
J’ai dit à mon cœur, si tu as une chance de parler,
Dis à mon amour, entre les lignes, ma tristesse.
Le cœur répondit : « Quand je rencontre mon amour,
Sa vue me laisse sans voix. »

J’ai dit à mon cœur, si tu as une chance de parler,
Dis à mon amour, entre les lignes, ma tristesse.
Le cœur répondit : « Quand je rencontre mon amour,
Sa vue me laisse sans voix. »

A l’abattoir de l’amour, on ne tue que le plus précieux,
Les petits esprits, les mesquins, on les ignore.
Si tu aimes vraiment, tu ne sauveras pas ta vie.
Ils sont déjà morts, ceux qui ne reçoivent pas le couteau.
Le Grand Mystère (Taixuan, 太玄 ) a été écrit par l’un des plus célèbres représentants du confucianisme Han, Yang Xiong (53 av. J.-C., 18 ap. J.-C.). C’est un traité divinatoire composé sur la base du Classique des Mutations, mais augmenté des nouvelles connaissances de l’époque Han. Pour le rédiger Yang Xiong s’était retiré délibérément des affaires politiques, et s’était réfugié dans une certaine obscurité sociale. Nombreux furent les mandarins et les lettrés brillants se moquant de son travail inutile, effectué en pure perte. Il leur répondit dans son Éclaircissement adressé aux railleurs : « Comme dans une île couverte d’oiseaux, quatre oies peuvent arriver ou deux canards peuvent s’en aller, nul n’y verra la différence. Autrefois, trois sages d’humanité quittèrent Yin et Yin fut fini, deux vénérables revinrent à Zhou, et Zhou prit son essor. »
Yang Xiong a aussi écrit un des ouvrages les plus célèbres de la littérature chinoise, le Fayan (« Maîtres Mots »). Son chapitre 5, intitulé « Questions sur le divin », commence ainsi :
« La question porte sur le divin.
– Le cœur.
– Que voulez-vous dire ?
– S’immergeant dans le ciel, il se fait ciel. S’immergeant dans la terre, il se fait terre. Le ciel et la terre sont clarté divine, insondables, et pourtant le cœur s’y plonge comme s’il allait les sonder. »
Le « cœur »? Le commentaire du dernier tétragramme (« Nourrir ») du Taixuan apporte un éclairage complémentaire sur ce mot. « Le cœur caché dans les profondeurs, beauté de la racine sacrée. Divination : le cœur caché dans les profondeurs, le divin n’est pas ailleurs. »
Style compact, incomparable ! Le mot « divin » se dit shén, 神, en chinois. Il signifie déité, âme, esprit, mystérieux, vivant, Dieu. Le mot « cœur » se dit xīn 心. L’un est la profondeur de l’autre. Le cœur se cache dans le divin. Le divin se cache dans le cœur.
Mais ce n’est pas tout. Yang Xiong cite ensuite un extrait du Mengzi, reprenant une expression de Confucius :
« Le divin au cœur de l’homme ! Convoquez-le, il existe, abandonnez-le, il disparaît. »
On peut faire exister le divin. On peut se tenir à la frontière entre le ciel et la terre, et en annuler l’écart..
« Le dragon se tord dans la boue. Le lézard y lézarde. Lézard, lézard, comment pourrais-tu comprendre l’aspiration du dragon ?»
Je me suis vanté auprès d’eux de t’avoir connu.
Ils voient ton image dans tout ce que j’écris.
Ils viennent me demander : « Qui est-il ? »
Je ne sais que répondre : « Vraiment, je ne peux le dire. »
Ils me blâment et s’en vont pleins de mépris.
Toi, tu restes assis en souriant.
Je te raconte dans mes chants les plus longs.
Le secret s’écoule hors de mon cœur.
Ils viennent me demander : « Dis-nous ce que tu veux dire. »
Je ne sais que répondre :
« Ah ! Qui sait ce que cela veut dire ! »
Ils sourient et s’en vont pleins de mépris,
Et tu restes assis en souriant.
(Tagore)

L’ami pour qui épine et fleur sont unes,
Pour qui le Coran et la Croix sont même foi –
Il n’en a cure. Pour lui tout est un :
Le cheval le plus vite, l’âne le plus lent.
(Rûmî)

Ma foi ce sont ses yeux, et leur rire,
Leur joie ivre, ses cheveux sauvages, païens.
Ils disent que la vraie foi est tout sauf cela.
Et moi, la vraie foi je la trouve là.
(Rûmî)

Dis à la nuit qu’elle ne peut clamer le jour.
Aucune religion ne clame la foi sainte de l’amour.
L’amour est un océan, immense, sans rivage.
Quand ceux qui aiment se noient, ils ne pleurent ni ne prient.
(Rûmî)
Les religions, elles ont toutes leurs repères propres, leurs condensations symboliques. Par exemple, pour les unes : Un. Pour d’autres : Trois. Ou alors : Sept. Ou encore : Douze. Qu’importe le nombre, la foi suffit. Pour le poète, qui n’est ni rabbin ni pape, c’est peut-être quatre ou même six. Comment en être sûr à présent ? Michaux dit : « Il existe quatre mondes (en dehors du monde naturel et du monde aliéné). Un seul apparaît à la fois. Ces mondes excluent catégoriquement le monde normal, et s’excluent l’un l’autre. Chacun d’eux a une correspondance nette, unique, avec un endroit de votre corps, qui est porté à un autre niveau d’énergie, et qui reçoit un ravitaillement, un rajeunissement et un réchauffement instantané. » (in Les Grandes Épreuves de l’Esprit)
Le corps humain, le vôtre, le mien, par plusieurs points précis, nœuds de passage, zones de convergence, où s’initient des passerelles spéciales, se relie à ces mondes.
Encore une histoire de shakra ? Non, non. Faut-il réduire l’écriture poétique à des mots usés, connotés, mal compris ? Le poète est trop ailleurs, dilaté, honnête, retranché. Il n’orientalise pas, il n’indianise pas. Plutôt, il paye de sa personne, prend des risques, et même des notes.
La drogue, il l’a prise froidement, comme un taxi, ou un ascenseur. Comment tutoyer les étoiles en pareils équipages ? Ce n’est pas donné à tous. Lui l’a su. Garder la tête froide quand le turbo tourne. Il y va, il en revient toujours, de ses tournées dans l’infini turbulent, dans l’espace incompressible. D’autres auraient péri, seraient devenus fous. Lui non. Il épaissit son sang, marque sa trace, accumule la réminiscence, vient la coucher sur le papier.
Coucher ? Avec l’ouragan ?
« Il existe encore deux autres « au-delà », tout aussi exclusifs, fermés, où l’on n’entre que grâce à une sorte de cyclone, et pour arriver à un monde qui est lui-même un cyclone, mais centre de cyclone, là où c’est vivable et où même c’est par excellence la Vie. On y accède par transport, par transe. »
Le cyclone : un phénomène météo dont la caractéristique est le tourbillon.
