Développement et transparence

En 2015, la communauté mondiale de l’aide au développement aura l’occasion d’évaluer si, oui ou non, les fameux objectifs du millénaire pour le développement (OMD) ont été atteints. Il faudra aussi approuver une nouvelle salve d’objectifs pour un développement durable (ODD) qui auront pour but d’encadrer l’aide au développement pour les quinze prochaines années, jusqu’à l’horizon 2030. L’objectif n°1 pour la période 2000-2015 était de « diminuer la pauvreté de moitié ». Si certains pays, comme la Chine, ont effectivement rempli l’objectif, la situation est loin d’être comparable ailleurs. D’ailleurs la notion même de « pauvreté », liée à un indicateur de la Banque mondiale, a été révisée à plusieurs reprises en jouant artificiellement sur le seuil du revenu indiquant le niveau de « l’extrême pauvreté ». Ce seuil était de 1 $ par jour sur la base d’une parité de pouvoir d’achat en 1990, mais il a ensuite été révisé à la hausse et fixé à 1,25$, ce qui a eu l’effet d’ « éradiquer » des centaines de millions de pauvres d’un seul trait de plume. Cette question mériterait d’être traitée en profondeur, mais je voudrais ici aborder les sujet des OMD et de leur révision sous un autre angle, celui du rôle des très grandes entreprises et de leur influence dans les débats en cours sur la stratégie même de l’aide au développement et de sa « transparence ».

Un papier fort  intéressant a été publié à ce sujet le mois dernier par Lou Pingeot sur le titre « Corporate influence in the Post-2015 process ». http://www.globalpolicy.org/images/pdfs/GPFEurope/Corporate_influence_in_the_Post-2015_process_web.pdf

Les très grandes entreprises jouent un rôle insuffisamment analysé dans les débats en cours sur les politiques de développement. Le papier de Lou Pingeot relève quelques questions de fond: le manque de transparence sur les procédures dites « multi-partenaires », un déséquilibre croissant entre le secteur des affaires et la société civile, une puissance méconnue de lobbying de la part des entreprises aux niveaux régional, national et local, un manque de diversité dans les approches acceptées et une réduction de la complexité des analyses (du fait de la prééminence de vues « trop étroites », mais correspondant bien à certains intérêts spécifiques), une vision des problèmes de la gouvernance à l’échelle mondiale qui semble nier les intérêts sous-jacents ainsi que les conflits objectifs entre les « partenaires ».

Je voudrais simplement citer ici un exemple révélateur à cet égard , donné page 28 du rapport. Il s’agit de la démarche de l’American Petroleum Institute (API), une association d’entreprises du secteur pétrolier et gazier, qui a attaqué en justice la US Securities and Exchange Commisssion (SEC) afin de faire annuler la Section 1504 du Dodd-Frank Wall Street Reform Act, requérant que les compagnies pétrolières, gazières et minières rendent publics tous les paiements faits aux gouvernements pour tous les projets d’extraction de ressources. En juillet 2013, un juge de district américain a annulé cette règle de la SEC, ce qui a représenté une victoire majeure pour les industriels en question. l’ONG Global Witness a fait à la suite de ce jugement le communiqué suivant:  » Ces compagnies disent hypocritement soutenir la transparence des revenus issus des ressources naturelles en participant à l’Initiative pour la Transparence des Industries de l’Extraction (Extractive Industries Transparence Initiative EITI), mais dans le même temps elles travaillent agressivement au démantèlement de ce qu’implique cette transparence. »

Un bon sujet de réflexion.

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