The Black God


Alphonse Constant, aka Eliphas Levi, gave a precise description of the « mysteries of Eleusis », of which this is the final scene:

« When the initiate had triumphed through all the trials, when he had seen and touched the holy things, if he was judged strong enough to bear the last and most terrible of all the secrets, a veiled priest came running towards him, and threw this enigmatic word into his ear: ‘Osiris is a black God’. Words darker and brighter than jet! »

André Breton, in his book Arcane 17, quotes these same words, ‘Osiris is a black God’, which he describes as a « magic formula » that « works ».

« So, every time an association of ideas treacherously brings you back to that point where, for you, all hope one day has been denied and, from the highest point you then hold, threatens, soaring in search of the wing, to rush you back into the abyss, testing myself the vanity of every word of consolation and holding any attempt at diversion as unworthy, have I convinced myself that only a magic formula here could work, but what formula could condense in it and instantly restore to you all the strength to live, to live with all the intensity possible, when I know that it had returned to you so slowly? The one I decide to stick to, the only one by which I find it acceptable to remind you to me when you suddenly lean towards the other side, is in those words of which, when you start turning your head away, I just want to touch your ear: « Osiris is a black God ». »

What is actually behind the name of this « magic », and whose help Breton invokes?

What do these words really mean: « Osiris is a black God »?

Anubis, funerary god, reigning over the necropolises, one of Egypt’s oldest deities, dates back to the pre-dynastic period, more than 5500 years ago. Anubis is usually represented as a large black canid. Is it a wolf? A jackal? A wild dog?

Being a hybrid, it has the ears of a fox, the tail and head of a jackal, and the silhouette of a greyhound.

Anubis is the adulterous son of Osiris, according to the version of the myth transmitted by Plutarch in his Isis and Osiris.

« Osiris rose again as king and judge of the dead. He bears the title of Lord of the Underworld, Lord of Eternity, Sovereign of the Dead. »

In some manuscripts Osiris is also represented with a black face.

It can be noted that the cruel death of Osiris murdered by his brother Seth, the dismemberment of his body and his resurrection are irresistibly reminiscent of an analogy, at least in form, between the faith of the ancient Egyptians and the mystery of Christ’s death and resurrection in Christianity.

But why a « Black God »?

I propose the following down-to-earth explanation.

The flooding of the Nile (in its part called the « white » Nile) brought a black silt each year, allowing to cultivate its banks.

In those days, this phenomenon remained mysterious and unexplained for a long time.

It is from this black silt that Egypt’s ancient name, Kemet, comes from, which means « the black land », that is, the « arable land ».

Osiris is a « Black God » because he brings life, every year, covering land with black silt.

The three colours of the Egyptian flag, black, white and red, still bear witness to this mythical belief long after. These three colours are a reference, respectively, to Osiris, Isis and Set, Osiris being the black God, Isis the white goddess, and Set, bound to the desert, being symbolized by red.

Black is the colour of life, of eternal life.

Un Osiris juif


 

Le Dieu Osiris est mort assassiné par son frère Seth, lequel le découpe ensuite en morceaux, qu’il répartit dans toute l’Égypte. Le papyrus Jumilhac dit que la tête était à Abydos, les mâchoires en Haute Égypte, les intestins à Pithom, les poumons à Béhemet du Delta, le phallus à Mendès, les deux jambes à Iakémet, les doigts dans les 13ème et 14ème nomes, un bras dans le 20ème nome et le cœur à Athribis du Delta.

Plutarque, qui raconte plus tardivement l’histoire d’Osiris, donne une répartition différente. L’important c’est qu’Osiris, Dieu mort et ressuscité, incarne le cœur de la croyance des Égyptiens anciens en la résurrection des morts et en la vie éternelle.

L’idée d’un Dieu mort et ressuscité est un paradigme, dont on ne peut s’empêcher d’apprécier l’analogie avec la figure de Jésus Christ, Dieu crucifié et ressuscité.

Plusieurs papyrus précieux racontent la saga du Dieu Osiris, ses nombreuses péripéties. Meurtres, ruses, trahisons, transformations magiques abondent. Les lire aujourd’hui, dans une époque à la fois désenchantée et avide de passions religieuses dévoyées, peut se concevoir comme une plongée plusieurs millénaires en arrière, une plongée dans l’aube d’un sentiment naissant, profondément religieux, dans toutes les acceptions de ce terme ambigu.