La Vie : un phénomène bio dont une image est la spirale.
La transe : un phénomène psycho dont la trajectoire est la parabole, ou peut-être l’ellipse. Ces figures mathématiques sont aussi des figures du discours. Alors de quoi la transe est-elle elle-même la figure ?
« Si l’étendue est un des caractères du divin, bien plus encore la tension. »
La transe est probablement la figure d’une tension transcendante ; elle est une figure de la transcendance tendue, étendue, entendue.
« L’insignifiance des constructions de l’esprit apparaît. Contemplation sans mélange. Les appartenances, on n’y songe plus, les désignations, les déterminations, on s’en passe ; du vent est passé par-dessus, un vent psychique qui défait avant qu’elles ne naissent les déterminations, les catégories. »
Constat d’impuissance sarcastique. L’esprit ne signifie rien de signifiant dans ses tours, ses détours et ses catégories. Et météo toujours: un « vent » passe au-dessus, défait ce qui n’est pas né encore. En échange, sans mélange, ce que Michaux appelle la « contemplation ». Défaire plutôt que faire, le lot du poète en chasse.
« Or tout homme est un « oui » avec des « non ». Après les acceptations inouïes et d’une certaine façon contre nature, il faut s’attendre à des retours de « non », cependant que quelque chose continue à agir, qui ne peut être effacé, ni revenir en arrière, vivant à la dérobée de l’Inoubliable.
Évolution en cours… »
L’homme est un « oui », avec des « non », et peut-être avec des « peut-être ». Assurément il est bien autre chose encore, que ni le « oui » ni le « non » ne peuvent saisir, et le « peut-être », moins encore. Il est ce « quelque chose ». Ce « quelque chose » qu’on dérobe, qu’on oublie, qui est vivant.
[Un mot sur la méthode ici employée. D’un texte du poète, j’extraie à coups de pelle, ou de canifs, des morceaux de diamants noirs. Posés sur la feuille blanche, je fais passer entre eux une chandelle, ou une allumette. J’en tire des variations, des couleurs et des ombres. On peut rêver seul, on peut penser à plusieurs.].
Une incitation permanente à relancer les dés, chez Michaux. À rebander l’arc des possibles, à changer de flèche et de cible. À viser l’invisable. Vers le bas, jamais. Vers le haut, toujours. Le plus haut, malgré la perte patente.
« Après le coup de grisou dans la tête, l’horreur, le désespoir après qu’il n’y a rien eu, tout dévasté, sabordé, toute issue perdue
un ciel glacialement ciel
Obstrué à présent, barré, bourré de débris ;
ciel à cause de la migraine de la terre
dépourvue de ciel
un ciel parce qu’il n’y a plus nulle part où poser la tête
Traversé, rétréci, rentré rogné, défait intermittent, irrespirable dans les explosions et les fumées
bon à rien
un ciel désormais irretrouvable »
– Non que, pour ma part, je veuille gagner ou perdre ! Seulement continuer le jeu, plus longtemps, toujours.
Seul sur cette barque, jouet de la mer et des nuits, je cherche dans l’ombre des éclats ténus, des scintillements infimes.
« Sur une étrave fendant une mer sans flot
un être debout penché sur l’avant
passent obliquement d’autres étraves
leur occupant pareillement penché
Pas de ports. Ports inconnus
Quelques signes parfois d’étrave à étrave
qui alors se rapprochent »
Il n’y a pas d’entrave à la bifurcation des caps. D’assez proches étraves convergent un temps, pour échanger seulement un signe ! On cherche diagonalement, à l’estime, des ports « inconnus », peut-être inconnaissables, et qui sans doute n’existent pas.
Dans la langue future, humble, je doute qu’il y ait une place pour le mot « port ». Et pour sa rime trop riche, parfaitement déplacée, inadéquate, le mot « mort ». En revanche, il y aura le mot « envie », – qui, mieux que rime, rame avec « va ! ».
Michaux, on peut s’y appuyer. Il ne cède. On peut le citer, il résiste.
« Vers l’au-delà qui apparaît, qui disparaît, qui reparaît. »
L’au-delà je n’en connais qu’un rayon. Apparu, portant, aigu, puissant, acide, placide, allié, plié. Je l’ai chevauché un jour et une nuit, en frôlant les gouffres, en éludant les cîmes. Au retour, longtemps je l’ai cherchée, l’image. Jamais retrouvée, à la vérité. Ici et là, des pistes, en des vers obscurs, des mots tendus, des silences opaques, des allusions entendues. Plusieurs décennies plus tard, par ricochet sur l’onde-mémoire, un écho possible peut-être, dont je crois pouvoir évoquer la résonance.
« Pour la fille de la montagne
secrète, réservée
l’apparition fut-elle une personne,
une déesse ? »
Ah ! Henri, dis tout, tout de suite, réponds sans fioriture à ta propre question :
« surtout lumière,
seulement lumière
comme lumière elle demeura ».
Ces simples mots se trouvent dans un texte dédié à Lokenath Bhattacharya, et publié, vous vous rendez compte, chez Gallimard en 1986. Que du solide.
Le couplet suivant fait chanter une autre corde.
« Simultanément
comme se déchire le sol des pentes d’un volcan qui se réveille
eut lieu le dégrafage général au-dedans d’elle et autour
retranchement singulier, inconnu
qui à rien ne se peut comparer
……….. »
Points de suspension dans le texte. Mais pourquoi ce mot : dégrafage ?
Il fait penser à des seins sanglés qu’on libère d’un seul coup, ou à quelque corset désuet. Comment l’appliquer au-dedans de l’âme ? Le poète prend son risque. Il raconte avec ses mots ce qu’il n’a point vu, qu’il a deviné. Et il s’engage dans des voies étroites, lui le poète célèbre, dans le Paris des avenues, des lumières. Il dit ces mots à majuscules:
« Dans le jeune et pur visage, le regard initié,
Miroir d’un Savoir
contemplation du Vrai, ignoré des autres »
Le Vrai ! Le Savoir ! Pas étonnant que Sartre et ses acolytes l’aient royalement ignoré, ce Michaux-là.
Et aujourd’hui, il y a tant d’inaudible que c’en est prévisible. Justement, c’est ce que je n’attends plus, le prévisible.
L’épais m’encrasse. J’attends le lavement. Il n’arrive que tard, peu détersif. Je regarde la forme. Et je m’envole. D’autres déjà aussi. Mais l’ont-ils compris? Ils parlent trop pour le savoir. En bas du ciel, il y a de la mémoire, ce qu’il en reste surtout, quelques éclats épars. Et autour du ciel, des vagues, immenses de froid, raides de peur, folles de rage, frémissantes de puissance insoumise, des vagues vagues, qui ne vont nulle part, qui s’étendent vite dans l’étendue liquide. Alors toujours plus haut, remonter aux citernes sacrées, qui pissent partout leurs juteuses onctions, leurs huiles essentielles, leur baume à tout faire, leur chrême brûlé.
