De la conscience et de l’inconscience des plantes


Il y a au moins deux façons de comprendre aujourd’hui la fameuse formule du premier philosophe de l’histoire, Thalès, – « Tout est plein de Dieux ».

D’une part, suivant en cela les enseignements de la théorie de la relativité et ceux de la physique quantique, on peut se représenter que tout point de l’univers baigne effectivement dans plusieurs ‘champs’ de diverses natures (comme le potentiel gravitationnel, les potentiels quantiques,…). La métaphore employée, ‘baigner dans des champs’, signifie que tout point de l’espace-temps fait partie d’une totalité globale, à laquelle il contribue, et dont il subit les effets. L’accent est mis sur l’intrication universelle de cette ‘réalité’ (vue comme ‘totalité’, ou comme substance totale composant l’univers) avec elle-même.i

D’autre part, et sans contradiction, on peut aussi se représenter que ces champs, dont la nature (gravitationnelle, quantique…) est si profondément différente qu’on n’a toujours pas réussi à les unifier théoriquement, incarnent la présence de divers « niveaux » de réalité en chacun des points de l’espace-temps. L’accent est mis sur la complexité inhérente, ou immanente, en chacun des « grains » composant la réalité.

Dans ces deux cas, on se sert de métaphores fournies par la science « moderne », et justifiées par des résultats expérimentaux, jusqu’à présent non dépassés, et confirmés de multiples façons.

Il n’est pas insignifiant que la formule de Thalès évoque les « Dieux », mot qui a naturellement un poids sémantique et symbolique bien plus fort que celui qui est associé à la simple valeur ponctuelle de fonctions d’ondes quantique ou gravitationnelle, en tel ou tel point de l’espace-temps.

Les « Dieux » ont-ils encore leur place de nos jours en tout point du monde? Ou toute référence aux « Dieux » est-elle condamnée à subir l’opprobre des esprits rationnels, et la dérision des esprits forts ?

Reprenant peut-être à sa façon l’intuition originelle de Thalès, tout en la vidant soigneusement de toute référence aux divinités pré-citées, et changeant de vocabulaire, David Bohm, le théoricien d’un « ordre implié » (Implicate Order) structurant la Totalité de l’Univers (Wholeness), n’a pas hésité à franchir une étape, cruciale, en proposant l’intégration de la conscience avec la notion de totalité cosmique.

Aux champs de nature relativiste et quantique qui baignent la totalité du cosmos, Bohm associe une autre espèce encore de champ, – le « champ de la conscience » (field of consciousness). L’« ordre implié » qui se révèle, selon Bohm, dans la totalité de l’univers physique, pourrait s’étendre aussi au « champ de la conscience ».

On conçoit en effet que la Totalité, si elle veut mériter son nom, doit nécessairement intégrer le cosmos tout entier et l’ensemble de ses propriétés physiques, mais aussi toute la réalité psychique, et en particulier tous les faits de ‘conscience’, qu’on ne peut pas a priori exclure du concept de Totalité.

« Il est possible de comprendre le cosmos et la conscience comme une totalité en mouvement, singulière, unifiée »ii.

L’idée que chaque point, ou « grain », de l’univers baigne non seulement dans des champs physiques, mais aussi dans un « champ de conscience », établit par-delà les millénaires un trait d’union inattendu entre Thalès et Bohm, entre la philosophie pré-socratique et les plus récentes théories de la science moderne. Et, pourrait-on ajouter, elle tisse un lien entre une certaine conception de l’immanence divine, et une conception de l’immanence de la conscience, ou du Soi.

Malgré son caractère aventureux, l’idée d’un champ de conscience immanente coexistant, ou s’intriquant avec des champs matériels (gravitationnels et quantiques), ne devrait pas trop effaroucher les esprits indépendants, qui sont toujours à la recherche d’un début de réponse à la question immémoriale des liens entre matière et esprit, entre la réalité et le Soi.

Cette idée, qui est à la fois si ancienne, et si moderne, doit sans doute sa puissante force d’attraction au fait que tout ce qui a trait à la « conscience » renvoie aussi aux abyssales profondeurs de l’« inconscient », ou du Soi, profondeurs dans lesquelles, pour continuer à filer la métaphore, nous semblons « baigner », comme des points singuliers semblent immergés de toutes parts dans le sein de la Totalité.

Au cours du 20ème siècle, C.G. Jung n’a certes pas été inactif dans l’avancée des idées les plus révolutionnaires à ce sujet. Il a poursuivi un dialogue de très haut niveau pendant plus de trois décennies avec l’un des physiciens les plus inventifs de la révolution quantique, Wolfgang Pauli.iii L’un et l’autre ont trouvé des points de convergence inédits entre les concepts utilisés en physique quantique et les concepts forgés par Jung à propos de la conscience et de l’inconscient. L’un des plus prometteurs de ces terrains de convergence est celui de la synchronicité, sujet sur lequel je reviendrai dans des articles ultérieurs.

Aujourd’hui, je voudrais m’attacher au fait que Jung, très tôt dans sa carrière, s’est montré particulièrement sensible à l’infinie diversité des niveaux de conscience : « Les degrés de conscience et de maturité sont innombrables. », écrit-il.iv

Il me semble que l’on pourrait utilement appliquer la notion de « degré de conscience » (ou, si l’on préfère, de « degré d’inconscience », ce qui revient en fait au même) à chacun des points constituant le tissu de l’univers. Si chacun des points de la Totalité du cosmos baigne dans un champ de conscience, alors on peut raisonnablement en déduire qu’il existe en effet une multiplicité et même une infinité de degrés possibles de conscience.

A titre d’illustration, je voudrais évoquer cette question des degrés de conscience (ou d’inconscience) à l’aide d’un exemple pris dans le cadre du règne végétal, qui est généralement jugé comme manquant précisément des caractéristiques de la conscience, plus volontiers associée au monde animal.

Commençons par remarquer que les plantes ne disposent pas simplement de cinq sens, comme les animaux, mais plutôt d’une vingtaine de sens. Elles possèdent un équivalent « végétal » de la vue, de l’ouïe, du toucher, du goût, et de l’odorat, mais aussi d’une quinzaine d’autres sens comme la capacité de percevoir les champs électromagnétiques et de multiples gradients chimiques.

« L’apex est la pointe extrême de la racine. Il constitue la partie vivante de la racine : capable de s’étendre et doté de capacités sensorielles des plus développées, il opère une activité électrique très intense fondée sur des potentiels d’action (…) Chacun enregistre en permanence un nombre considérable d’informations : pesanteur, température, humidité, champs électriques, luminosité, pression atmosphérique, gradients chimiques, présence de substances toxiques (poisons, métaux lourds), vibrations sonore, présence ou absence d’oxygène et de dioxyde de carbone. Déjà stupéfiante en soi, cette première liste n’est cependant pas exhaustive ; les chercheurs la remettent sans cesse à jour, et ses composantes augmentent d’année en année. Après avoir assimilé ces informations, l’apex guide la racine en fonction d’un calcul complexe tenant compte des diverses exigences locales et globales de l’organisme végétal concerné. A n’en pas douter, aucune solution automatique ne pourrait satisfaire les besoins d’un apex racinaire : ce véritable ‘centre d’élaboration des données’, loin de travailler seul, fonctionne en réseau avec des millions d’autres, et leur totalité forme l’appareil racinaire de telle ou telle plante. »v

L’idée importante est l’exclusion constatée de toute « solution automatique ». Il y a en permanence un travail d’optimisation des solutions à adopter pour trouver le meilleur compromis entre des impératifs antagonistes.

«  Les racines doivent trouver un équilibre entre des impératifs contradictoires et leurs apex sont appelés à effectuer des évaluations sophistiquées tout au long de l’exploration du sol. Car l’oxygène, les sels minéraux, l’eau et les éléments nutritifs occupent d’ordinaire des espaces différents d’un même terrain, parfois très éloignés les uns des autres. Les racines sont donc dans l’obligation de prendre sans cesse des décisions aux conséquences capitales : vaut-il mieux croître vers la droite, et obtenir le phosphore, dont elles ont tant besoin, ou au contraire vers la gauche, et obtenir un azote dont les quantités seront toujours insuffisantes ? Se développer vers le bas pour y puiser de l’eau, ou bien vers le haut pour y trouver un oxygène de bonne qualité ? Comment concilier ces exigences conduisant à des choix opposés ? »vi

Le vocabulaire utilisé dans ce texte (‘assimilation des informations’, ‘calcul complexe’, ‘centre d’élaboration’, ‘évaluations sophistiquées’, ‘décisions aux conséquences capitales’, ‘choix’) tend à présenter la plante comme étant un organisme fort évolué, ne se comportant certes pas comme un « automate », mais comme un être vivant doté d’une intelligence et d’une volonté propres, et peut-être même d’une sorte de proto-conscience (ou, ce qui revient au même, d’une forme d’inconscience), capable d’intégrer des myriades de données contradictoires, de les traiter et de les partager de manière signifiante avec des millions d’autres centres de traitement et de décision, répartis de façon distribuée en interne, mais aussi avec des congénères au sein de vastes ensembles écosystémiques.

« Les plantes peuvent mettre en communication non seulement leurs racines et leurs frondaisons, mais encore une racine et une autre, une feuille et une autre. Leur intelligence étant répartie de manière plus uniforme et n’étant donc pas concentrée en un seul lieu de réception des signaux. »vii

Les plantes peuvent communiquer avec les autres plantes par des signaux chimiques mais aussi des signaux sonores, qui transmettent des information sur leur activité et leur croissance.

