Trois chantiers mondiaux

La sortie de la crise mondiale se fera par le haut, nécessairement. Parce que vers le bas, il y a les hyènes grinçants de l’horreur. Et au milieu, il n’ y a rien qu’une pente glissante, qui ne monte pas, mais qui glisse vers l’abîme du bas. Donc il faut voir grand, large, haut.  Or il y a justement d’immenses espaces nouveaux (et peut-être encore libres) à conquérir, dans l’immatériel, dans le très petit et dans le très grand. Voilà trois chantiers possibles:

  1. L’immatériel. C’est le monde des pensées, des idées, des inventions et des rêves. Le monde de la création, l’irruption du radicalement nouveau. Le monde du virtuel et de la poésie, de l’art et du jamais déjà vu. Dans le haut Moyen Âge quelques monastères, perdus dans les forêts profondes de l’Europe, gardaient des étincelles d’un ancien héritage. Cette métaphore vaut pour l’âge d’aujourd’hui qui ressemble par certains aspects à un nouveau Moyen Âge, avec ses pestes et ses gibets, ses arrogances et ses mépris, ses féodaux et ses royautés éclatées, ses guerres de religions et ses cathédrales lentes à bâtir, ses croisades malencontreuses et ses rois impunis. Dans ce monde néo-féodal, il faudrait des lieux de rencontre et de savoir mondial.  Il n’en existe pas encore, bizarrement. Certes, on ne compte plus les conférences et les organismes. Mais il n’y a pas de lieu vraiment mondial, où l’on puisse se rendre réellement ou virtuellement pour écouter les pensées s’échanger. Il y a des myriades de ruisseaux, mais pas de grands fleuves ni d’océans de pensée commune. Pas de grand récit partagé, donc.
  2. Le très petit. Le nano-monde est bien plus qu’une industrie asservie aux puissances du jour, ou une réserve d’innovations pour les militaires, les chimistes et les neuro-scientistes. Je pense que le nano-monde recèle complexité et promesses. Ce monde va de l’électron au neurone, de la molécule à la cellule. La puissance de ce monde en formation, en gésine, doit être enseignée à tout enfant des écoles. Il faut chercher toutes les manières de s’approprier en qualité ce pactole de possibles, de fertiliser cette immense galaxie nanométrique, qui recèle bien plus d’or et de lumières que l’alchimie jadis.
  3. Le très grand. Il s’incarne dans toutes les formes d’espaces communs. Il faut investir ce commun, tous les communs, en commun. Les red necks, qui ont la gâchette facile, voient le commun en rouge.  Les communs sont surtout une réalité mondiale, diverse, complexe, un trésor pillé systématiquement et systémiquement par ces mêmes red necks et leurs complices. Il faut défendre les communs mondiaux contre ces pillards. Mais il faut aussi bâtir un environnement favorable aux communs, suivant leurs diverses natures. Il y a des communs mondiaux comme l’ozone, le climat ou les océans. Il faut faire payer, et très cher, les entreprises mondiales qui pillent ces communs ou les saccagent, et utiliser cet impôt mondial sur l’usage des communs pour financer une allocation universelle. Il y a aussi les communs mondiaux immatériels, comme ceux de la loi et de l’ordre, ceux de l’intelligence et du savoir. Il faut les préserver et les enrichir. Plus les communs mondiaux, matériels et immatériels, seront garantis, valorisés, préservés et augmentés, plus les pauvres seront riches de cette richesse dont ils sont les copropriétaires immanents, avec l’humanité tout entière. Je propose de considérer les communs mondiaux comme un chantier de siècle pour les nouvelles générations.

Une réflexion sur “Trois chantiers mondiaux

  1. Pingback: nano | raimanet

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