Religion, blasphème et musique

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La musique joue un rôle spécial dans toutes les religions. De façon marquante, la musique volontairement dissonante de flûtes et de tambourins accompagnait les thiases dionysiaques. Platon a présenté une théorie de la musique dans ses rapports avec la philosophie et la religion, à partir des idées égyptiennes, introduites en Grèce par Orphée et développées par Pythagore. Mais cette science même était soumise au secret. Pythagore explique ouvertement la partie théorique du système musical à utiliser mais il reste silencieux quant au caractère fondamental de cette science de la musique sacrée, en réservant la connaissance aux initiés. Ces initiés n’avaient accès à ces mystères qu’après de douloureuses épreuves, et après avoir juré le silence à leurs propos. Le poète Eschyle avait été soupçonné d’avoir dévoilé publiquement un sujet censé être couvert par les Mystères dans une de ses pièces mise en scène au théâtre. Il n’échappa que de peu à la fureur du peuple qui voulait sa mort pour avoir commis ce blasphème. Antoine Fabre d’Olivet1 écrit que selon Aristote, Eschyle ne put être absous de ce crime qu’en prouvant qu’il n’avait pas été initié. Il se défendit d’avoir dévoilé les Mystères en disant ignorer que ces choses ne devaient pas être dites.

Mais selon Clément d’Alexandrie, au contraire, il admit avoir été initié, ce qui lui donnait, à la différence de ses accusateurs, la capacité de démêler ce qui pouvait être dit à propos des Mystères et ce qui devait être tu.

Fabre d’Olivet rapporte aussi que la tête de Diagoras fut mise à prix pour la même raison. De même celles d’Andocidès et d’Alcibiade. Diagoras de Melos était surnommé « l’athée ». « Il discréditait les Mystères en les divulguant, les expliquant, et allait jusqu’à singer les petits mystères ; il récitait le Logos orphique, dévoilait les Mystères d’Eleusis et ceux des Cabires. »

Les temps n’étaient pas propices à la liberté de pensée contre les dogmes admis par la religion. Aristote n’échappa qu’avec grande peine aux poursuites de l’hiérophante Eurymédon. Bien avant Galilée, Philolaos de Crotone et Aristarque de Samos furent accusés publiquement et traînés devant le tribunal, l’un pour avoir dit et l’autre pour avoir écrit que la Terre n’était pas au centre de l’univers.

Philolaos était indubitablement un initié. C’est par son entremise que Platon avait pu acquérir les livres de Pythagore, et donc acquérir les bases de sa propre initiation à « l’évangile pythagoricien ». Si cette initiation comportait des révélations touchant à la négation du géocentrisme, dès le 5ème siècle avant J.-C., on ne peut que souligner la pertinence de cet enseignement secret.

L’initiation était censée apporter une compréhension profonde des mécanismes régissant l’univers. La musique était l’un des éléments de cette initiation. Elle était exotérique (par sa manifestation publique) mais ésotérique (par sa véritable signification, devant rester cachée).

Curieusement, on retrouve des traces de ce culte du mystère aujourd’hui encore, au cœur même du solfège.

Ainsi les notes (Ut, Re, Mi Fa, Sol, La, Si) ont reçu leur nom de Guy d’Arezzo, qui utilisa pour les dénommer les premières syllabes d’un hymne sacré adressé à saint Jean :

Ut queant laxis

Resonare fibris

Mira gestorum

Famuli tuorum

Solve polluti

Labli reatum

Sancte Iohannes

Notons que le Si est formé des initiales de Sancte et de Iohannes.

Cet hymne se traduit ainsi :

« Afin que tes serviteurs

puissent chanter à gorge déployée

les actions merveilleuses,

dissous la souillure

de leurs lèvres pécheresses,

Saint Jean ! »

Qu’Ut ait été remplacé par Do ne change pas grand chose sur le fond. Do est la première syllabe de Dominus, le « Seigneur ».

1Antoine Fabre d’Olivet (1767-1825) in La musique expliquée comme science et comme art et considérée dans ses rapports analogiques avec les mystères religieux, la mythologie ancienne et l’histoire de la terre.