« Toute racine émet en poussant des sortes de clics que pourraient entendre les apex racinaires des plantes environnantes. Si tel était le cas, il s’agirait d’un système de communication très avantageux : ces sons ne semblent pas résulter d’une décision expresse de la plante, mais paraissent plutôt dus à la rupture des parois cellulaires au moment de leur poussée. »viii

Le lecteur sceptique continuera sans doute de penser que le traitement permanent par les apex racinaires d’une vingtaine de sources d’information simultanées, leur intégration, et leur partage ‘distribué’ avec des millions d’autres apex, de façon à permettre non seulement des décisions locales concernant la poursuite de la croissance au niveau de chaque apex, mais aussi la régulation de la croissance à l’échelle de la plante tout entière, et sa mise en relation sociale avec les plantes voisines, ne relèvent pas d’une véritable ‘intelligence’ et encore moins d’une ‘volonté’ ou d’une ‘conscience’…

Pourtant, Charles Darwin lui-même n’a pas hésité pas à assimiler ce comportement des plantes à celui des animaux inférieurs.

« Il est à peine exagéré de dire que la pointe radiculaire, ainsi douée et possédant le pouvoir de diriger les parties voisines, agit comme le cerveau d’un animal inférieur ; cet organe, en effet, placé à la partie antérieure du corps, reçoit les impressions des organes des sens et dirige les divers mouvements. »ix

Si les millions d’apex radiculaires d’une plante peuvent être comparés à autant de micro-cerveaux de protozoaires ou d’amibes, peut-on en inférer que cette intelligence distribuée implique des formes de volonté immanente ou même de proto-conscience ?

Il faudrait pouvoir définir avec précision ce qu’on entend par protoconscience et par conscience pour répondre valablement à cette question.

Nous avons vu dans des articles antérieurs que la définition de la conscience est elle-même sujette à des débats épineux.

Aristote aborde la question de la conscience (humaine), sans la nommer comme telle, en évoquant le « sens commun », qui perçoit le fait que des sensations sont perçues par les organes sensibles, ce qui permet de rendre la sensation consciente. Le « sens commun » est ce qui, chez Aristote, fait office de ‘conscience’.

« Puisque nous sentons que nous voyons et entendons, il faut que le sujet sente qu’il voit ou bien par la vue, ou bien par un autre sens. »x

Bien que cette idée d’Aristote soit censée s’appliquer à l’âme humaine, on pourrait faire l’hypothèse qu’existe aussi dans les plantes une sorte de « sens commun ».

Si l’on veut supposer que la plante dispose d’une sorte de proto-conscience, il faudrait imaginer que les millions d’apex radiculaires d’une plante donnée sont subsumés par quelque entité qui disposerait d’une forme de proto-conscience, c’est-à-dire de capacité d’intégration signifiante d’un flux permanent de données émanant de vingtaines de sens.

Actuellement non repérable en tant que telle, par les moyens techniques dont nous disposons, mais surtout d’autant moins détectable du fait du manque de cadre théorique propre à permettre sa mise en évidence, l’existence de cette entité proto-consciente est néanmoins susceptible d’être inférée, me semble-t-il, du fait du comportement « intelligent » de la plante, de sa capacité à vaincre en permanence et en temps réel l’adversité de conditions difficiles, et du fait de son évolution pendant des millions d’années, non certes comme un simple automate, mais comme un être vivant, capable de dominer presque exclusivement la planète Terre.

L’ensemble des plantes représente plus de 99,7 % de la bio-masse totale de la Terre, ce qui en soit est une sorte de preuve induite d’une certaine intelligence du règne végétal, et de sa capacité « intelligente » (et peut-être globalement « proto-consciente ») à habiter notre planète et à la peupler pacifiquement pour le bien de toutes les formes de vie…

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iDavid Bohm développe cette idée à l’aide du concept d’ « ordre implié » régissant la totalité de l’univers: « The implicate order is particularly suitable for the understanding of such unbroken wholeness in flowing movement, for in the implicate order the totality of existence is enfolded within each region of space (and time). So, whatever part, element, or aspect we may abstract in thought, this still enfolds the whole and is therefore intrinsically related to the totality from which it has been abstracted. Thus, wholeness permeates all that is being discussed. (…) » David Bohm. Wholeness and the Implicate Order. Routledge, London, 1980, p. 218

ii« The implicate order (…) may be extended to the field of consciousness, to indicate certain general lines along which it is possible to comprehend both cosmos and consciousness as a single unbroken totality of movement. » David Bohm. Wholeness and the Implicate Order. Routledge, London, 1980, p. 219

iiiC.G. Jung, Wolfgang Pauli, Atom and Archetype, The Pauli/Jung Letters 1932-1958, Ed. C.A. Meier, Princeton University, 2001

ivC.G. Jung. Dialectique du moi et de l’inconscient. Trad. de l’allemand par Roland Cahen. Gallimard, 1964, p.182

vStefano Mancuso, Alessandra Viola, L’intelligence des plantes. Traduction de l’italien par Renaud Temperini, Albin Michel, 2018, p.187

viStefano Mancuso, Alessandra Viola, L’intelligence des plantes. Traduction de l’italien par Renaud Temperini, Albin Michel, 2018, p.184-185

viiStefano Mancuso, Alessandra Viola, L’intelligence des plantes. Traduction de l’italien par Renaud Temperini, Albin Michel, 2018, p.123

viiiStefano Mancuso, Alessandra Viola, L’intelligence des plantes. Traduction de l’italien par Renaud Temperini, Albin Michel, 2018, p.192

ixCharles Darwin. La Faculté motrice dans les plantes. Trad. Edouard Heckel. Ed. C. Reinwald. Paris, 1882, p.581

x Aristote, De l’Âme, III, 2, 425b

La conscience et l’âme


« Platon »

Comment définir l’essence de la conscience ?

Une première réponse est que cette essence se trouve dans sa liberté. La conscience d’une personne se fonde par le sentiment de son autonomie intime, singulière. L’exercice du libre choix lui donne la preuve tangible de son existence propre, unique. Parce qu’elle exerce librement son vouloir en elle-même et pour elle-même, la conscience a le sentiment qu’elle existe, et qu’elle vit par elle-même.

De plus, si elle existe et vit par elle-même, et pour elle-même, il serait possible d’en déduire qu’elle est aussi séparée, en quelque sorte, de tout ce dont elle a conscience.

Si la conscience est ontologiquement séparée de ce dont elle a conscience, de tout ce qui constitue son monde, il y a lieu de penser qu’elle est réellement incorporelle puisque dégagée de toute la matière de son expérience.

Une seconde réponse est que l’essence de la conscience se fonde dans l’intuition du for intime.

La conscience prend paradoxalement d’autant mieux conscience d’elle-même qu’elle commence à mesurer la profondeur de son ignorance à propos de sa véritable nature. En se cherchant toujours, elle se sent saisie par l’allant de son propre mouvement, et en induit que son essence est de se chercher sans cesse toujours plus avant, et plus profondément.

Est-ce d’ailleurs en se perdant qu’elle se trouve davantage elle-même ? La conscience de se perdre en se cherchant lui donne-t-elle une meilleure idée de sa nature (qui pourrait alors lui sembler infinie) ?

Et, dans cette recherche incessante, peut-il arriver qu’elle se perde, sans le vouloir ou sans le savoir, et qu’elle s’égare dans des profondeurs rarement atteintes, et dans lesquelles pourrait sembler même planer l’ombre des dieux ?

Découvre-t-elle à cette occasion et dans ces abîmes d’autres liens, d’autres enlacements, qui la relient à d’autres natures, d’autres essences, jadis nommées « divines »?

Est-ce alors illusion ou indice de penser dans ces conditions que « spontanée est l’étreinte multiforme qui nous a suspendus aux dieux. »i

C’est une idée relativement « moderne » que la conscience se constitue par la découverte de sa singularité, unique, et l’aperçu de sa profondeur, infinie.

On pourrait en créditer Descartes, et sa philosophie du sujet fondée sur le doute, mais aussi la psychanalyse, et la découverte avec Jung des abysses de l’inconscient collectif comme sources vives de la conscience singulière.

Le mot « conscience » lui-même est plus moderne que classique. Il ne faisait pas partie du vocabulaire des Anciensii. Ils employaient plutôt le mot « âme », ou encore celui d’« esprit »..

Mais l’idée de l’âme telle que définie par Platon ou Aristote, par exemple, ou encore celle d’esprit, telle que comprise par les grandes religions du monde, sont-elles réellement équivalentes à la notion de conscience telle qu’elle peut nous apparaître aujourd’hui ?

Le sentiment de la liberté de la conscience (ou de son autonomie) et la découverte de la puissance et de la profondeur du for intime faisaient-ils partie du bagage philosophique et religieux des Anciens?

Tant Platon qu’Aristote ne définissent pas l’âme comme « conscience », puisque ce mot même n’est pas dans leur vocabulaire.

Ils cherchent à définir l’âme comme essence. Par exemple, ils tentent de la voir comme nature divine, ou encore comme puissance rationnelle, ou même comme faculté de désirer.

Dans le mythe d’Eriii, les âmes peuvent choisir librement un « modèle de vie ». Elles sont responsables du sort qu’elles s’allouent elles-mêmes. Mais ce choix étant fait, le destin se déroule alors inéluctablement.

« Parole de la vierge Lachésis, fille de Nécessité. Âmes éphémères, voici le commencement d’un nouveau cycle qui pour une race mortelle sera porteur de mort. Ce n’est pas un démon qui vous tirera au sort, mais c’est vous qui choisirez un démon. Que le premier à être tiré au sort choisisse le premier la vie à laquelle il sera lié par la nécessité. De la vertu, personne n’est le maître ; chacun, selon qu’il l’honorera ou la méprisera, en recevra une part plus ou moins grande. La responsabilité appartient à celui qui choisit. Le dieu, quant à lui, n’est pas coupable. »iv

Mais comment et pourquoi ce choix se fait-il ? Est-il fait en toute conscience de ses implications futures ?