Où est exactement le vau l’eau, que j’y aille et y plonge ?
Là, dans les hauteurs, il n’y a plus de matins, il n’y a plus que des villes de nuages. Pas de cages agitées, pas de myriades inemployées.
Des millions de milliards de myriades d’hommes blessés, masse purulente, qu’il faut écouter, sentir, et toucher encore. Pas un n’est seul, tous saignent, tous éclaboussés les uns par les autres. Il n’y a plus longtemps à attendre. Sur le corps de quelques rares solitaires, restés pourtant à l’écart, on trouve des éclaboussures, des vomissures.
Ils savent à peine lire, se veulent prophètes. Troupeaux maigres de solitude amère et consciente, ils surveillent la catastrophe proche, aménagent un point de vue panoramique et imprenable au-dessus de l’anéantissement.
Ils dominent un paysage barbare. On y attelle sous un joug commun, pour tirer des chariots vides, le goéland et l’élan, le pou et le loup, la baleine et le phalène.
Ils creusent des puits profonds comme le ciel, où l’on puise de quoi faire pleuvoir.
Ils chassent le nombre et la mesure. Ils aiment dessiner des aurores. La mathématique ne leur sied point. Ils préfèrent l’impensable, l’insaisissable. Ils écoutent des bruits omnivores. Ils stressent leurs nerfs à vif. Ils poussent très haut leurs voix, pour qu’elles retentissent, qu’elles ravissent, qu’elles s’insinuent dans les maisons tristes, dans les chambres sans lumière, dans les cœurs laissés à eux-mêmes.
S’en aller ? Mais où ? S’évader ? Tout est mur, comme l’horizon. S’enfouir ? Il faudrait une petite tête d’autruche.
Ils ne sortent pas de l’hominescence. Disjoints, ils sont toujours rejoints.
Étrange silence des médias qui profitent le plus du grand déballage. Pas un mot sur les « lanceurs d’alerte » qui ont pénétré les bases de données de Mossack et Fonseca. Ce serait pourtant intéressant d’avoir une idée du profil et des motifs de ceux qui ont réalisé cette opération, la plus grande dans son genre. J’en suis réduit à de simples réflexions de bon sens.
Ce n’est certes pas quelqu’un appartenant à la firme en question. Vu la clientèle, le « lanceur d’alerte » pourrait compter ses abattis. Ce n’est pas la maffia : bonne cliente, elle a tout à perdre, rien à gagner. Ce n’est certes pas le FSB. Pourquoi se tirer dans le pied, et mouiller Poutine. Ce n’est pas non plus les équipes de cyber-pénétration chinoises : on sait à quel point les hautes autorités chinoises se sont fait prendre la main dans le sac. Alors qui ? Les Britanniques ? Hmmm, j’en doute, vu la manière dont tout ce déballage incrimine indirectement, entre autres, le «système» d’évasion fiscale des Îles vierges britanniques, et accessoirement le premier ministre Cameron. La France ? Hollande lançant une super-opération de récupération des impôts envolés ? Vous rêvez, sans doute aux beaux jours de Super Dupont ? L’Allemagne ? Pourquoi pas ? Après tout Merkel est une Madame Propre, c’est le Süddeutsche Zeitung qui a été élu chef de file des médias de l’ICIJ, et c’est l’un de ses journalistes, Bastian Obermayer, qui a été le contact direct de la « source » fournissant les 11,5 millions de documents piratés. Peut-être le passé de Waffen SS du père de Mossack est-il une piste possible ? Quelque vieille dette ? Ou alors le Mossad ? Motif ? Une façon détournée de faire tomber le roi des diamants du sang ? Ou de compromettre Assad et son clan? Peut-être.
Plus probable, en fin de compte, est l’hypothèse des services spéciaux aux États-Unis. On sait qu’ils sont capables de pénétrer n’importe quel ordinateur, n’importe où dans le monde, en quelques secondes – selon un spécialiste proche de la Maison Blanche avec qui j’avais eu l’occasion de discuter, il y a déjà quelques années. Donc techniquement, pas de problème. Mais le motif ?
J’ai été frappé du grand silence de médias comme le New York Times, qui contrairement à ses confrères, n’a pas fait sa une sur l’affaire lors de la sortie du scoop. Un article, paru seulement le jeudi 7 avril, fait un point assez général, sous le titre Law firm’s secrets laid bare. Il y est noté que le Panama a adopté une législation sur les impôts et taxes des sociétés qui a été « copiée presque directement sur celle de l’État du Delaware », État américain bien connu pour ses pratiques laxistes en la matière.
Plus révélateur encore, cet autre extrait : « Tax experts pointed out that Panama, in its refusal to comply with international transparency standards, is in esteemed company : the United States. » Bigre ! Panama- USA même combat ? Mais il y a plus :
« Panama isn’t the real story » a déclaré Matt Gardner, directeur exécutif du Institute on Taxation and Economic Policy, basé à Washington. « This leak gives a window into a much broader world, but it should be understood as giving a window into how things work in the U.S. as well. »
Alors qui ? Serait-ce que certains groupes de pression aux États-Unis ont décidé de vendre la mèche pour lancer un débat allant bien au-delà du cas Panama ?
Peut-être alors qu’Obama, juste avant de terminer son mandat a-t-il décidé de donner un petit coup de pied dans la fourmilière, dépité d’avoir si peu pu changer les choses pendant son double mandat ?
Je ne sais. Ce qui est sûr, c’est que certaines forces, engagées en vue de la défense du Bien (mondial), ont décidé de passer à l’action. D’autres forces encore, espérons-le, pourraient à nouveau se mobiliser dans un proche avenir, forçant de nouvelles révélations, par exemple aux États-Unis mêmes, dévoilant la corruption extrêmement profonde du « système ».
Le Panama n’est qu’un coup pour voir. De quoi déclencher une sacrée pagaïe. Les rats ne peuvent quitter le navire, mais ils peuvent encore ronger les câbles du gouvernail, détruire les canalisations de pompage, et s’adapter aussi vite que possible au naufrage imminent.
Si l’on veut être pessimiste, disons que les Panama Papers vont inciter les élites corrompues du monde entier à multiplier encore l’opacité.
Si l’on choisit d’être optimiste, arguons que ceux qui ont réussi le coup des Panama Papers, en ont d’autres en vue, bien plus effrayants encore, dans leur révélation de la profondeur de la corruption morale et mentale des « élites ».
Des homoncules viennent en rangs serrés sur le papier, sortant originairement d’une plume trempée à la mescaline, ou à la psilocybine, Michaux ayant tenté de les rassembler sur sa table, après les avoir rêvés pendant quelques nuits. On les retrouve aujourd’hui, agités de spasmes indistincts, dans la faible épaisseur des pages bible. Ils semblent des nageurs morts, arrêtés dans leur élan, par quelque piqûre d’insecte (la plume du peintre).
