Virus Metaphysics


-Coronavirus-

The Latin word virus, of the neutral gender, has no plural. This word initially meant « juice » but also « sperm », « venom », « poison », « pungency », and « bitterness ».

The Greek word for virus is ῑός, « venom », but also « rust ».

The etymologyi of these two words goes back to the Sanskrit word विष viṣa, which means, in the neutral gender: « poison, venom ». But the root of this Sanskrit word, viṣ-,basically means « to be active, to act, to do, to accomplish »ii. It thus had originally no negative connotation. It rather implied an idea of action, efficiency, accomplishment. The word विष viṣa, when in the masculine gender, means « servant » (implying the idea of being « active, zealous »).

One may learn from these etymological roots a useful lesson.

As one knows, when viruses infect living beings, they transmit to their genome some bits of their RNA, for example in the form of plasmids.

The COVID-19 pandemic is actually infecting a huge percentage of the entire human race, which will now share fragments of this widely distributed and constantly mutating ‘genetic heritage’.

The virus and its variants are then partly contributing to the overall, on-going mutation of human genome, and are also forcing humankind to be « active and zealous », in order to politically mutate and adapt its global ‘governance’ to reach a level of efficiency that should be higher, hopefully, than the genetic efficiency of the virus itself.

What is happening before our eyes can be undersood as a real-time ‘mutation’ affecting potentially the whole of humanity, genetically, but also politically, and even metaphysically, I would try to argue.

On a metaphorical level, this global pandemic could be compared to a form of incarnation (etymologically, a ‘penetration into the flesh’, an ’embodiment’).

The plasmids that we may inherit from the COVID-19 embody not just an ‘infection’ but also a metaphysical metaphor at work, — that of a continuous, immanent process of symbiotic incarnationof the « inanimate-unconscious » viral reign into the « animate-conscious » human species.

While using the word ‘incarnation’, a quote comes to my mind:

« The true history of the world seems to be that of the progressive incarnation of the divinity »iii.

It is certainly not my intention to compare the putative incarnation of the « divinity » in world ‘true history’ to a slow viral infection, but this metaphor offers some food for thought.

It links in a single knot the « inanimate-unconscious » viral reign, the « animate-conscious » human species, and the « animate-unconscious » divine reign.

The ‘progressive incarnation’ of the virus has its own way and timeline. Likewise the ‘progressive incarnation’ of the divinity. The word incarnation, in both cases, reveals an analogous process at work, in the respective natures of the divinity, the humankind and the allegedly ‘inanimate’, material world.

Undoubtedly, at a given moment, for some reasons of Her own, the Divinity has, in a way, resolved to come out of Herself, if only to allow Her own ‘Creation’ to exist, more or less independently from Her.

Was the eternal « confinement » of the Divinity no longer suitable, at one point? Did Her absolute, compact, total perfection appear to Her somewhat incomplete, notwithstanding Her apparent completeness?

One may conjecture that the Divinity got out of Herself, in order to break the tautology of her Being alone, the repetition of the Sublime, the circularity of the Supreme, the loneliness of the Holiness.

Before the world was even created, what did the Godhead do? She was, one may assume, bathed in an holy, infinite Unconscious. For what is called ‘consciousness’, and of which Man is so proud, is really a term that is not worthy of the supreme Divinity.

The Divinity is so infinite that She cannot know Herself like a mere ‘consciousness’ would. If the Divinity fully knew Herself in such a conscious way, then She would in some subtle manner be limited by this very ‘knowledge’ of Herself, by this projected ‘consciousness’ of Herself that would infringe on Her absolute freedom. This limitation is not conceivable in a divine context.

The Divinity must be beyond any form of consciousness. In other words, She is ‘unconscious’ of Her own, absolute infinity.

To put it another way, before the world or time was created, the Divinity did not yet know the scope of Her own Wisdom, let alone the sound of Her own Word, which had never been uttered (since there was really no ear up there and then to hear).

This is expressed in the Kabbalah’s image of the Divine Wisdom as standing ‘near’, besides the Divinity. There is not identity, but a separation.

In the unconsciousness (of the infinity of Her own Wisdom), the Divinity stood in a state of absolute timelessness.

She stood as a living Entity.

Ignoring Death.

Ignoring Darkness.

This ‘ignorance’ hid the mystery of Her unconsciousness from the Light of Her otherwise absolute knowledge.