« Même pour celui qui arrive en dernier, il existe une vie satisfaisante plutôt qu’une vie médiocre, pour peu qu’il en fasse le choix de manière réfléchie et qu’il la vive en y mettant tous ses efforts. »v

Comment s’assurer que l’âme choisit en toute connaissance de cause, et non pas aveuglée par sa propre ignorance, ou par ses propres antécédents ?

Autrement dit, l’âme peut-elle être pleinement consciente d’elle-même au moment précis où elle doit faire le choix qui déterminera précisément sa nature pour son nouveau cycle de vie?

Tout choix de conscience contient implicitement une grande part d’inconnu, et donc d’inconscience.

En dépit de cette inconscience, ou peut-être grâce à elle, toute âme, par sa nature, et par son principe interne de vie, entretient quelque rapport avec le divin.

Dans Les Lois, Platon assimile explicitement les âmes (en l’occurrence celles des astres, mais l’idée se veut générale) à des Divinités.

Cela lui donne l’occasion de citer la célèbre formule de Thalès (« Tout est plein de Dieux »): «  Nous affirmerons que ces âmes sont des Divinités. Et peu importe si, immanentes à des corps, elles sont, en leur qualité d’êtres animés, la parure du ciel, ou si les choses procèdent de quelque autre façon. Y a-t-il quelqu’un qui, accordant tout cela, s’obstinerait à ne pas croire que tout est plein de Dieux ? »vi

Platon reprend à nouveau la formule de Thalès et l’idée que les âmes ont quelque chose de divin dans l’Epinomis : « L’âme est quelque chose de plus ancien, et, à la fois, de plus divin que le corps…Tout est plein de Dieux, et jamais les puissances supérieures, soit manque de mémoire, soit indifférence, ne nous ont négligés !.. »vii

Son élève, Aristote, distingue quant à lui dans l’âme deux entités, portant le même nom : νοῦς, noûs, – l’une périssable, mais l’autre immortelle et éternelle.

On peut traduire noûs par « intelligence », «esprit » ou encore « intellect ». Dans les traductions savantes, on ne le traduit jamais par « conscience », sans doute parce que ce terme serait anachronique dans le contexte de la Grèce de Platon et d’Aristote. Cependant on ne peut douter que les deux noûs portent en eux quelque chose qui relève de la conscience et de sa lumière propre.

D’ailleurs Aristote utilise cette métaphore de la lumière du noûs.

« Il y a d’une part le noûs (l’esprit) capable de devenir toutes choses, d’autre part le noûs capable de les produire toutes, semblable à une sorte d’état comme la lumière : d’une certaine manière, en effet, la lumière elle aussi fait passer les couleurs de l’état de puissance à l’acte. Et ce noûs est séparé, sans mélange, et impassible, étant acte par essence. Toujours en effet, l’agent est supérieur au patient et le principe à la matière (…) Il ne faut pas croire que le noûs tantôt pense et tantôt ne pense pas. C’est lorsqu’il a été séparé qu’il est seulement ce qu’il est en propre, et cela seul est immortel et éternel. Mais nous ne nous en souvenons pas, car ce principe est impassible, tandis que le noûs passif est corruptible et que sans lui il n’y a pas de pensée. »viii

Un peu plus loin, Aristote définit aussi l’âme par ses deux facultés principales, d’une part « le mouvement local » et d’autre part, « la pensée, l’intelligence et la sensibilité».ix

Est-ce à dire que les deux formes de noûs possèdent l’une et l’autre pensée, intelligence et sensibilité ainsi que la capacité de mouvement local?

Il faudrait donc, si l’on suit Aristote, que l’un des deux noûs se réfère à la pensée, l’intelligence et la sensibilité en tant qu’elles peuvent devenir toutes choses (c’est-à-dire se les assimiler par conceptuellement et perceptuellement), mais qu’il y a un autre noûs qui se réfère à la pensée, l’intelligence et la sensibilité en tant qu’elles sont capables de créer toutes choses.

Le premier de ces deux noûs est corruptible, puisqu’il se mêle aux choses de ce monde en devenant semblables à elles.

Le deuxième noûs est d’essence divine, puisqu’il est créateur, séparé, immortel et éternel.

Le principe de ce deuxième noûs doit être aussi « impassible » pour pouvoir recevoir toutes les formes intelligibles.

« Il faut donc que le noûs soit impassible, mais qu’il soit capable de recevoir la forme des objets, et qu’il soit, en puissance, telle que la chose, sans être la chose elle-même; en un mot, il faut que ce que la sensibilité est à l’égard des choses sensibles, l’intelligence le soit à l’égard des choses intelligibles. Il est donc nécessaire, puisqu’il pense toutes choses, qu’il soit distinct des choses, ainsi que le dit Anaxagore, afin qu’il les domine, c’est-à-dire afin qu’il les connaisse. Car s’il manifeste sa forme propre auprès d’une forme étrangère, il fait obstacle à celle-ci et l’éclipsera. Aussi n’a-t-il en propre aucune nature si ce n’est d’être en puissance. Ainsi donc, ce qu’on appelle l’intelligence de l’âme (τῆς ψυχῆς νοῦς, tès psukhès noûs), je veux dire ce par quoi l’âme raisonne et conçoit, n’est en acte aucune des choses du dehors, avant de penser. Voilà aussi pourquoi il est rationnel de croire que l’intelligence (le noûs) ne se mêle pas au corps ; car elle prendrait alors une qualité : elle deviendrait froide ou chaude, ou bien elle aurait quelque organe, comme en a la sensibilité. Mais maintenant elle n’a rien de pareil, et l’on a bien raison de prétendre que l’âme n’est que le lieu des formes ; encore faut-il entendre, non pas l’âme tout entière, mais simplement l’âme intelligente [ou le noûs de l’âme]; et non pas les formes en entéléchie, mais seulement les formes en puissance. »x

Autrement dit, le noûs de l’âme est créateur de toutes choses, mais seulement en puissance.

Ce noûs est d’essence divine, comme nous l’avons dit, il crée les êtres en puissance, laissant à l’autre noûs le soin de les réaliser, de les faire passer à l’acte, de les faire devenir. Devenir quoi ? Ce qu’elles sont en essence et en puissance, à savoir la fin qu’elles doivent accomplir pour se réaliser elles-mêmes.

C’est d’ailleurs le sens profond du mot un peu technique qu’Aristote utilise : ἐντελεχείᾳ, « entéléchie », que l’on peut décomposer en en-télos-ekheia : « ce qui possède en soi sa fin »

Aristote distingue l’âme humaine de l’âme des végétaux ou de l’âme des animaux, par le moyen de ses attributs essentiels, dont la capacité de connaissance, d’opinion, et le désir.

« La connaissance appartient à l’âme, ainsi que la sensation, l’opinion, et encore le désir. »xi

Ce sont des attributs du noûs, que n’ont ni les végétaux, ni les animaux. Pourtant, s’ils n’ont ni connaissances ni opinions, les plantes et les animaux à l’évidence « sentent » et peut-être même « désirent ». Cependant ces mots (sensation, désir) doivent s’entendre dans un autre sens.

Ce qui est crucial, c’est que, à la différence des plantes et des animaux, l’homme est conscient de sa sensation ou de son désir.

La sensation ou le désir (du corps) n’est pas de même nature que la conscience de la sensation ou du désir (qui relève du noûs, c’est-à-dire de la partie séparée, immortelle et éternelle de l’âme).

Une autre façon d’aborder la question de la conscience, sans la nommer comme telle, consiste à évoquer le sens commun, qui n’est pas un « sixième sens », mais qui perçoit les sensations perçues par les organes sensibles, et qui surtout rend la sensation consciente. Le sens commun est ce qui, chez Aristote, ressemble le plus au sens interne de la conscience.

« Puisque nous sentons que nous voyons et entendons, il faut que le sujet sente qu’il voit ou bien par la vue, ou bien par un autre sens. »xii,

Dans son propre Traité de l’âme, Jamblique note à propos de cette remarque d’Aristote que la sensation qui est propre à l’âme (propre au noûs) porte le même nom que la sensation irrationnelle, qui est commune à l’âme et au corps. Le même mot s’applique à deux phénomènes complètement différents. Il ne faut pas les confondre.

Simplicius a lui-même commenté ce commentaire de Jamblique sur Aristote, et s’approche alors d’une définition de la conscience, plus proche de la conception moderne, et qui est étant la faculté de se tourner vers soi, de se percevoir elle-même :

 « L’homme est complet sous le rapport de la sensibilité; cela lui est commun avec beaucoup d’autres animaux. Mais, sentir que nous sentons, c’est le privilège de notre nature : car c’est le propre de la faculté rationnelle de pouvoir se tourner vers soi-même. On voit que la raison s’étend ainsi jusqu’à la sensation, puisque la sensation qui est propre de l’homme se perçoit elle-même. En effet, le principe qui sent se connaît lui-même dans une certaine mesure quand il sait qu’il sent, et, sous ce rapport, il se tourne vers lui-même et s’applique à lui-même… La sensation qui est nôtre est donc rationnelle : car le corps lui-même est organisé rationnellement. Cependant, comme le dit Jamblique, la sensation qui est nôtre porte le même nom que la sensation irrationnelle, sensation qui est tout entière tournée vers le corps, tandis que la première se replie sur elle-même. Sans doute, elle ne se tourne pas vers elle-même comme l’intelligence ou la raison : car elle n’est point capable de connaître son essence ni sa puissance, et elle ne s’éveille pas d’elle-même ; elle connaît seulement son acte et elle sait quand elle agit; or, elle agit quand elle est mise en mouvement par l’objet sensible. »xiii

Lorsque l’âme s’unit au corps, le principe (divin) qui est en elle, et qui porte le nom de noûs, n’en souffre aucune diminution, aucune altération ; il n’y a aucune hybridation intime de sa nature avec la nature corporelle. Elle ne sort pas d’elle-même pour se mêler à la matière comme en une tourbe (qui serait alors sa tombe)….