Alors j’ai eu envie de leur donner de l’air, de les sortir de leur coûteux linceul. J’ai eu envie de les mêler aux étoiles. De leur donner à voir la mer. Antibes peut-être, mais sans le béton, et la plage et la vulgarité. Antibes, comme Monet l’a vu. Mais tout cela ne compte plus, pour qui veut embrasser l’océan galactique.
Alors j’ai mis du lien, j’ai tressé des lianes, j’ai pensé des colliers, étiré les corps jusqu’aux confins.

On a ici l’alphabet. Les Grecs, les Phéniciens, les Hébreux, les Araméens, les Arabes aussi. Même le sanskrit, si ancien, possède un syllabaire. Pas les Chinois. Rien à voir.
Au fond, les Indo-européens et les Sémites partagent la même Weltanschauung. Hammourabi et Gutenberg.
Est-ce que la Bible aurait été différente, dans son esprit même, si elle avait été d’abord écrite en chinois ?
Est-ce qu’une autre langue, hybride, mi alphabétique mi idéographique aurait été possible, pensable ?
Sans doute que oui, mais c’est improuvable.
Chaque caractère, chaque idéogramme, comme un canon de sens, chargé jusqu’à la gueule, mitraille paisible de traditions, de respects, de formes – et aussi, pour quiconque tient le pinceau, paysage ouvert, champ illimité d’audaces, de finesse, de violence exprimable, d’évanoui, de fugace. Le poids énorme des millénaires inchangés, barrés de mandarins, et les océans meubles, solitaires, du calligraphe, éclaboussant l’encre de son âme.

Flânant ce matin à travers les pages du célèbre Divan de Hâfez, qui ont été fort diversement traduites, par des savants comme Vincent-Mansour Monteil ou Charles-Henri de Fouchécour, j’ai été vraiment frappé de l’extrême difficulté qu’il semble y avoir à traduire l’esprit de ces textes anciens, opaques et lumineux.
A titre d’exemple, voici plusieurs traductions du ghazal 88 de Hafez. J’en cite trois différentes, dont une en anglais. Elles me paraissent toutes insuffisantes, pour plusieurs raisons, que j’expliquerai une autre fois.
Mais pour faire comprendre ma frustration, je propose à la suite – en toute immodestie – la mienne propre, m’efforçant de rester fidèle au sens caché par Hâfez, et de garder le « Gardien » (Hâfiz).
i have heard the sublime words of the canaan elder:
separation from the friend cannot be described!
the terror of resurrection that the preacher talks about,
is a metaphor for what he said of separation’s anguish.
(B. Gannett)
—
J’ai entendu une bonne parole
qui vient du vieux Jacob de Canaan.
Se séparer de l’ami est pénible,
au point que c’est une chose indicible.
(Monteil)
–
J’ai entendu une belle parole dite par le vieillard de Canaan :
« La séparation du Compagnon n’est pas chose portant à parler. »
( Fouchécour)
…
→ J’ai compris la belle parole de l’Ancien de Canaan.
Se séparer de l’Ami est indicible.
(Ph.Q)
…
from where do i get some truth about the departed friend,
when what the chatty wind has to say is all confused?
alas, that the cruel and unkind moon- the enemy’s lover,
has so glibly spoken of abandoning his own friends!
(B. Gannett)
–
L’histoire de la peur du jugement,
dont a parlé le prêcheur de la ville,
Fait allusion au temps de la séparation.
Qui pourrait me dire comment va l’ami parti en voyage,
Lorsque les murmures du vent matinal sont confus et vagues ?
(Monteil)
–
Le récit de l’effroi au jugement dernier, que fit le prédicateur de la ville,
est une métaphore qu’il a dite sur le temps de la séparation.
A qui demanderai-je en vérité un signe du Compagnon parti en voyage ?
Car tout ce que dit le zéphyr messager, il le dit en propos échevelés.
( Fouchécour)
…
→ La terreur du Jugement, dont le prêcheur a parlé,
n’est qu’une image de l’angoisse, de l’absence.
Où est vraiment l’Ami éloigné ?
Le vent bavard est silencieux sur ce sujet.
(Ph.Q)
–
alas, that the cruel and unkind moon- the enemy’s lover,
has so glibly spoken of abandoning his own friends!
(B. Gannett)
–
Las ! Cette beauté inconstante
est sans pitié : elle a rompu
Tous ses liens avec ses amis,
et cela avec quelle aisance !
(Monteil)
–
Hélas, cette Lune ingrate, amie de l’ennemi,
a renoncé avec quelle facilité, à fréquenter Ses propres compagnons !
( Fouchécour)
…
→ Hélas, la Lune oublieuse, désertant à l’ennemi,
a aisément dupé et abandonné ses amis
(Ph.Q)
–
my station of contentment, after all, is thanks to the rival:
the heart has accepted your pain, and forsaken remedy.
(B. Gannett)
–
Dès lors, moi je reste soumis,
ce qui contente l’adversaire,
Car pour moi qui souffre par toi,
la cure n’est pas nécessaire.
(Monteil)
–
Après cela me voici à l’étape du consentement, louant Ton gardien,
car le cœur s’est habitué à souffrir de Toi, il a renoncé au Remède.
( Fouchécour)
…
→ Après tout, je suis content, je remercie ce rival,
je souffre à cause de Toi, et je ne sais pas de remède.
(Ph.Q)
–
don’t pin your hopes on the wind, even if it conveys desire:
because this proverb is what the wind said to solomon.
regardless of what the heavens grant you- stay on the path;
who told you that this world has given up telling lies!
defend yourself from ancient despair with mature wine:
this is the fount of joy spoken of by the inspired bard!
(B. Gannett)
–
« Chasse donc le chagrin chronique, en buvant de ce bon vin vieux ! »
C’est le vieux seigneur qui l’explique : voilà le moyen d’être heureux !
Tu ne pourrais le nouer le vent, soufflerait-il selon tes vœux !
C’est ce qu’a dit à Salomon le vent lui-même, en parabole.
Si le ciel t’accorde un répit, il ne faut pas en être fier :
Comment sais-tu que ce vieux monde aurait renoncé à la guerre ?
(Monteil)
–
Ne te lie pas au vent même s’il souffle à ton gré,
tels sont les mots que le Vent dit à Salomon en image.
Par le sursis que le ciel t’accorda, ne te laisse pas abuser :
qui t’a dit que ce vieux magicien a renoncé à la ruse ?
Repoussez le chagrin ancien par le vin vieilli,
c’est la semence du bonheur, le sage propriétaire terrien l’a dit !
( Fouchécour)
…
→ « Ne suis pas le vent, même si tu en sens le désir »,
a dit le Vent à Salomon.
Quoi que le ciel te donne, reste dans ton chemin.
Qui a dit que le monde n’est pas trompeur ?