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iSee Alfred Ernout and Antoine Meillet. Etymological dictionary of the Latin language. Klincksieck, Paris, 2001, p.740, and cf. Pierre Chantraine. Etymological Dictionary of the Greek Language. Klincksieck, Paris, 1977, p.466.

iiGérard Huet. Sanskrit-French dictionary. 2013. p. 559

iiiC.G. Jung. The Divine in man. Albin Michel. 1999, p.134

Le viral et le viril


 

Le mot latin virus a une gamme de sens fort riche : « suc ; sperme ; humeur ; venin ; poison ; amertume ». Comme le grec ῑός, « venin ; rouille », ces mots remontent au sanskrit विष viṣa, « poison, venin ».i Or la racine verbale de ce mot sanskrit, viṣ-, n’a aucune connotation négative, bien au contraire ! Elle signifie : « être actif, agir, faire, accomplir»ii.

Le génie de la langue sanskrite assimile tous les principes actifs de la vie et de la nature, – le suc des plantes, le sperme des hommes, les humeurs corporelles, mais aussi les venins animaux et les poisons végétaux –, aux idées fondamentales du « faire », de l’« agir » et de l’« accomplir ».

La longue mémoire des mots (dans la sphère indo-européenne, tout au moins) met l’action, le faire et l’accomplissement du même côté que le virus et le viral.

Cela devrait inciter à considérer le viral, non pas seulement comme un danger critique, mais aussi comme offrant des perspectives d’action et d’accomplissement, à l’échelle planétaire.

La mémoire longue de la langue permet aussi de rapprocher l’étymologie de virus de celle du mot latin vir, « homme » (par opposition à femme). En effet, le mot vir (qui a donné ‘viril’ et ‘virilité’ en français) remonte au sanskrit वीर vīrá « mâle, guerrier, héros, chef ; époux ».iii

Or la racine verbale la plus proche de वीर vīrá est वी vī-, « se mouvoir, approcher ; saisir, attaquer, s’emparer de ; punir », ce qui convient bien à l’univers sémantique auquel se rattache le « mâle », le « guerrier ».

Une autre forme verbale de la racine वी vī- prend le sens de « se disperser, se répandre dans ; disparaître, cesser », ce qui peut s’appliquer à l’univers sémantique lié à la notion de virus.

Les deux racines verbales viṣ- et vī-, dont le sanskrit garde la mémoire, ont l’une et l’autre un sens général respectivement tourné vers l’action, le faire, et le mouvement, l’attaque.

Cette proximité est prometteuse, elle est porteuse de changements.

Le mot virus porte en lui non seulement l’idée du ‘venin’ ou du ‘poison’, mais aussi celle du ‘suc’ et du ‘sperme’, connotant les idées verbales d’agir et d’accomplir.

Le mot vir porte quant à lui une mémoire guerrière, tournée vers le mouvement, la saisie et l’attaque, mais aussi vers la génération et l’engendrement.

Il n’est pas sans intérêt de s’arrêter sur le nuage sémantique associé à ces deux mots. Il permet de comprendre qu’un lien sémantique profond existe entre le viral et le viril.

Par ailleurs, il faut souligner dans ces deux mots la coexistence d’une négativité et d’une positivité. Ils sont, en puissance, tous deux porteurs du meilleur et du pire…

Leur voisinage sémantique repose sur des bases étymologiques, mais l’on peut tenter de l’élargir, et de l’approfondir, en lui donnant une perspective résolument anthropologique.

Le virus est essentiellement suc, sperme ou poison, et le viril est essentiellement mouvement, invasion, attaque, saisie, et génération.

Il y a un point de rencontre entre ces deux univers de sens. On peut le symboliser avec les idées d’expansion (virale) et de pénétration (virile).

Ces quelques rappels étymologiques laissent pressentir qu’il y a toujours à l’oeuvre, dans le langage, une sorte de mémoire insondable, originaire, et même un « inconscient collectif », tel que théorisé par C.G. Jung.

Ceci incite à prendre de la hauteur, et à ouvrir plus largement encore les perspectives de réflexion.

Le fondement d’une anthropologie de la pénétration et de l’expansion pourrait s’établir sur un premier constat.

Viril et viral sont non seulement voisins, mais liés.

Le viril, par ses modes d’approche, d’attaque et de saisie, a quelque chose non seulement de spermatique, mais aussi de viral.