Mais alors comment ce corps, qui « participe » de l’âme par cette union, est-il agi par elle, si celle-ci est séparée de lui ? Comment s’effectue la participation de la vie corporelle à la vie de l’âme et réciproquement?

Comment l’âme éternelle et immortelle est-elle accrochée au corps corruptible et périssable ?

Aristote formule cette question ainsi : « Si l’intelligence (noûs) est simple (aploûs) et impassible (apathès) et s’il n’a rien de commun avec quoi que ce soit, au dire d’Anaxagore, comment pensera-t-il, si penser, c’est subir une certaine passion ? Car c’est en tant qu’un élément est commun à deux termes que l’un, semble-t-il, agit et que l’autre pâtit. De plus, l’intelligence est-elle elle aussi intelligible ? »

On a déjà vu qu’Aristote propose une solution intéressante, qui est de distinguer deux sortes de noûs (ou d’intelligence) dans l’âmexiv.

Jamblique commente :« L’Intelligence est l’essence supérieure à l’âme; or Aristote parle ici de l’Intelligence et non de l’Essence raisonnable. »xv
Simplicius précise ce commentaire : « Le divin Jamblique entend par Intelligence en puissance et Intelligence en acte l’Intelligence supérieure à l’âme, soit l’Intelligence participée, soit l’Intelligence imparticipable».xvi

Qu’est-ce que cette « Intelligence imparticipable » ?

Le sens de cette expression est expliqué par Proclus, qui introduit une sorte de hiérarchie descendante: « L’Intelligence a une triple puissance : il y a l’Intelligence imparticipable, distincte de tous les genres particuliers; puis l’Intelligence participable, à laquelle participent les âmes des dieux et qui leur est supérieure ; enfin, l’Intelligence qui habite dans les âmes et leur donne leur perfection. »xvii 

Quant à l’interprétation donnée par Jamblique du passage d’Aristote qui nous intéresse, elle a été longuement combattue par Simplicius: «Dans notre Commentaire sur le livre XII de la Métaphysique, en suivant les idées exposées sur ce point par Jamblique conformément à la pensée d’Aristote, nous avons longuement expliqué, comme c’en était le lieu, ce qu’est l’Intelligence séparée des âmes ; nous avons fait voir qu’elle est l’essence première et indivisible, la vie parfaite et l’acte suprême; qu’elle offre l’identité de la chose pensée, de la chose pensante et de la pensée; qu’elle possède la perpétuité, la permanence, la perfection ; qu’elle détermine toutes choses et en est la cause. Il nous reste donc maintenant à dire ce qu’est l’Intelligence participée par nos âmes : car il y a une Intelligence particulière participée par chaque âme raisonnable… Aristote parle donc ici de l’âme raisonnable, mais non de l’Intelligence participée par elle au premier degré. On peut, comme nous l’avons dit, s’élever de cette intelligence inférieure [l’âme humaine, raisonnable] à cette Intelligence participée, dont la condition diffère de celle de l’âme : car l’âme, ayant son essence et sa vie déterminées par l’Intelligence participée, change et demeure tout à la fois, descend vers les choses du second degré et remonte à l’essence pure et séparée de la matière, tandis que l’Intelligence participée, demeurant toujours ce qu’elle est, détermine les divers états de l’âme; c’est ainsi que la puissance de la Nature, qui détermine les choses engendrées, peut, tout en restant indivisible et en demeurant ce qu’elle est, déterminer les choses divisibles et changeantes. ‘Mais, dit-il [dit Jamblique], l’Intelligence est l’essence supérieure à l’âme; or, Aristote parle ici de l’Intelligence et non de l’Essence raisonnable.’ Comment admettre cependant qu’Aristote, dans son Traité de l’Âme, ne parle point de la Raison, qui est la plus haute faculté de l’âme ?… Aristote appelle proprement Intelligence la Raison qui appartient à l’âme, parce que la Raison est immédiatement déterminée par l’Intelligence; il la regarde comme une faculté précieuse, parce qu’elle ne considère pas les choses sensibles en tant que sensibles, mais qu’elle contemple, soit les formes des choses sensibles en tant qu’elles peuvent être connues dans leur essence, soit les formes qui subsistent dans l’essence rationnelle, ou bien s’élève par elles aux formes intelligibles. Alors la Raison devient l’Intelligence en acte : car elle connaît les choses intelligibles et non les choses sensibles en tant que sensibles, telles que les perçoit la sensation ; dans ce dernier cas, elle est seulement l’Intelligence en puissance… Considérons maintenant comment nous pourrons concilier notre opinion avec celle du divin Jamblique, qui par Intelligence en puissance et Intelligence en acte entend l’Intelligence supérieure à l’âme, soit l’Intelligente qui détermine l’âme [l’Intelligence participée], soit l’Intelligence imparticipable, tandis que nous croyons que, dans la pensée d’Aristote, l’Intelligence en puissance et l’Intelligence en acte appartiennent à l’essence de l’âme, comme nous l’avons longuement expliqué ci-dessus en nous servant des termes mêmes d’Aristote. Nous ne voudrions pas contredire Jamblique : nous tâcherons donc de concilier, autant que nous le pourrons, son opinion avec la nôtre, etc. »xviii

Le passage d’Aristote dont Simplicius discute ici le sens est en réalité assez ambigu. Le fait est qu’il a donné lieu à des interprétations fort diverses; on en trouvera l’énumération dans Jean Philoponxix.

Selon les avis des commentateurs ultérieurs, l’opinion de Jamblique parait conforme à celle d’Alexandre d’Aphrodisie, et l’opinion de Simplicius se rapproche de celles de Plotin et de Plutarque d’Athènes…

Mais revenons à l’interprétation de Jamblique.

Selon lui, la vie du corps se nourrit de deux apports, venant de deux directions différentes.

D’un côté, la vie corporelle est « enlacée » à la matière, qui la soutient et la supporte.

D’un autre côté, il y a sans doute une autre forme d’« enlacement » entre la vie corporelle et la vie de l’âme.

« Lorsqu’enfin [ l’âme ] est arrivée dans le corps, ni elle-même ne pâtit ni les concepts qu’elle donne au corps ; car ceux-ci également sont des formes simples et, d’une même espèce, n’admettant aucun trouble, aucune sortie d’elles-mêmes. (…) Ce qui participe de l’âme pâtit et n’a pas d’une façon absolue la vie et l’être, mais est enlacé à l’indéfini et à l’altérité de la matière… »xx

Le mot « enlacement » est la métaphore choisie par Jamblique pour tenter d’expliquer le paradoxe de l’union de deux essences si différentes, l’une divine, l’autre animale.

On pourrait employer aussi des métaphores comme « embrassade » ou « étreinte ».

Mais peut-il y avoir entre l’âme et le corps un contact sans altération, un effleurement sans pénétration ?

Il faut peut-être revenir aux métaphores initiales, dont les néo-platoniciens se sont nourris, celles décrites dans le Timée du divin Platon, qui décrit trois sortes d’âmes.

« Il est en nous trois sortes d’âme, ayant leurs trois demeures distinctes, et chacune se trouve avoir ses mouvements. »xxi

Le Dieu « constitua cet Univers : Vivant unique qui contient en soi tous les vivants, mortels et immortels. Et des êtres divins, lui-même se fit l’ouvrier ; des mortels, il confia la genèse à ses propres enfants et en fit leur ouvrage. Eux donc, imitant leur Auteur, reçurent de lui le principe immortel de l’âme ; après quoi, ils se mirent à tourner pour elle un corps mortel, ils lui donnèrent pour véhicule ce corps tout entier, et y édifièrent en outre une autre espèce d’âme, celle qui est mortelle. Celle-ci porte en elle des passions redoutables et inévitables. »xxii

L’âme a part au courage, elle est avide de dominer, et se loge entre le diaphragme et le cou, mais elle est docile à la raison, et elle est en mesure de contenir la force des appétits. Mais il y a aussi en elle la source de ces désirs et de ces appétits.

Il y a aussi le cœur, qui est la source du sang, et qui tient la garde vitale.

Et enfin le foie, organe de la divination.

La divination relève de l’« enthousiasme », ἐνθουσιασμός (enthousiasmós) qui signifiait à l’origine inspiration ou possession par le divin ou par la présence du Dieu.

C’est aussi le propre de la transe de permettre l’accès à ces états si spéciaux de l’esprit, qu’aujourd’hui encore, on tente de cerner, avec l’aide des neurosciences et de leurs techniques d’imagerie.

Platon emploie le mot de « transe », mais distingue nettement l’état de la transe de l’état subséquent de l’analyse par la raison des visions reçues. Et c’est à cette nécessaire analyse et interprétation raisonnée qu’il donne la primauté.