Noie ta longue douleur dans ce vin vieux,
cette source de joie, ce poète ancien.
(Ph.Q)
–
like a fortunate slave, don’t sigh a breath about why or what;
the lover takes to heart every word the beloved breathes!
who has said that hafez has repented of the thought of you?
i have not said this! the man who said this is a slanderer!
(B. Gannett)
–
Ne proteste donc contre rien, puisque tout esclave docile
Accepte de bon gré tout ce que lui dit son aimable maître.
Qui a dit : « Hafez a cessé de t’accorder une pensée ? »
Moi je n’ai jamais cela, et ce n’est qu’une calomnie.
(Monteil)
–
Ne souffle mot du comment et du pourquoi, le serviteur béni du sort
accepte de tout cœur toute parole dite parle Bien-Aimé !
Qui a dit que Hâfez a renoncé à se soucier de Toi ?
Moi je ne l’ai pas dit. Qui l’a dit l’a calomnié.
( Fouchécour)
–
→ « Quoi ? Pourquoi ? » Ne dis pas de tels mots, comme un amant comblé.
L’amour entend au cœur les paroles de l’Aimé.
Qui a dit que Dieu t’a oublié ?
Moi je n’ai jamais dit cela. C’est un mensonge.
(Ph.Q)
« Il faut te faire émigrant, en quête de la terre paternelle, celle de la parole sacrée, celle du père de ceux qui pratiquent la vertu. Cette terre, c’est la sagesse. » (Philon, De migratione Abrahami, 28)
Philon d’Alexandrie est un personnage clé, ayant vécu dans une période charnière, il y a deux mille ans, dans une ville où se rencontrent l’Afrique, l’Asie et l’Europe, au centre d’un réseau mondialisé, dense, d’échanges et d’idées. Je crois que nous manquons de Philon de nos jours.
Il est l’auteur d’une œuvre abondante, hybride, inspirée.
«Parfois, je venais au travail comme vide, et soudainement j’étais rempli, les idées tombaient invisibles du ciel, épandues en moi comme une averse. Sous cette inspiration divine, j’étais grandement excité, au point de ne plus rien reconnaître, ni le lieu où j’étais, ni ceux qui étaient là, ni ce que je disais ou ce que j’écrivais. Mais en revanche j’étais en pleine conscience de la richesse de l’interprétation, de la joie de la lumière, de vues très pénétrantes, de l’énergie la plus manifeste dans tout ce qu’il fallait faire, et tout cela avait autant d’effet sur moi que l’évidence oculaire la plus claire aurait eu sur mes yeux. » (De migr. Abr., 35)
On voit, ou on ne voit pas. Celui qui voit c’est le sage. Le fou est aveugle ou myope au mieux.
« Autrefois en Israël, quand on allait consulter Dieu, on disait: Venez, et allons au voyant! Car celui qu’on appelle aujourd’hui le prophète s’appelait autrefois le voyant. » (1 Sa 9,9)
Après son combat dans la nuit, Jacob a voulu entendre le nom de celui qu’il combattait, pour enfin le « voir ». L’oreille, un moyen pour l’œil. L’audition, pour la vision. Ce nom ne lui a pas été révélé, mais c’est son nom même qui a été changé. Et alors il a « vu ».
Différence entre moyen et fin. Résultat indirect, mais résultat quand même. Par la sagesse, on peut entrer dans le monde de la sagesse, et le « voir ». La sagesse est une lumière, mais aussi une lumière qui voit et qui se voit elle-même. C’est une splendeur, dont le soleil est l’archétype, une simple image, mais c’est surtout une splendeur qui fait vivre.
C’est pourquoi Philon veut voir, pas seulement entendre.
Il écrit dans De Migr. Abr., 47 :
Si la voix des mortels s’adresse à l’ouïe, les oracles nous révèlent que les paroles de Dieu sont, à l’instar de la lumière, des choses vues. Il est dit « Tout le Peuple voyait la voix » (Ex. 20, 15) au lieu de « entendait » la voix. Car effectivement il n’y avait pas d’ébranlement de l’air dû aux organes de la bouche et de la langue ; il y avait la splendeur de la vertu, identique à la source de la raison. La même révélation se trouve sous cette autre forme : « Vous avez vu que je vous ai parlé depuis le ciel » (Ex. 20,18), au lieu de « vous avez entendu », toujours pour la même raison. Il se rencontre des occasions où Moïse distingue ce qui est entendu et ce qui est vu, l’ouïe et la vue. « Vous entendiez le son des paroles, et vous n’aperceviez aucune forme, rien qu’une voix » (Deut. 4,12).
Voir une voix ! Cela mérite un commentaire.
Les sens ne sont jamais seuls. Une saveur s’apprécie par le goût, mais la vue y a son rôle aussi. La robe du grand cru ajoute au goût. L’odeur, les narines s’en emparent, mais la vue a sa part, ajoute à la fête du sens. Et le toucher, la caresse, on peut en jouir les yeux clos, mais comme la vue l’accroît, dans tous les sens !
Pour voir des voix, il suffit de ressentir leur fracas ou leur douceur, de goûter leur fiel ou leur miel, de percevoir leur souffle et leur haleine.
Mais des voix divines ? Dieu a-t-il une odeur ? Une saveur ? Un toucher ? Non. Seule sa voix. Voix inaudible, voix seulement visible.
Maintenant qu’on l’a vue, il reste à l’entendre.
L’attitude de l’Europe à propos des migrants de Syrie, d’Afghanistan, du Soudan, d’Érythrée et d’ailleurs est une félonie (par rapport aux idéaux proclamés), une mascarade (l’hypocrisie et la tartuferie masquant la haine, la peur, la pingrerie, la pleutrerie) et surtout une connerie (dresser des murs, ériger des barbelés, ne résout rien, prépare les conditions de la guerre future, renvoie les peuples à la barbarie passée, déjà oubliée?).
Il ne faut pas jouer petit, comme Hollande ou Cameron. Merkel a vu plus grand. Il faut l’aider, changer de paradigme, rêver d’un autre monde.
Ce n’est même pas de l’idéalisme. A défaut, nous le paierons extrêmement cher, sur cette terre, et dans notre chair.
On s’oriente (par les fleurs, les oiseaux et la durée du jour) vers la fin de Mars. La guerre serait-elle bientôt finie ? Bien sûr que non, c’est seulement le début du printemps. Ce matin, je lis le « Printemps » de Max Jacob, dans son recueil intitulé « Derniers poèmes », titre qui a dû être donné après coup par l’éditeur. Combien de jours avait-il encore à vivre quand il écrivit ces lignes, juste avant d’être arrêté par la Gestapo, et d’être envoyé vers sa mort à Drancy ?