3 réflexions sur “Religion, blasphème et musique

  1. Les Védas disent que chaque son d’alphabet sanscrit crée une certaine vibration dans l’air, qui devient finalement la forme visible et tangible. Mantra composé de ces sons, correctement prononcées, peut éveiller les mécanismes subtils cachés de la nature. Il parait que les sages de l’antiquité savaient utiliser la prononciation correcte, générant ainsi certaine structure d’onde, qui leur permettait d’accomplir des miracles.
    Une section sur la musique des Védas – Sama Veda – est composée des « Cantiques sacrés ». Elle parle des sept notes dominantes, qui correspondent aux sept chakras – les nœuds de l’énergie dans le corps humain. Les 7 chakras de notre corps subtil, tournent à une certaine fréquence, sous forme de sept tons d’octave. Ainsi en composant la musique, les sages pouvaient apaiser et guérir une personne, de créer un confort psychologique, mais aussi … à tuer ! Alors, la musique est une connaissance forcement sacré et secret.
    Il parait que les scientifiques commencent réellement s’intéresser à tous ces phénomènes.

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  2. En fait, je profite des possibilités ouvertes à la population russophone du monde entier de suivre les cours de l’Université Védique, ouvertes à la radio et sur Internet, où les grands spécialistes contemporaines de Védas racontent et expliquent les savoirs védiques anciens. Ainsi, 24 heures par jour, vous pouvez écouter les émissions désignant la sagesse ancienne et expliquant les voies de développement spirituel.
    Pour pouvoir les suivre, j’utilise plutôt AUDIOVEDAS, où ces conférences sont classées et enregistrés. Puis je les écoute, en faisant les activités utiles à la vie matérielle de chaque jour.
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    24.12.2009 ornements suivant l’orientation. (Suite) L.12 (14Mb)
    10.12.2009 ornements suivant les points cardinaux. L.11 (15Mo)
    19.11.2009 Point. L 10 (18Mb)
    05.11.2009 Aménagement paysager. L.9 (21Mb)
    22.10.2009 Maison sur Vastu – comme un modèle de l’univers (suite). L.8 (25Mb)
    24.09.2009 Maison sur Vastu – comme un modèle de l’univers. L.7 (25Mb)
    10.09.2009 Compensation des défauts aménagement du bâtiment. L.6 (18Mb)
    20.08.2009 réponses aux questions. L.5 (18Mb)
    23.07.2009 de la perception visuelle: couleur, taille et forme. L.3 (27Mo)
    26.06.2009 Maison vivante. Ville vivante (18Mb)

    Et voilà, le cycle sur sur le le SON :
    « Conversations sur « le pouvoir du son » http://vedicuniversity.ru/zvuk.htm – La puissance du son, par Eugene Koinov – un spécialiste dans la restauration de la voix naturelle chez les chanteurs professionnels.
    16-02-2012 Interview 2 (16,7 Mo)
    29.03.2012 3. Interview Mantra. (21 Mo)
    05.04.2012 4. Interview Mantra. (23,4 Mo)
    12-04-2012 Interview 5. Les réponses aux questions. La force du désir. (24,5 Mo)
    19-04-2012 Interview 6. désirs de puissance. (19,6 Mo)
    03.05.2012 7. Les réponses aux questions d’entrevue. (21,3 Mo)
    10-05-2012 Interview 8. La force du désir. Réponses aux questions. (22,4 Mo)
    17-05-2012 Interview 9. Configurer voix. (28,6 Mo)
    07.06.2012 Mantras sonores et la musique sacrée.
    George V. Stork – « Conférences hors de cycle »
    pertinence – 75% de Moscou Août 27 2011 (Écouter 779 fois | Téléchargé 363 fois
    Voire :
    http://audioveda.ru/tag?id=532 – site AUDIOVEDA SamaVeda
    Звуки меняющие реальность « Sons qui change la réalité »
    http://audioveda.ru/audio?id=3888
    http://audioveda.ru/audio?id=3888
    L’importance de la sonorité dans une tradition orale est magistrale, surtout dans la culture védique qui conçoit le Véda comme produit de l’écoute (Śruti), par les sages anciens (rishis), du son original émis suivant la régularité des mouvements cosmiques. La tradition védique est jusqu’à ce jour orale et transmet de Maître à disciple une parole (Rigveda), modulée par un chant (Sāmaveda), dotée d’une force incantatoire (Yajurveda)2.
    La majorité des strophes reprises dans la Sāmaveda-samhitā proviennent des huitième et neuvième livres du Rigveda, et sont principalement utilisées au cours du sacrifice (yajña) spécifique du Soma5 (breuvage d’immortalité).
    Désolé, si cela ne vous apporte pas grande chose.

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