« Nul homme, dans son bon sens, n’atteint à une divination inspirée et véridique, mais il faut que l’activité de son jugement soit entravée par le sommeil ou la maladie, ou déviée par quelque espèce d’enthousiasme. Au contraire, c’est à l’homme en pleine raison de rassembler dans son esprit, après se les être rappelées, les paroles prononcées dans le rêve ou dans la veille par la puissance divinatoire qui remplit d’enthousiasme, ainsi que les visions qu’elle a fait voir ; de les discuter toutes par le raisonnement pour en dégager ce qu’elles peuvent signifier, et pour qui, dans l’avenir, le passé ou le présent, de mauvais ou de bon. Quant à celui qui a été à l’état de ‘transe’ et qui y demeure encore, ce n’est pas son rôle de juger de ce qui lui est apparu ou a été proféré par lui ; mais il dit bien, le vieux dicton : ‘faire ce qui est de lui, et soi-même se connaître, au bien sensé seul il convient’.»xxiii

L’important c’est qu’il y a là un indice précieux des capacités de l’homme à communiquer (en un sens) avec le divin.

« C’est un fait que, des biens qui nous échoient, les plus grands sont ceux qui nous viennent par le moyen d’un délire, dont assurément nous sommes dotés par un don divin. »xxiv

« Le délire est une belle chose toutes les fois qu’il est l’effet d’une dispensation divine. »xxv

L’âme raisonnable est donc un « daimon », c’est un génie protecteur que Dieu a donné à chacun. Elle est un principe qui habite en nous , au sommet du corps, et qui nous élève vers le ciel, « car nous sommes une plante non pas terrestre mais céleste. Et nous avons bien raison de le dire : c’est là haut, en effet, d’où est venue notre âme à sa première naissance, que ce principe divin accroche notre tête, qui est comme notre racine, pour dresser tout notre corps »xxvi.

On a vu employée la métaphore de l’enlacement. Voici celle de l’accroche.

Plus belle encore, s’il est possible, il y a celle de la conversation du Soi avec le Soi, à laquelle semble-t-il nous sommes aussi conviés….

« Dans leur unité, [les causes premières] embrassent en elles-mêmes l’ensemble des êtres. (…) littéralement, le divin même s’entretient avec lui-même. »xxvii

___________________

i« Notre nature a de son fonds la connaissance innée des dieux, supérieure à toute critique et à toute option, et antérieure au raisonnement et à la démonstration. (…) A dire vrai, ce n’est pas même une connaissance que le contact avec la divinité. Car la connaissance est séparée [de son objet] par une sorte d’altérité. Or, antérieurement à celle qui connaît un autre comme étant elle-même autre, spontanée est l’étreinte multiforme qui nous a suspendus aux dieux. (…) car nous sommes plutôt enveloppés de la présence divine ; c’est elle qui fait notre plénitude et nous tenons notre être même de la science des dieux. » Jamblique. Les mystères d’Égypte. I, 3. Traduit du grec par Édouard des Places. Les Belles Lettres. 1993, p.5

iiCicéron a employé le mot conscientia pour définir le sentiment par lequel on juge de la moralité de ses actions. Mais il s’agit là d’un aspect spécifique de la conscience en acte – le sentiment moral, la « bonne ou la mauvaise conscience » –, et non de l’appréhension de la conscience en tant que telle, de son « ipséité », de son caractère absolument unique et singulier.

iiiPlaton, La République, livre X, 614 b – 621 d

ivPlaton, La République, livre X, 617 d-e

vPlaton, La République, livre X, 619 b

viPlaton, Lois, X 899 b. Traduit du grec par Léon Robin. Éditions de la Pléiade, Gallimard, 1950, p. 1026

viiPlaton, Epinomis, 991 d, Traduit du grec par Léon Robin. Éditions de la Pléiade, Gallimard, 1950, p. 1162

viiiAristote, De l’âme III, 5, 430a

ixAristote, De l’âme III, 3, 427a

xAristote, De l’âme III, 3, 429a

xiAristote, De l’âme I, 5, 411a-b

xiiAristote, De l’Âme, III, 2, 425b

xiiiSimplicius. Commentaire sur le Traité de l’Âme, f. 52, éd. d’Alde.

xivAristote, De l’âme III, 5, 430a

xvFragment cité par Simplicius, Comm. sur le Traité de l’Âme, f. 62, éd. d’Alde.

xviSimplicius, ibid., f. 88.

xviiComm. sur l’Alcibiade, t. II, p. 178, éd. Cousin

xviiiComm. du Traité de l’Âme, f. 61, 62, 88, éd. d’Alde.

xixComm. sur le Traité de l’Âme, III, s 50

xx Jamblique. Les mystères d’Égypte. I, 10. Traduit du grec par Édouard des Places. Les Belles Lettres. 1993, p.25

xxiTimée 89 e

xxiiTimée, 69c

xxiiiTimée 71e-72a

xxivPhèdre 244 a

xxvPhèdre 244 c

xxviTimée 90 a

xxviiJamblique. Les mystères d’Égypte. I, 15. Traduit du grec par Édouard des Places. Les Belles Lettres. 1993, p.33

West does not meet East, does it?


« Raimon Panikkar »

For more than two centuries, the West has produced a small but highly committed phalanx of Indianists, Sanskritists and Veda specialists. Their translations, commentaries, reviews, and scholarly theses are generally of good quality and show a high level of scholarship. The specialized departments of some Western universities have been able to promote, year after year, excellent contributions to the knowledge of the enormous mass of documents and texts, Vedic and post-Vedic, belonging to a tradition whose origins go back more than four thousand years.

One is quickly struck, however, by the dazzling diversity of the points of view expressed by these specialists on the deep meaning and the very nature of the Veda. One is surprised by the remarkable differences in the interpretations provided, and in the end, in spite of a smooth harmony of facade, by their incompatibility and their irreconcilable cacophony.

To give a quick idea of the spectrum of opinions, I would like to briefly quote some of the best experts on Vedic India.

Of course, if one wanted to be complete, one would have to make a systematic review of all the research in indology since the beginning of the 19th century, to determine the structural biases, the interpretative flaws, the blindness and the cultural deafness…

I will limit myself to just touching on the issue by evoking a few significant works by well-known specialists: Émile Burnouf, Sylvain Lévi, Henri Hubert, Marcel Mauss, Louis Renou, Frits Staal, Charles Malamoud, Raimon Panikkar.

The following ideas will be found there in a jumble, – surprisingly eclectic and contradictory:

Vāk is the Logos. Or: The Vedic Word (Vāk) is equivalent to the Greek Logos and the Johannine Word.

-The Veda (a.k.a. the « Aryan Bible ») is « coarse » and comes from « semi-savage » people.

-God’s sacrifice is only a « social fact ».

-The Veda got lost in India quite early on.

-The rites (and especially Vedic rites) have no meaning.

-The sacrifice represents the union of the Male and Female.

-Sacrifice is the Navel of the Universe.

Émile Burnoufi: Vāk is the Logos

Active in the second half of the 19th century, Émile Burnouf asserted that the Vedic Aryâs had a very clear awareness of the value of their cult, and of their role in this respect. « Vedic poets state that they themselves created the gods: ‘The ancestors shaped the forms of the gods, as the worker shapes iron’ (Vāmadéva II,108), and that without the Hymn, the deities of heaven and earth would not be. » ii

The Vedic Hymn « increases the power of the gods, enlarges their domain and makes them reign. » iii

But the Hymn is also, par excellence, the Word (Vāk).

In the Ṛg-Veda, a famous hymniv is called « Word ».

Here are some excerpts, translated by Burnouf :

« I am wise; I am the first of those honoured by the Sacrifice.

The one I love, I make him terrible, pious, wise, enlightened.

I give birth to the Father. My dwelling is on his very head, in the midst of the waves (…)

I exist in all the worlds and I extend to the heaven.

Like the wind, I breathe in all worlds. My greatness rises above this earth, above the very heaven. »

Emile Burnouf comments and concludes:

« This is not yet the theory of the Logos, but this hymn and those that resemble it can be considered as the starting point of the theory of the Logos. » v

From Vāk to Logos! From the Veda to the Word of theGospel of John!

Multi-millenium jump, intercultural, meta-philosophical, trans-religious!

Remember that Vāk appeared at least one thousand years before the Platonic Logos and at least one thousand five hundred years before John the Evangelist used the Logos as a metaphor for the Divine Word.

Does Burnouf force the line beyond all measure?

Is this not an anachronism, or worse, a fundamental bias of an ideological nature, unduly bringing religious traditions closer together without any connection between them?

Or is it not rather a great intuition on his part?

Who will tell?

Let’s see what other indianists think about it…

Sylvain Levivi: the « Aryan Bible » is « crude ».

Curious figure that that of Sylvain Lévi, famous indologist, pupil of the Indianist Abel Bergaigne. On the one hand, he seems cheerfully to despise the Brāhmaṇas, which were nevertheless the object of his long, learned and thorough studies. On the other hand, he acknowledges a certain relative value with his lips.

Let’s judge:

« Morality has found no place in this system [of Brāhmaṇas]: the sacrifice that regulates man’s relationship with the deities is a mechanical operation that acts through its intimate energy; hidden within nature, it is only released from it through the magical action of the priest. The worried and malevolent gods are forced to surrender, defeated and subdued by the very force that gave them greatness. In spite of them, the sacrificer rises to the heavenly world and ensures himself a definitive place in it for the future: man becomes superhuman. » vii

We could ask ourselves why eminent specialists like Sylvain Lévi spend so much time and energy on a subject they denigrate, deep down inside?