Le papyrus Jumilhac, conservé à Paris, raconte la vengeance du fils d’Osiris, Anubis, qui s’est lancé à la poursuite de Seth, l’assassin de son père. Seth, se sachant menacé, prend la forme d’Anubis lui-même, pour tenter de brouiller les pistes, avant de prendre bien d’autres formes encore.

« Alors Imakhouemânkh marcha à la tête des dieux qui veillent sur Osiris ; il trouva Demib et lui coupa la tête, si bien qu’il fut oint de son [sang]. [Seth] vint à sa recherche, après s’être transformé en Anubis (…) Puis Isis dépeça Seth enfonçant ses dents dans son dos, et Thot prononça ses charmes contre lui. Rê dit alors : « Qu’on attribue ce siège au « Fatigué » ; comme il s’est régénéré ! Comme il est beau ! Et que Seth soit placé sous lui en qualité de siège. C’est juste, à cause du mal qu’il a fait à tous les membres d’Osiris. » (…) Mais Seth s’enfuit dans le désert et fit sa transformation en panthère de ce nome. Anubis, cependant, s’empara de lui, et Thot lut ses formules magiques contre lui, de nouveau. Aussi tomba-t-il à terre devant eux. Anubis le lia par les bras et les jambes et Seth fut consumé dans la flamme, de la tête aux pieds, dans tout son corps, à l’Est de la salle auguste. L’odeur de sa graisse ayant atteint le ciel, elle se répandit dans ce lieu magnifique, et Rê et les dieux la tinrent pour agréable. Puis Anubis fendit la peau de Seth, l’arracha et mit sa fourrure sur lui (…)

Seth fit sa transformation en Anubis afin que les portiers ne pussent pas le reconnaître (…) Anubis le poursuivit avec les dieux de sa suite, et le rejoignit. Mais Seth prenant l’aspect d’un taureau rendit sa forme méconnaissable. Anubis cependant le lia par les bras et les jambes, et lui coupa le phallus et les testicules (…)

Après quoi Anubis entra dans la Ouâbet pour vérifier l’état de son père, Osiris, et il le trouva sain et sauf, les chairs fermes et fraîches. Il se transforma en faucon, ouvrit ses ailes derrière son père Osiris, et derrière le vase qui contenait les humeurs de ce Dieu (…) il étendit les ailes en qualité de faucon pour voler grâce à elles, à la recherche de son propre œil, et il le rapporta intact à son maître. »

Seth se transforme sans cesse, en Anubis, puis en panthère, enfin en taureau. Mais Anubis l’emporte toujours, avec l’aide de Thot. Puis Seth est transformé en « siège » d’Osiris ou en « fourrure » d’Anubis. Mais c’est la transformation finale qui est la plus agréable au Dieu suprême, Rê : lorsque Seth est consumé en flammes, et en odeur de graisse, alors il se répand dans le Ciel magnifique.

Il est intéressant de comparer la transformation finale de Seth en flammes et en odeur à celle d’Anubis qui prend la forme du faucon. Ce faucon, Horus, est l’une des divinités les plus anciennes, les plus archaïques du panthéon égyptien. Il représente, dans le cadre osirien, le fils posthume d’Osiris et d’Isis, qui vole au-dessus de son père mort, à la recherche de son œil, et contribue à lui rendre la vie.

Le papyrus Jumilhac évoque la légende d’Horus en son chapitre XXI, et le compare à une vigne. « Quant au vignoble, c’est le cadre qui entoure les deux yeux pour les protéger ; quant au raisin, c’est la pupille de l’œil d’Horus ; quant au vin qu’on en fait, ce sont les larmes d’Horus. » i

Pas de comparaison sans raison ! La métaphore du vin représente les larmes du fils du Dieu Osiris, assimilé à une « vigne ». Comment ne pas penser au vin, symbolisant le sang du Christ, fils sacrifié du Dieu vivant ?

iXIV,14,15, Trad. Jacques Vandier.