Devant cette poussière d’or du soleil, sur l’horizon de la plaine, devant cette poussière d’argent des saules autour des marais, ce bourdonnement des insectes différents, coupés par le cricri dominé par l’épouvante d’un avion, devant cette poussière des fleurs sporadiques, le corbeau replie ses voluptueuses ailes de velours et de soie, se recueille, salue profondément et cherchant dans sa poitrine en sort le cri de pélican qui fut celui du Christ mourant. Et moi laissant rouler ma tête en pleurs, en pleurs de joie dans mon coude de gnome, de vieillard infirme, je m’écrie : « Mon Dieu, je suis panthéiste et vous êtes indicible. »
L’unité du monde est faite par la poussière. La volupté du velours, le « cricri » des insectes et le « cri » du corbeau, du pélican et celui du Christ sont noyés dans l’épouvante. On est en pleine guerre. Et Max Jacob, alias Léon David, alias Morven le Gaëlique, converti et portant l’étoile, s’y sent infirme et panthéiste, en pleurs et en joie.
La comparaison des cris du pélican et du Christ s’explique par la tradition. Au Moyen Âge le pélican était un symbole du sacrifice christique. D’autres écrivains et poètes que Jacob avaient déjà poussé la métaphore.
« Lorsque le sauvage pélican se résout à donner sa poitrine à dévorer à ses petits, n’ayant pour témoin que celui qui sut créer un pareil amour, afin de faire honte aux hommes, quoique le sacrifice soit grand, cet acte se comprend » (Lautréamont, Chants Maldoror, 1869).
Plus engagé, même :
« Chacun de nous est sauvé par le pélican rédempteur qui peut sauver jusqu’à des notaires! Mais il vous sauve très-particulièrement, parce que le cœur de Jésus avait besoin d’un peintre et qu’aucun peintre ne se présentait. À force d’amour et de foi, vous avez été jugé digne d’entrevoir le pélican rouge, le pélican qui saigne pour ses petits » (Bloy, Journal, 1906).
Le wiki dit, techniquement: « Le pélican est généralement silencieux, mais dans les colonies de nidification, les poussins lancent des grognements plaintifs pour demander de la nourriture. Les adultes peuvent émettre des cris enroués pendant la parade nuptiale. » Le Christ cloué, suspendu par les bras distendus, la poitrine suffocante, proche de l’asphyxie, n’a pas dû crier bien fort. Son gémissement fut-il « plaintif » ou « enroué » ?
Je crains que l’ornithologie ne puisse pas nous aider ici.
Il est difficile de rendre compte des images d’un poète, de leurs prolongements rhizomatiques, plus encore quand ces images se succèdent et interfèrent, générations après générations. Ils se souviennent et ils prophétisent, tout à la fois.
Prenez Musset. Il a écrit ces vers célèbres:
« Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots. »
Curieux, cette esthétique du désespoir. Rares, ceux qui connaissent la suite de ce poème (La muse):
« Lorsque le pélican, lassé d’un long voyage,
Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,
Ses petits affamés courent sur le rivage
En le voyant au loin s’abattre sur les eaux.
Déjà, croyant saisir et partager leur proie,
Ils courent à leur père avec des cris de joie
En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.
Lui, gagnant à pas lent une roche élevée,
De son aile pendante abritant sa couvée,
Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.
Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte;
En vain il a des mers fouillé la profondeur;
L’océan était vide et la plage déserte;
Pour toute nourriture il apporte son cœur.
Sombre et silencieux, étendu sur la pierre,
Partageant à ses fils ses entrailles de père,
Dans son amour sublime il berce sa douleur;
Et, regardant couler sa sanglante mamelle,
Sur son festin de mort il s’affaisse et chancelle,
Ivre de volupté, de tendresse et d’horreur.
Mais parfois, au milieu du divin sacrifice,
Fatigué de mourir dans un trop long supplice,
Il craint que ses enfants ne le laissent vivant;
Alors il se soulève, ouvre son aile au vent,
Et, se frappant le cœur avec un cri sauvage,
Il pousse dans la nuit un si funèbre adieu,
Que les oiseaux des mers désertent le rivage,
Et que le voyageur attardé sur la plage,
Sentant passer la mort se recommande à Dieu. »
Musset reprend la métaphore du pélican effectuant pour sa nichée une sorte de sacrifice christique, et poussant un « cri sauvage ».
Cette métaphore médiévale, recyclée par le poète, comporte une part d’approximation. Si son cri final peut sembler une sorte de « funèbre adieu », Jésus ne s’est pas frappé le cœur, à la façon du pélican de Musset, pour abréger son « trop long supplice ».
D’un autre côté, on peut rêver que Musset, par anticipation, nous livrait une lecture, visionnaire, d’un pélican nommé Jacob :
« Poète, c’est ainsi que font les grands poètes.
Ils laissent s’égayer ceux qui vivent un temps;
Mais les festins humains qu’ils servent à leurs fêtes
Ressemblent la plupart à ceux des pélicans. »
Max Jacob, c’est certain, a eu une sorte de pressentiment de sa propre fin, qui était proche. Musset n’a pas bien vu. Ceux qui se sont saisis de lui n’étaient pas des « séraphins noirs ».
A Saïgon, j’ai dormi dans la chambre de l’hôtel Continental où logea Rabindranath Tagore, lors de son séjour pendant la 2ème Guerre mondiale. C’est une petite suite qui a vue sur la ville, mais non sur la cour où fleurissent trois vénérables frangipaniers, centenaires. La direction de l’hôtel, fière du passé, précise le numéro des chambres qu’occupèrent quelques célébrités dans un encadré accroché dans le hall.
J’ai humé l’air, regardé le ciel, cherché l’indice, et ouvert enfin le Gitanjali.
« Je suis un lambeau de nuage, qui erre inutile dans le ciel d’automne. Ô soleil, en gloire, éternel, ma brume ne s’est pas dissipée sous ta caresse. Je ne me suis pas uni à ta lumière.
Je vis, et je compte les mois et les années où je suis séparé de toi. Si tel est ton désir, ton jeu, saisis-toi de ma forme fugace, colore-moi, que ton or me dore, et me mêle au souffle lascif, épands-moi, et me change en miracles. Puis, si tel est ton désir encore, cesse de jouer avec moi, et je fondrai, je disparaîtrai dans l’ombre, ou peut-être dans un sourire, dans le matin blanc, dans la chaleur pure, dans la transparence. »
Mais cela, Tagore, cela t’appartient.
Si j’étais moi, je dirais quelque chose comme ceci :
Je suis une goutte d’éclair, b(r)(a)isant la nuit. Lune ou quasar, je t’aspire depuis la terre. J’ai vu l’unique. J’ai aussi vu ta lumière. Mon sang bat. Mon cœur compte chaque pas. Tu joues de mes formes. Tu me dessines. Coule ta couleur. Joue de moi toujours. L’ombre même porte ton sourire. Et ta chaleur me rend visible.
En 1963, Michaux n’a pas encore 64 ans. Il envoie le texte de Annonciation à Micheline Phan Kim.