Sylvain Lévi’s analysis is indeed surprising by the vigor of the attack, the vitriol of certain epithets (« coarse religion », « people of half savages »), mixed, it is true, with some more positive views:

« Sacrifice is a magical operation; the regenerating initiation is a faithful reproduction of conception, gestation and childbirth; faith is only confidence in the virtue of the rites; the passage to heaven is a step-by-step ascent; the good is ritual accuracy. Such a coarse religion supposes a people of half-wild people; but the sorcerers, the wizards or the shamans of these tribes knew how to analyze their system, to dismantle its parts, to fix its laws; they are the true fathers of the Hindu philosophy. » viii

The contempt for the « half-wild ones » is coupled with a kind of more targeted disdain for what Levi calls, with some sharp irony, the « Aryan Bible » of the Vedic religion (reminder: Levi’s text dates from 1898):

« The defenders of the Aryan Bible, who have the happy privilege of tasting the freshness and naivety of the hymns, are free to imagine a long and profound decadence of religious feeling among the poets and doctors of the Vedic religion; others will refuse to admit such a surprising evolution of beliefs and doctrines, which makes a stage of gross barbarity follow a period of exquisite delicacy. In fact it is difficult to conceive of anything more brutal and material than the theology of Brāhmaṇas; the notions that usage has slowly refined and taken on a moral aspect, surprise by their wild realism. » ix

Sylvain Levi condescends, however, to give a more positive assessment when he points out that Vedic priests also seem to recognize the existence of a « unique » divinity:

« Speculations about sacrifice not only led the Hindu genius to recognize as a fundamental dogma the existence of a unique being; they may have initiated him into the idea of transmigrations ». x

Curious word that that of transmigration, clearly anachronistic in a Vedic context… Everything happens as if the Veda (which never uses this very Buddhist word of transmigration…) had in the eyes of Levi for only true interest, for lack of intrinsic value, the fact of carrying in him the scattered germs of a Buddhism which still remained to come, more than one millennium later….

« The Brāhmaṇas ignore the multiplicity of man’s successive existences; the idea of repeated death only appears there to form a contrast with the infinite life of the inhabitants of the heaven. But the eternity of the Sacrifice is divided into infinitely numerous periods; whoever offers it kills him and each death resurrects him. The supreme Male, the Man par excellence (a.k.a. Puruṣa) dies and is reborn again and again (…) The destiny of the Male was to easily end up being the ideal type of human existence. The sacrifice made man in his own image. The « seer » who discovers by the sole force of his intelligence, without the help of the gods and often against their will, the rite or formula that ensures success, is the immediate precursor of the Buddhas and Jinas who discover, by direct intuition and spontaneous illumination, the way to salvation. » xi

The Veda, one sees it, would be hardly that one way towards the Buddha, according to Levi.

Henri Hubert and Marcel Maussxii: The divine sacrifice is only a « social fact ».

In their famous Essay on the Nature and Function of Sacrifice (1899), Henri Hubert and Marcel Mauss undertook the ambitious and perilous task of comparing various forms of sacrifice, as revealed by historical, religious, anthropological and sociological studies, affecting the whole of humanity.

Convinced that they had succeeded in formulating a « general explanation, » they thought they could affirm the « unity of the sacrificial system » across all cultures and all eras.

« It is that, in the end, under the diversity of the forms that it takes, [the sacrifice] is always made by the same process that can be used for the most different purposes. This process consists in establishing communication between the sacred and profane worlds through a victim, that is, something destroyed in the course of the ceremony. » xiii

The unity of the « sacrificial system » is revealed mainly as a « social fact », through the « sacralization of the victim » which becomes a « social thing »: « Religious notions, because they are believed, are; they exist objectively, as social facts. Sacred things, in relation to which the sacrifice functions, are social things, and that is enough to explain the sacrifice. » xiv

The study by Hubert and Mauss is based in particular on the comparative analysis of Vedic sacrifices and sacrifices among the ancient Hebrews.

These authors attempt to determine a common principle, unifying extremely diverse types of sacrifice. « In the course of religious evolution, the notion of sacrifice has joined the notions concerning the immortality of the soul. We have nothing to add on this point to the theories of Rohde, Jevons and Nutt on the Greek mysteries, whose facts quoted by M. S. Levi, borrowed from the doctrines of the Brahmanasxv and those that Bergaigne and Darmesteter had already extracted from vedicxvi and avesticxvii texts, must be compared. Let us also mention the relationship that unites Christian communion to eternal salvationxviii. (…) The characteristic feature of objective sacrifices is that the main effect of the rite is, by definition, on an object other than the sacrificer. Indeed, the sacrifice does not return to its point of departure; the things it is intended to modify are outside the sacrificer. The effect produced on the latter is thus secondary. It is the central phase, the sacrifice, which tends to take up the most space. It is above all a question of creating spirit. » xix

This principle of unity takes all its resonance with the sacrifice of the god.

« The types of sacrifice of the god that we have just reviewed are realized in concreto and gathered together in one and the same Hindu rite: the sacrifice of soma. We can see first of all what a true sacrifice of the god is in the ritual. We cannot expose here how Soma god is confused with the soma plant, how he is really present there, nor can we describe the ceremonies in the middle of which he is brought and received at the place of the sacrifice. One carries him on a bulwark, worships him, then presses him and kills him. » xx

The « sacrifice of the god », whatever its possible metaphysical scope, which is absolutely out of the question here, is never really a « social fact » …

Louis Renouxxi: The Veda was lost in India early on.

Louis Renou emphasizes in his Vedic Studies what he considers to be a « striking paradox » about the Veda.

« On the one hand, we revere him, we recognize in him an omniscient, infallible, eternal principle – something like God in the form of « Knowledge », a God made Book (Bible), an Indian Logos – one refers to him as the very source of Dharma, theauthority from which all Brahmanic disciplines are derived. And on the other hand, the traditions, let us say philological traditions, relating to the Veda, the very substance of the texts that compose it, all this has been weakened early on, if not altered or lost. » xxii

In fact, Renou shows that the sharpest enemies of the Veda proliferated very early on in India itself. For example, he lists the « anti-Vedic attitudes » of the Jainas, the Ājīvika and the Buddhists, the « semi-Vedic tendencies » of the Viṣṇuïtes and the Śivaïtes, or the « a-Vedic » positions of the Śākta and the Tāntrika. Renou reminds us that Rāmakrisna has taught: « Truth is not in the Vedas; one must act according to the Tantras, not according to the Vedas; the latter are impure by the very fact that they are pronounced, etc…. « xxiiiand that Tukārām said: « Pride is born from the repetition of the syllables of the Vedaxxiv.

It was with the appearance of the Tantras that the Vedic period came to an end, » explains Renou. It accelerated with a general reaction of Indian society against the ancient Vedic culture, and with the development of popular religiosity that had been bullied by the Vedic cults, as well as with the appearance of Viṣṇuïsme and Śivaïsme and the development of anti-ritualistic and ascetic practices.

The end of the Veda seems to be explained by root causes. From time immemorial it was entrusted to the oral memory of Brahmins, apparently more expert at memorizing its pronunciation and rhythm of cantillation as faithfully as possible than at knowing its meaning or perfecting its interpretations.

Hence this final judgment, in the form of a condemnation: « The Vedic representations ceased early on to be a ferment of Indian religiosity, it no longer recognized itself there where it remained faithful to them. » xxv

From then on, the Vedic world is nothing more than a « distant object, delivered to the vagaries of an adoration deprived of its textual substance. »

And Renou concludes with a touch of fatalism:

« This is a fairly common fate for the great sacred texts that are the foundations of religions. » xxvi

Frits Staalxxvii: Vedic rites make no sense

Frits Staal has a simple and devastating theory: the rite makes no sense. It is meaningless.

What is important in the ritual is what one does, – not what one thinks, believes or says. Ritual has no intrinsic meaning, purpose or finality. It is its own purpose. « In ritual activity, the rules count, but not the result. In ordinary activity, it is the opposite. » xxviii

Staal gives the example of the Jewish ritual of the « red cow »xxix, which surprised Solomon himself, and which was considered the classic example of a divine commandment for which no rational explanation could be given.

Animals also have ‘rituals’, such as ‘aspersion’, and yet they don’t have a language, » explains Staal.

The rites, however, are charged with a language of their own, but it is a language that does not strictly speaking convey any meaning, it is only a « structure » allowing the ritual actions to be memorized and linked together.

The existence of rituals goes back to the dawn of time, long before the creation of structured languages, syntax and grammar. Hence the idea that the very existence of syntax could come from ritual.

The absence of meaning of the rite sees its corollary in the absence of meaning (or the radical contingency) of the syntax.

Frits Staal applies this general intuition to the rites of the Veda. He notes the extreme ritualization of Yajurveda and Samaveda. In the chants of Samaveda, there is a great variety of seemingly meaningless sounds, extended series of O’s, sometimes ending in M’s, which evoke the mantra OM.

Staal then opens up another avenue for reflection. He notes that the effect of certain psychoactive powers, such as those associated with the ritual consumption of soma, is somewhat analogous to the effects of singing, recitation and psalmody, which involve rigorous breath control. This type of effect that can rightly be called psychosomatic even extends to silent meditation, as recommended by Upaniṣad and Buddhism.

For example, controlled inhalation and exhalation practices in highly ritualized breathing exercises can help explain how the ingestion of a psychoactive substance can also become a ritual.

In a previous article I mentioned the fact that many animals enjoy consuming psychoactive plants. Similarly, it can be noted that in many animal species we find some kind of ritualized practices.

There would thus be a possible link to underline between these animal practices, which apparently have no « meaning », and highly ritualized human practices such as those observed in the great sacrificial rites of the Veda.

Hence this hypothesis, which I will try to explore in a future article : the ingestion of certain plants, the obsessive observation of rites and the penetration of religious beliefs have a common point, that of being able to generate psychoactive effects.

