hypocrisie, bla-bla technique à l’usage des pédants et des bigots de toutes obédiences.

Le pape « femme chinoise » sera un grand bond en avant, n’en doutons pas, mais la route est bien plus longue encore que la distance d’un bondissement.

Prenons un sujet qui touche de près les Européens. Aujourd’hui, Rome est toujours en Europe, pas très loin d’Athènes, ni d’ailleurs de Jérusalem, pour qui sait lire les cartes.

Et l’Europe, qui est paraît-il en « voie de déchristianisation rapide », confirme en effet l’effondrement de ses valeurs. Jour après jour, des femmes, des enfants, des vieillards et des jeunes gens meurent noyés en mer Égée, et ceux qui survivent s’entassent dans des camps dans l’indifférence des bonnes gens, et suscitant aussi la haine par anticipation, et par action, des groupes extrémistes. Des portions entières, massives, au Nord, à l’Est, au Sud de l’Europe « déchristianisée » se convertissent aux mots d’ordre de l’extrémisme raciste, rapace, ranci, rabide.

Angela Merkel joue, c’est la seule, la carte de l’ouverture franche et massive. Choix risqué, mais absolument visionnaire. J’avoue que j’ai de l’admiration pour cette femme. Comparez avec Hollande ou Cameron, ces petits marquis confits de suffisance, tout pleins de petits calculs minables, experts en ré-élections, mais absolument incapables de soulever l’Europe des peuples à la hauteur des ambitions séculaires, millénaires même, qui furent un jour les siennes. Toute cette passivité sans vision, sans sens, toute cette misérable hypocrisie, toute cette puanteur petite me soulèvent le cœur.

Au départ il y a la Syrie dit-on. Mais avant la Syrie il y eut l’Égypte, la Libye, la Tunisie. Et l’Irak ! Et l’Afghanistan !… Que faisaient les grands chefs alors ? Sarkozy a fait bombarder Khadafi pour éliminer les preuves de l’argent que celui-ci lui avait versé (50 millions de dollars?) pour ses misérables petites campagnes « républicaines ». Obama, prix Nobel de la Paix, n’a pas su vraiment mener la guerre, ni gagner la paix.

Où était l’Europe quand le feu gagnait de nouveaux foyers, l’un après l’autre, sur la rive sud de la Mare Nostrum, ou à l’Est de ses rives orientales?

L’irresponsabilité du politique est flagrante, totale, ahurissante. Ah, pour sauver les banques, défendre les taxis, composer avec les intérêts, oui, il y a de la ressource. Pour sauver le monde, il faudra attendre les élections.

L’Europe n’est pas une terre, ce n’est pas un petit cap asiatique, malgré la formule de Valéry. L’Europe est un concept, une idée. Quoique pas encore tout à fait morte, cette idée est à l’agonie. Que veut-on ? Une Europe barbelée ? Des murs partout ? Une police des frontières tirant à vue sur les hordes de pauvres gens, comme le promettent déjà certains partis, qui ont le don d’attirer les votes ?

Que veut-on ? Le fascisme mondial enfin vainqueur, dans l’agonie vichyssoise des consciences ? Que veut-on ? La mort de l’âme et du cœur ? Que veut-on ? Attirer sur nous, comme la merde les mouches, la souffrance des réfugiés, le mépris des humiliés, la rage des terroristes ?

Nous avons besoin d’une grande vision, d’un grand projet. L’Europe étrécie, comme le ver fouaillé par l’épingle, sera rayée de la carte géographique, conceptuelle et morale du monde si nous laissons les petits marquis continuer de gérer les affaires, soi-disant pour nous protéger du danger de la « terreur », ou de son corrélat, « l’extrémisme ».

Une autre politique est possible. Celle du courage et de l’ambition mondiale.

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