« Jonques alourdies
jonques allégées
nos jonques jointes
nous remontons vers l’origine. »
Dans la baie d’Ha Long, je me souviens. La jonque glisse en silence sur les eaux mates, immensément calmes, en ce début d’année du Singe. Mille îles, des dents cariées et fortes, dans la mâchoire du temps. Les saxifrages cachent la roche nue. Derrière la pierre, les grottes se creusent sans fin.
« La nuit est notre palmeraie. »
Au sud, au-delà de l’Atlas, je me souviens que dès l’aube, mille oiseaux chantaient près des ksour en une symphonie ocre et mauve.
« Jade au-dehors
feuillage et fruit au-dedans
Oubli des murs. »
Je me souviens de l’odeur des pierres chaudes, des quartz éclatés dans la montagne, et des murs de terre éboulée.
« Prière dans la roue
Tous les visages de la journée
s’achèvent dans la paix de son visage. »
La nuit n’est plus qu’un corps vivant. Elle continue de se recommencer sans cesse dans l’espace des plis, dans les cils et les silences. Je me souviens surtout des silences.
« Il y aura bientôt un an d’ici ma solitude… »
Ironie des sens.
« Dans une société de grande civilisation, il est essentiel pour la cruauté, pour la haine et la domination si elles veulent se maintenir, de se camoufler, retrouvant les vertus du mimétisme. Le camouflage en leur contraire sera le plus courant. C’est en effet par là, prétendant parler au nom des autres, que le haineux pourra le mieux démoraliser, mater, paralyser. C’est ce côté que tu devras t’attendre à le rencontrer. » (H. Michaux)
Ces lignes datent de 1981. J’en conclus que notre civilisation entre dans une ces catégories :
– elle n’est pas grande, elle se sait petite.
– elle ne veut même plus « se maintenir », elle se sait déjà fugace.
– enfin, hypothèse non incompatible avec les deux premières, la haine, intrinsèquement mimétique, ne se camoufle plus parce qu’elle n’a plus besoin de le faire. La haine affleure partout, en filigrane, elle erre dans le fond de l’air, ou entre les lignes, dans les sous-entendus, et dans les sourires grimaçants des passants.

Le temps bientôt mettra fin aux bêlements
Et le loup du néant dévorera tout le troupeau laineux
Leurs têtes sont farcies de satisfaction confite
Mais le coup du lapin sur la nuque la fera gicler pour de bon.
(Rûmî)
On dit toujours que l’Europe est un ventre mou. Certains ajoutent que Bruxelles est son nombril. L’Europe « molle » ? Il ne faut jamais oublier que c’est l’Europe qui a inventé le fascisme, le nazisme, sans parler de l’impérialisme et du colonialisme. Alors, rime riche, pas d’angélisme. On pourra encore trouver en Europe de redoutables tueurs de masse, si on libère leur capacité de haine et de barbarie.
Si les islamo-terroristes veulent terroriser l’Europe, ils ne savent pas ce qui les attend. Qu’ils continuent donc. Ils espèrent créer les conditions d’une guerre civile européenne, où l’on déclarerait ouverte la chasse au faciès ou aux signes extérieurs de religion dans les villes dites civilisées. Ils veulent des extrêmes excités, assoiffés de vengeance, légitimés par le vote et librement déchaînés enfin. On a déjà vu ça en Europe; cela peut revenir. Ils veulent que du ventre fécond de la bête, naissent d’autres bêtes encore, les loups, les hyènes et les rats du 21ème siècle. A chaque époque son record.
Qu’ils continuent donc, ils l’auront la guerre. Ils l’ont déjà d’ailleurs, il faut le dire, sur les immenses territoires qui ont été livrés depuis plus d’une décennie à une guerre totale ou partielle, radicale ou précise, idéologique ou économico-stratégique, suivant les intérêts du moment. La guerre a été déployée par l’Occident dans quelques-uns de ces pays qui furent jadis les plus civilisés du monde. La Trans-oxiane, Suze, Babylone, Ninive, Palmyre, ou encore Sumer, Akkad, Elam, porteurs de la mémoire du monde, ont été renvoyés, non à l’âge de pierre, mais à l’âge du fer et du sang.
N’en doutons pas, on peut faire beaucoup plus encore, dans le genre. Il suffit d’ouvrir les livres d’histoire pour se rappeler ce dont l’homme est capable.
Le danger est réel, pressant. Or, je ne vois rien venir, ni de Merkel, ni de Hollande, ni de Cameron, ni d’Obama. Ces gens sont supposés être très forts, très intelligents, très malins. Ils sont là où les décisions se prennent. Ils ont l’avenir du monde dans leurs mains frêles. Des pensées globales roulent sans doute dans leurs cervelles stressées par les « événements ». Mais je ne vois rien venir. Voyez-vous, vous ?
Il est temps que des prophètes d’un genre nouveau se dressent. Il est temps de dire les choses clairement, fortement. Oui, une guerre mondiale se prépare, lentement, sûrement. Le « grisou », ce gaz inodore et invisible, lentement, sûrement, se mélange à l’air dans les couches profondes de la mine, avant l’explosion imprévue, irrésistible. Les idées néo-fascisantes, néo-nazies, sont un grisou (certes puant et fort repérable) qui mine la mine européenne, petit à petit, continûment, jusqu’à ce que…
L’explosion peut survenir désormais à tout instant. Jusqu’à présent, en Europe, on a eu affaire à des terroristes de second choix, des petites mains, entraînées ici ou là et quelque peu financées par les habituels opérateurs. Mais si l’on s’en rapporte au nombre des morts, leur score n’a pas été comparable à celui des attentats du 11 septembre, par exemple, et il est beaucoup moindre que celui d’une vraie guerre. Faisons, simplement pour réfléchir aux conséquences, l’hypothèse que la prochaine vague d’attentats sera d’une gravité très supérieure, provoquant non des centaines mais des milliers de morts au cœur de l’Europe. Techniquement c’est possible, il y a des spécialistes pour cela. Pour que cela ait lieu, il suffit que se dégagent des financements appropriés et une volonté politique déterminée. Les financements sont-ils disponibles ? A l’évidence, oui. Cette volonté existe-t-elle ? A mon avis, non, ou plutôt pas encore. Si cette volonté avait existé, ces attentats auraient eu lieu. En tout cas, nous aurions eu des preuves patentes d’un bien plus grand professionnalisme de la terreur, et de la mise en œuvre de techniques d’exécution bien plus létales.
Pourquoi cette volonté politique ne s’est-elle pas encore formée ? Parce que les éventuels décideurs d’un choix aussi radical ont bien trop à perdre. Ils veulent jouer aux plus malins tout en sachant mettre des limites à l’aventure, pour ne pas se faire prendre dans le hachoir final. Mais ce raisonnement est foncièrement fragile. C’est là faire encore un pari, celui que des « extrémistes », des « terroristes », sont capables d’être « raisonnables », qu’ils peuvent aller « très loin », sans aller « trop loin ».