However, animals are also capable of experiencing some similar effects.

There is here an avenue for a more fundamental reflection on the very structure of the universe, its intimate harmony and its capacity to produce resonances, especially with the living world. The existence of these resonances is particularly salient in the animal world.

Without doubt, it is also these resonances that are at theorigin of the phenomenon (certainly not reserved to Man) of « consciousness ».

Apparently « meaningless » rites have at least this immense advantage that they are able to generate more « consciousness » .

I would like to add that this line of research opens up unimaginable perspectives, by the amplitude and universality of its implications, at various levels of « life », and from cosmology to anthropology…

Charles Malamoudxxx : Sacrifice is the union of Male and Female.

By a marked and even radical contrast with the already exposed positions of Sylvain Lévi, Charles Malamoud places the Veda at the pinnacle. The Veda is no longer a « grossly barbaric » or « half-wild » paganism, it is in his eyes a « monotheism », not only « authentic », but the « most authentic » monotheism that is, far above Judaism or Christianity !

« The Veda is not polytheism, or even ‘henotheism’, as Max Müller thought. It is the most authentic of monotheisms. And it is infinitely older than the monotheisms taught by the religions of the Book. » xxxi

Once this overall compliment has been made, Charles Malamoud in turn tackles the crux of the matter, the question of Vedic sacrifice, its meaning and nature.

On the one hand, « the rite is routine, and repetition, and it is perhaps a prison for the mind »xxxii. On the other hand, « the rite is to itself its own transcendence »xxxiii. This is tantamount to saying that it is the rite alone that really matters, despite appearances, and not the belief or mythology it is supposed to embody….

« The rites become gods, the mythological god is threatened to be erased and only remains if he manages to be recreated by the rite. Rites can do without gods, gods are nothing without rites. » xxxiv

This position corresponds indeed to the fundamental (and founding) thesis of the Veda, according to which the Sacrifice is the supreme God himself (Prajāpati), and conversely, God is the Sacrifice.

But Charles Malamoud is not primarily interested in the profound metaphysical implications of this double identification of Prajāpati with the Sacrifice.

The question that interests him, more prosaically, is of a completely different nature: « What is the sex of the Sacrifice? » xxxv, he asks …

And the answer comes, perfectly clear:

« The Vedic sacrifice, when assimilated to a body, is unquestionably and superlatively a male. » xxxvi

This is evidenced by the fact, according to Malamoud, that the sequences of the « accompanying offerings », which are in a way « appendages » of the main offering, called anuyajā, are compared to penises (śiśna). The texts even glorify the fact that the Sacrifice has three penises, while the man has only one. xxxvii

Of the « male » body of the sacrifice, the « female » partner is the Word.

Malamoud cites a significant passage from Brāhmaṇas.

« The Sacrifice was taken from desire for the Word. He thought, ‘Ah, how I would like to make love with her! and he joined with her. Indra thought, ‘Surely a prodigious being will be born from this union between the Sacrifice and the Word, and that being will be stronger than I am! Indra became an embryo and slipped into the embrace of the Sacrifice and the Word (…) He grasped the womb of the Word, squeezed it tightly, tore it up and placed it on the head of the Sacrifice. » xxxviii

Malamoud qualifies this very strange scene as « anticipated incest » on the part of Indra, apparently wishing to make the Sacrifice and the Word her surrogate parents…

For us  » westerners « , we seem to be confronted here with a real « primitive scene », in the manner of Freud… All that is missing is the murder…

And yet, murder is not far away.

Crushing soma stems with stones is explicitly considered in Vedic texts as « murder, » Malamoud insists.

« Killing » soma stems may seem like an elaborate metaphor.

It is however the Vedic metaphor par excellence, that of the « sacrifice of God », in this case the sacrifice of the God Soma. The divinized Soma is seen as a victim who is immolated, who is put to death by crushing with stones, which implies a « fragmentation » of his « body », and the flow of his substance, then collected to form the essential basis of the oblation?

This idea of sacrificial « murder » is not limited to soma. It also applies to the sacrifice itself, taken as a whole.

Sacrifice is seen as a « body », subject to fragmentation, dilaceration, dismemberment?

« The Vedic texts say that one kills the sacrifice itself as soon as one deploys it. That is to say, when we move from the sacrificial project, which as a project forms a whole, to its enactment, we fragment it into distinct temporal sequences and kill it. The pebbles praised in this hymn Ṛg-Veda X 94 are the instruments of this murder. » xxxix

If the Word makes a couple with the Sacrifice, it can also make a couple with the Silence, as Malamoud explains: « there is an affinity between silence and sperm: the emission of sperm (netasaḥ siktiḥ) is done silently. » xl

A lesson is drawn from this observation for the manner of performing the rite, – with a mixture of words, murmurs and silences :

« Such a soma extraction must be performed with inaudible recitation of the formula, because it symbolizes the sperm that spreads in a womb »xli.

The metaphor is explicit: it is a question of « pouring the Breath-Sperm into the Word-Matrix ». Malamoud specifies: « In practice, to fecundate the Word by the Breath-Sperm-Silence, this means dividing the same rite into two successive phases: one involving recitation of texts aloud, the other inaudible recitation. » xlii

All this is generalizable. The metaphor of the male/female distinction applies to the gods themselves.

« Agni himself is feminine, he is properly a womb when, at the time of the sacrifice, one pours into the oblatory fire, this sperm to which the soma liquor is assimilated. » xliii

Permanence and universality of the metaphor of copulation, in the Veda… according to Malamoud.

Raimon Panikkarxliv : Sacrifice is the navel of the universe

Panikkar says that only one word expresses the quintessence of Vedic revelation: yajña, sacrifice.

Sacrifice is the primordial act, the Act which makes beings be, and which is therefore responsible for their becoming, without the need to invoke the hypothesis of a previous Being from which they would come. In the beginning, « was » the Sacrifice. The beginning, therefore, was neither the Being nor the Non-Being, neither the Full nor the Empty.

The Sacrifice not only gives its Being to the world, but also sustains it. The Sacrifice is what sustains the universe in its Being, what gives life and hope to life. « Sacrifice is the internal dynamism of the Universe.» xlv

From this idea another, even more fundamental, follows: that the Creator God depends in reality on his own Creation.

« The supreme being is not God by himself, but by creatures. In reality he is never alone. He is a relation and belongs to reality. »xlvi

« The Gods do not exist autonomously; they exist in, with, above, and also through men. Their supreme sacrifice is man, the primordial man. (…) Man is the priest but also the sacrificed; the Gods, in their role as primary agents of sacrifice, offer their oblation with man. Man is not only the cosmic priest; he is also the cosmic victim. »xlvii

The Veda describes Creation as resulting from the Sacrifice of God (devayajña), and the self-immolation of the Creator. It is only because Prajāpati totally sacrifices itself that it can give Creation its own Self.

In doing so, the Divine Sacrifice becomes the central paradigm (or « navel ») of the universe:

« This sacred enclosure is the beginning of the earth; this sacrifice is the center of the world. This soma isthe seed of the fertile horse. This priest is the first patron of the word. » xlviii

The commentator writes:

« Everything that exists, whatever it is, is made to participate in the sacrifice. » xlix

« Truly, both Gods and men and Fathers drink together, and this is their banquet. Once they drank openly, but now they drink hidden.»

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The competence of the Indian and Sanskritist scholars cited here is not in question.

The display of their divergences, far from diminishing them, increases in my eyes especially the high idea I have of their analytical and interpretative capacities.

But no doubt the reader will not have escaped the kind of dull irony I have tried to instil through the choice of accumulated quotations.

It seemed to me that the West still has a long way to go to begin to « understand » the East (– here the Vedic Orient).

It so happens that sometimes, in reading some Vedic texts (for example the hymns of the 10th Mandala of Ṛg Veda, and some Upaniṣad), I feel some sort of deep resonances with thinkers and poets who lived several thousands of years ago.

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iEmile Burnouf. Essay on the Veda. Ed. Dezobry, Tandou et Cie, Paris, 1863.

iiEmile Burnouf. Essay on the Veda. Ed. Dezobry, Tandou et Cie, Paris, 1863. p.113

iiiEmile Burnouf. Essay on the Veda. Ed. Dezobry, Tandou et Cie, Paris, 1863. p.112

ivRV iV,415

vEmile Burnouf. Essay on the Veda. Ed. Dezobry, Tandou et Cie, Paris, 1863. p.115

viSylvain Lévi. The doctrine of sacrifice in the Brāhmanas. Ed. Ernest Leroux.1898.

viiSylvain Lévi. The doctrine of sacrifice in the Brāhmanas. Ed. Ernest Leroux.1898.p. 9

viiiSylvain Lévi. The doctrine of sacrifice in the Brāhmanas. Ed. Ernest Leroux.1898.p. 10

ixSylvain Lévi. The doctrine of sacrifice in the Brāhmanas. Ed. Ernest Leroux.1898.p. 9

xSylvain Lévi. The doctrine of sacrifice in the Brāhmanas. Ed. Ernest Leroux.1898. p.10-11

xiSylvain Lévi. The doctrine of sacrifice in the Brāhmanas. Ed. Ernest Leroux.1898. p.11

xiiHenri Hubert and Marcel Mauss. Mixed history of religions. From some results of religious sociology; Sacrifice; The origin of magical powers; The representation of time. Collection: Works of the Sociological Year. Paris: Librairie Félix Alcan, 1929, 2nd edition, 236 pages.

