« Cette crainte qui est au milieu de l’Occident »

Cela vaut la peine de le répéter tant les temps sont sourds. L’Égypte ancienne est une manne d’idées stimulantes pour qui s’intéresse au fait religieux, dans son universalité, dans son humanité.

La mort est le moment clé. Celui où s’opère la transformation en l’âme ba, c’est-à-dire le principe divin de Rê.

Ce principe a été identifié au « bélier divin de Mendès, ville où se fait l’union mystique des deux âmes de Rê et d’Osiris », par Si Ratié, qui a publié en 1968 le Papyrus de Naferoubenef, qui en témoigne.

Il s’agit de transformer l’âme en Horus d’or, cet Horus dont la chair est d’or, et les os d’argent, et qui permet à toute âme de réaliser une mutation divine et royale.

Voici un extrait de ce Papyrus, dont l’origine spirituelle remonte à plus de cinq millénaires.

« Salut à toi qui est dans la nécropole sainte de Rosetau; je te connais, je connais ton nom. Délivre-moi de ces serpents qui sont dans Rosetau, qui vivent de la chair des humains, qui avalent leur sang, car moi je les connais, je connais leurs noms. Que le premier ordre d’Osiris, Seigneur de l’Univers, mystérieux en ce qu’il fait, soit de me donner le souffle dans cette crainte qui est au milieu de l’Occident ; qu’il ne cesse d’ordonner les directives selon ce qui a existé, lui qui est mystérieux au sein des ténèbres. Que la gloire lui soit donnée dans Rosetau ! Maître de l’obscurité, qui descend et qui ordonne les nourritures dans l’Occident ! On entend sa voix, on ne le voit pas, le grand Dieu qui est dans Busiris ! (…)

Je viens en messager du Seigneur de l’Univers. Horus, son trône lui a été donné. Son père lui donne toutes louanges, ainsi que ceux qui sont dans la barque. Seigneur de crainte dans Nout et dans le Douat ! Je suis Horus. Je suis venu chargé de la sentence. Permets que j’entre, que je dise ce que j’ai vu. »

A lire ces antiques paroles, on est frappé de plusieurs réminiscences absorbées depuis longtemps par des religions subséquentes, la juive ou la chrétienne : « On entend sa voix, on ne le voit pas, le grand Dieu. »

« Je viens en messager du Seigneur de l’Univers. Horus, son trône lui a été donné. Son père lui donne toutes louanges, ainsi que ceux qui sont dans la barque. »

Je voudrais dans ce billet m’appesantir légèrement sur une formule : « Cette crainte qui est au milieu de l’Occident ».

Deux brefs commentaires. L’Occident a toujours été pour les Sémites, la langue arabe en témoigne, le lieu du danger et de l’exil. Pour les anciens Égyptiens c’était aussi le lieu de la mort, et donc de la résurrection.

Comme je crois qu’il y a une mémoire collective profonde, incarnée dans les gènes depuis des millénaires, je postule que cette crainte existe encore sous forme larvée. Elle coïncide aujourd’hui avec un fait politique majeur. L’Occident invite à l’exil, les peuples du Sud et de l’Orient aspirent malgré tous les dangers à accéder à cet oasis de paix et de richesse. Ils y inspirent conséquemment la « crainte ».

Mais non ! Parions sur l’antique mémoire. Parions sur l’Horus d’or ! Parions sur le grand Dieu qui est dans Busiris !

Parions que nous saurons trouver un souffle inspiré, « dans cette crainte qui est au milieu de l’Occident » !

Accueillons la misère du monde, quoi qu’il en coûte.

Le prix à payer, si nous ne le faisions pas, serait terrible. Et alors oui, la crainte dévasterait l’Occident.

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