Le virus possède pour sa part une dimension spermatique, puisqu’il s’autoféconde en se propageant. En se répliquant, il se donne à lui-même sa propre vie, et il donne aussi la mort, assez souvent, à ses hôtes. Aux hôtes qu’il ne tue pas, il laisse même en héritage un peu de son patrimoine génétique, fécondant l’avenir, donc, en un sens.

« Fécondant l’avenir »… On peut donner à cette métaphore deux sens opposés, l’un positif, l’autre non.

Commençons par le négatif.

Le génome du virus SARS-CoV-2 est une molécule d’ARN d’environ 30 000 bases formant 15 gènes, dont le gène qui code pour une protéine, dite S, située à la surface de l’enveloppe virale. Les analyses de génomique comparative ont montré que ce virus appartient au groupe des Bétacoronavirus, et qu’il est proche du SARS-CoV, apparu en novembre 2002 dans la province de Guangdong. On sait aussi que les chauve-souris du genre Rhinolophus étaient le « réservoir »iv de ce virus, et qu’un petit carnivore, la civette palmée à masque (Paguma larvata), a sans doute servi d’intermédiaire entre les chauve-souris et les premiers cas humains.

De nombreux autres Bétacoronavirus ont été découverts récemment chez les chauve-souris et chez l’homme, dont le virus RaTG13, très semblable au SARS-CoV-2. On a aussi découvert un autre virus, également fort semblable, chez le pangolin malais (Manis javanica), qui présente 99 % d’identité quant aux acides aminés de la région de la protéine S qui sert de domaine de liaison au récepteur ACE2, et qui permet donc au virus d’entrer dans les cellules humaines pour les infecter. Or, dans cette même région, le virus RaTG13 est très divergent. Selon Alexandre Hassanim, « cela suggère que le virus SARS-Cov-2 est issu d’une recombinaison entre deux virus différents, l’un proche de RaTG13 et l’autre plus proche de celui du pangolin. En d’autres termes, il s’agit d’une chimère entre deux virus préexistants. »v

On voit par là que les virus ne cessent de se recombiner entre eux. Il suffit pour cela que deux virus infectent le même organisme en même temps. Alors les conditions sont favorables à l’émergence d’une nouvelle souche virale aux propriétés encore inédites, par exemple combinant la charge mortifère d’un virus et les capacités de « pénétration » d’un autre virus, ce qui lui permet d’attaquer alors de nouvelles espèces, et de continuer de se répandre dans la biosphère.

Du point de vue des longues durées, il est certain que les espèces qui ne sauront pas s’adapter aux menaces virales, constamment évolutives, sont tout simplement condamnées à disparaître. Ceci est aussi vrai pour l’espèce humaine, naturellement. Il y a certes des raisons d’être optimiste sur l’issue de la « guerre » qui s’est engagée entre le virus SARS-Cov-2 et le genre humain. Mais cette « guerre », pour reprendre l’expression du Président Macron, n’est jamais qu’une bataille, parmi les nombreuses qui nous attendent. Même gagnée, et elle sera gagnée, cette bataille ne préjuge pas de l’issue ultime de la « Guerre planétaire » entre les différentes formes de vie.

Prenant un peu de recul, pour d’innombrables espèces d’animaux, mais aussi de plantes, il existe un virus extrêmement mortifère, dont l’impact est aujourd’hui catastrophique, et même apocalyptique, c’est le virus Homo Sapiens.

Il est temps que Homo Sapiens mette son intelligence et ses connaissances au service d’une nouvelle alliance pour la survie de toutes les formes de vie, sur cette petite planète, bleue et surpeuplée.

Il est plus que temps que Homo Sapiens mette toute sa volonté, toute son intelligence et toutes ses connaissances, pour « féconder l’avenir ».

iCf. Alfred Ernout et Antoine Meillet. Dictionnaire étymologique de la langue latine. Klincksieck, Paris, 2001, p.740, et cf.Pierre Chantraine. Dictionnaire étymologique de la langue grecque. Klincksieck, Paris, 1977, p.466

iiGérard Huet. Dictionnaire sanskrit-français. 2013. p. 559

iiiGérard Huet. Dictionnaire sanskrit-français. 2013. p. 564

iv On définit la notion de « réservoir viral » comme étant composé d’une ou de plusieurs espèces animales peu ou pas sensibles au virus, qui vont naturellement héberger un ou plusieurs virus. L’absence de symptôme de la maladie s’explique par l’efficacité de leur système immunitaire qui leur permet de lutter contre une trop grande prolifération virale.