xiiiHenri Hubert and Marcel Mauss. Essay on the nature and function of sacrifice. Article published in the review Année sociologique, tome II, 1899, p.76

xivHenri Hubert and Marcel Mauss. Essay on the nature and function of sacrifice. Article published in the review Année sociologique, tome II, 1899, p.78

xvDoctr, pp. 93-95. We absolutely agree with the rapprochement proposed by M. L., between the Brahmanic theory of escape from death by sacrifice and the Buddhist theory of moksà, of deliverance. Cf. Oldenberg, The Buddha, p. 40.

xviVoir Bergaigne, Rel. Véd., sur l’amrtam « essence immortelle » que confère le scma (I, p. 254 suiv., etc.). Mais là, comme dans le livre de M. Hillebr. Ved. Myth., I, p. 289 et sqq. passim, les interprétations de mythologie pure ont un peu envahi les explications des textes. V. Kuhn, Herabkunft des Feuers und des Göttertranks. Cf. Roscher, Nektar und Ambrosia.

xviiCf. Darmesteter, Haurvetât et Amretât, p. 16, p. 41.

xviiiBoth in dogma (e.g. Irenaeus Ad Haer. IV, 4, 8, 5) and in the most well-known rites; thus the consecration of the host is done by a formula in which the effect of the sacrifice on salvation is mentioned, V. Magani l’Antica Liturgia Romana II, p. 268, etc., etc. – One could also relate to these facts the Talmudic Aggada according to which the tribes who have disappeared in the desert and who have not sacrificed will not have a share in eternal life (Gem. to Sanhedrin, X, 4, 5 and 6 in. Talm. J.), nor the people of a city which has become forbidden for having indulged in idolatry, nor Cora the ungodly. This talmudic passage is based on the verse Ps. L, 5: « Bring me together my righteous who have made a covenant with me by sacrifice. »

xixHenri Hubert and Marcel Mauss. Essay on the nature and function of sacrifice. Article published in the review Année sociologique, tome II, 1899, p.55-56.

xxHenri Hubert and Marcel Mauss. Essay on the nature and function of sacrifice. Article published in the review Année sociologique, tome II, 1899, p.72-73

xxiLouis Renou. The fate of the Veda in India. Vedic and Paninean studies. Volume 6. Ed. de Boccard. Paris. 1960

xxiiLouis Renou. The fate of the Veda in India. Vedic and Paninean studies. Volume 6. Ed. de Boccard. Paris. 1960, p.1

xxiiiThe teaching of Ramakrisna. p. 467, cited in Louis Renou. The fate of the Veda in India. Vedic and Paninean studies. Tome 6. Ed. de Boccard. Paris. 1960, p4.

xxivTrad. of the Pilgrim’s Psalms by G.-A. Deleury p.17

xxvLouis Renou. The fate of the Veda in India. Vedic and Paninean studies. Volume 6. Ed. de Boccard. Paris. 1960, p.77

xxviIbid.

xxviiFrits Staal. Rituals and Mantras. Rules without meaning. Motilar Banasidarss Publishers. Delhi,1996

xxviiiFrits Staal. Rituals and Mantras. Rules without meaning. Motilar Banasidarss Publishers. Delhi,1996, p.8

xxixNo. 19, 1-22

xxxCharles Malamoud. The dance of the stones. Studies on the sacrificial scene in ancient India. Seuil. 2005.

xxxiCharles Malamoud. The dance of the stones. Studies on the sacrificial scene in ancient India. Seuil. 2005. p.109

xxxiiCharles Malamoud. The dance of the stones. Studies on the sacrificial scene in ancient India. Seuil. 2005. p.45

xxxiiiCharles Malamoud. The dance of the stones. Studies on the sacrificial scene in ancient India. Seuil. 2005. p.45

xxxivCharles Malamoud. The dance of the stones. Studies on the sacrificial scene in ancient India. Seuil. 2005. p.58

xxxvCharles Malamoud. The dance of the stones. Studies on the sacrificial scene in ancient India. Seuil. 2005. p.62

xxxviCharles Malamoud. The dance of the stones. Studies on the sacrificial scene in ancient India. Seuil. 2005. p.64

xxxviiSB XI,1,6,31

xxxviiiSB III,2,1,25-28, cited in Charles Malamoud. The dance of the stones. Studies on the sacrificial scene in ancient India. Seuil. 2005. p.55

xxxixCharles Malamoud. The dance of the stones. Studies on the sacrificial scene in ancient India. Seuil. 2005. p.146

xlCharles Malamoud. The dance of the stones. Studies on the sacrificial scene in ancient India. Seuil. 2005. p.74

xliCharles Malamoud. The dance of the stones. Studies on the sacrificial scene in ancient India. Seuil. 2005. p.74

xliiCharles Malamoud. The dance of the stones. Studies on the sacrificial scene in ancient India. Seuil. 2005. p.74

xliiiCharles Malamoud. The dance of the stones. Studies on the sacrificial scene in ancient India. Seuil. 2005. p.78

xlivRaimon Panikkar. I Veda. Mantra mañjari. Ed. Bur Rizzali, 2001

xlvRaimon Panikkar. I Veda. Mantra mañjari. Bur Rizzali, ed. 2001, p. 472.

xlviRaimon Panikkar. I Veda. Mantra mañjari. Bur Rizzali, ed. 2001, p. 472.

xlviiRaimon Panikkar. I Veda. Mantra mañjari. Bur Rizzali, ed. 2001, p. 480.

xlviiiRV I,164.35

xlixSB III,6,2,26

Sloth’s Metaphysics


The Sloth (a.k.a. Bradypus) has three toes and eighteen teeth (all molars). His neck has nine vertebrae, which allows him to turn his head through an angle of 270°.

He is covered with greenish hairs and green algae, teeming with symbiotic vermin and cyanobacteria. He defecates at the foot of the trees once a week and then sheds a little less than half his weight in one go. He moves extremely slowly and mates only once every two years. But most of the time he sleeps. Then he dreams, a lot. About what?

In fact, this singular monkey is perpetually « addicted » to the alkaloids that the surrounding forest provides in abundance, and of which he consumes without measure.

He is far from being the only animal under such addiction…

There is nothing exceptional about the Slothinthis respect. Many other kinds of animals are actively looking for chemically active substances that are suitable for them. In Gabon, elephants, gorillas, and many varieties of birds eat iboga, which is a hallucinogen. In Canada, reindeers love mushrooms such as fly agaric (Amanita muscaria), which are also hallucinogenic.

In fact, the whole Noah’s Ark seems to be « addicted » to this or that specific substance…

The skull-headed sphinx butterfly cannot live without Datura and Atropa belladona, the puma shoots up on Grey Quinquina, mouflons seek their daily doses of psychotropic lichens, elephants in sub-Sahelian Africa demand their marula nuts, chimpanzees their nicotine, and cats seek ecstasy in their catnip (Nepeta cataria). Finally, the spectacular impact of LSD on snails and goldfish was tested. It was induced that they also need to dream, and have a certain capacity to get out of their « natural » condition…

Where does it all come from? From certain effects of the chemistry of alkaloids plants on various neurotransmitters (universally deployed in the animal kingdom) .

Alkaloids are nitrogen-based molecules, derived from amino acids, found in many plants and fungi.

These molecules can have various effects, tonic, emetic, stimulating, doping, calming, sleeping, on all kinds of animals.

And for millennia, men have been able to observe on themselves that some of these molecules could have powerful psychotropic and psychoactive properties.

Morphine was the first alkaloid to be chemically isolated (in 1805) from the opium poppy, but the list of alkaloids is long and varied: curare, mescaline, caffeine, nicotine, atropine, aconitine, strychnine, lysergic acid …

Given the Sloth‘s apparent addiction to alkaloids, a question comes to mind: is he really dreaming? And if so, to what? What is it about his brain that the alkaloids can make him spend his entire life perched in trees, carefree of jaguars, deeply asleep, and probably endlessly dreaming monkey dreams?

This question can be generalized. Why does the animal world seem so diversely and actively addicted to alkaloids?

A beginning of an answer can be suggested from the human experience itself. Since the most ancient times, men have understood the power of some of these psychotropic substances, and have explored their effects, notably during initiation ceremonies, or shamanic rites.

Ayahuasca (« liana of the spirits », or « wine of the dead », or « wine of the soul » according to different translations of this name from Quechua), is traditionally used by the shamans of the Amerindian tribes of Amazonia as a hallucinogenic drink, during healing, divination and witchcraft rituals.

Its active principle is DMT (N,N-Dimethyltryptamine), which has been said to allow one to emerge in an « other reality », which is a kind of euphemism.

In this new reality, one is radically separated from any experience usually known in the world of the living, on this earth. And one may access a world that is unspeakable of, at least according to those who can speak about it knowingly.

In the most extreme cases that have been identified, this « other reality » can only be discovered through the famous « Near Death Experiences » (NDEs).

In an upcoming article, I will discuss the results of several recent studies on the links between DMT and NDEs, conducted at the Centre for Psychiatry at Imperial College London and the Coma Science Group at the University of Liège.

In particular, I will focus on the link between DMT and the pineal gland, which the ancient Egyptians called the « eye of Horus », and which Descartes designated as the seat of the soul…

But before addressing these questions, I would like to return for a moment to the experience of the Slothand other animals, who, through the magic of alkaloids, have been transported for millions of years into a world whose breadth, depth and power they have absolutely no way of understanding, but which they continue to explore day after day, with their own means.

If man is today able to explore shamanic visions or to undergo NDE, it is perhaps because the entire animal kingdom has prepared the ground in some way, by accumulating, since extremely remote ages, an immense reservoir of experiences, and that a part of this animal, biological heritage has been transmitted to man through mutations and evolutions.

And this evolution is far from over…

But it is already possible, it seems to me, to draw some interesting lessons from it today.