Il faut malheureusement faire l’hypothèse que de vrais « extrémistes » (ils existent) peuvent un jour décider d’aller « trop loin ». Alors, là, nous aurons les conditions de la prochaine guerre mondiale.
On ne peut pas prendre ce risque. Il faut agir maintenant. Comment?
Voici un premier jet. Toute suggestion et amélioration est bienvenue…
Mobilisation générale des esprits (Alerte pan-européenne d’urgence intellectuelle et morale). Europe « supranationale », beaucoup plus forte sur les plans diplomatique, militaire, politique. Priorité absolue à l’éducation de qualité pour tous, à tous les niveaux. Formation et éducation continue obligatoire, adaptée et différenciée pour tous, jusqu’à 77 ans, avec une priorité spéciale tout au long de leur vie pour tous les jeunes « issus de l’immigration ». Interdiction légale de l’illettrisme et de l’échec scolaire. Obligation pour tous de maitriser au moins trois langues, de faire preuve d’un minimum d’éducation artistique et créative et d’un maximum d’esprit critique dans les domaines philosophique, médiatique, technique et scientifique. Éducation à la coopération et à la communication sociale, et obligation des États de garantir un niveau d’éducation citoyenne excluant toute exclusion ou auto-exclusion de quelques groupes que ce soit. Interdiction du chômage (revenu universel garanti pour tous les non-employés contre des travaux d’intérêt public). Éradication des quartiers ghettos. Interdiction absolue des discours religieux ou non prônant la haine, l’exclusion et l’auto-exclusion (à suivre…).

C’est l’amour qui contient toute la chimie de l’Orient,
Un nuage qui cache mille éclairs,
Sa lumière remplit un océan en moi,
Un univers où se noie tout ce qui est créé.
(Rûmî)

Cœur ! dans ces temps durs, je veux partager un secret.
Âme ! penche la tête si tu es d’accord.
Patience ! tu ne pourras supporter cette peine ; va-t-en !
Raison ! Tu n’es qu’une enfant. Va jouer.
(Rûmî)
La guerre contre l’islamisme radical ne fait que commencer. En étant optimiste, elle pourrait durer encore deux ou trois générations, malgré les portiques d’aéroport, l’excellence bien connue des « services » (belges ou autres) et les mâles rodomontades des « décideurs ». Elle pourrait durer même bien plus longtemps encore, si l’on a conscience de son cadre géographique (le monde entier), temporel (le jihad a commencé il y a plus de quatorze siècles), économique et social (marginalisation et pauvreté sciemment programmées pour une bonne part de la population mondiale, en particulier dans la sphère arabo-musulmane), politique (cécité et ignorance crasses du « politique » européen sur ces questions de « religion »).
Du sang, des morts, des larmes, donc, pour les décennies à venir. Préparons-nous, en particulier, sur le plan mental.
Le minimum, si l’on veut gagner une « guerre », c’est d’essayer de comprendre le cadre moral et intellectuel de « l’ennemi ».
Commençons par une épithète, révélatrice, souvent employée par les politiques et les commentateurs. Les terroristes seraient des « lâches ». On a entendu cela à propos du 11 septembre, et récemment après les attentats de Paris et Bruxelles. Cela fait du bien d’insulter l’adversaire. Mais là, cela tombe complètement à côté de la plaque. Cette épithète inconsidérée révèle un gouffre d’ignorance. Ces gens ont tué, tout en se donnant la mort. Ces attentats-suicides sont tout sauf « lâches ». Il faut trouver un autre mot. Je ne connais pas beaucoup de gens bien-pensants prêts à mourir pour leur cause ou pour leurs idées. Au moins donnons cela aux islamo-terroristes (non par faiblesse, mais pour comprendre ): ils donnent leur vie pour ce qu’ils croient.
Mais que croient-ils exactement?
Comme tous les religieux, et comme tous ceux qui « croient » en quelque chose, ils croient qu’ils sont du « bon côté », qu’ils sont dans le « bon camp ». Qu’est-ce qui leur fait croire cela ? L’argent des Saoudiens et du Qatar ? Cela aide peut-être, mais ce n’est pas suffisant. Il faut revenir aux textes, en particulier à la rhétorique spécifique du Coran, aussi.
Dans la sourate 8, Al-‘Anfal (« Le butin »), le verset 17, s’adressant aux combattants jihadistes en guerre contre les mécréants, dit:
« Ce n’est pas vous qui les avez tués, mais c’est Allah qui les a tués. »
Ce n’est pas une guerre comme une autre qu’une guerre où Allah s’engage effectivement. Il n’y a pas si longtemps, les guerres mondiales avaient habitué les Européens à une rhétorique similaire (« Gott mit uns », « In God we Trust »). La rhétorique du bien contre le mal est assez constante de par le monde.
Dans cette guerre, qui a déjà fait des millions de morts, depuis l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak par les Américains, de quel côté se tient Dieu ? – Du côté des « bons », à savoir l’Occident. De quel côté se tient Allah ? – Du côté des « croyants », à savoir les jihadistes.
Mais il y a une vraie différence, notons-le bien. Quand un drone lâche ses « munitions de précision » sur une école, un hôpital ou un village, ce n’est pas Dieu qui tue, ce sont des hommes dûment mandatés par des administrations, par des décideurs politiques et par des peuples démocratiques.
Quand un jihadiste assassine à la kalachnikov, coupe des gorges ou déclenche des bombes pleines de clous, ce n’est pas lui qui tue, c’est Allah.
Les jihadistes sont des instruments de mort dans la main de Allah/Dieu. Est-ce que les parlements croupions et les politiques cyniques peuvent occuper ce type de terrain symbolique ?
Autre chose encore. Vous voulez la paix ? Faites une croix dessus. Il n’y aura pas de paix sans une révolution profonde dans les cœurs et les esprits.
Le verset 35 de la sourate 47, qui porte le nom du Prophète (« Muhammad ») dit :
« Ne faiblissez donc pas, et n’appelez pas à la paix alors que vous êtes les plus hauts ! Allah est avec vous. »
Voilà ce que pense intimement le jihadiste. « Pas de paix. Allah est avec nous. »
Je ne crois pas que les caméras de surveillance, les portiques et les bases de données permettront la victoire finale face à des gens pénétrés de ce genre d’idées, et prêts à se donner la mort pour ce qu’ils croient.
Je crois que la victoire finale appartiendra à ceux qui peuvent donner leur vie pour sauver le monde de la mort.
Je lis l’arabe classique, que j’ai étudié pendant de nombreuses années, lors de mes longs séjours au Maghreb. J’ai étudié le Coran avec attention.
Pour contribuer à une nécessaire réflexion sur les causes profondes des récents événements auxquels l’Europe est confrontée, et qui sont diverses, j’aimerais aujourd’hui pointer modestement sur la question du texte coranique. On dit souvent que l’islam est « une religion de paix », qu’il n’y a rien de commun entre la violence aveugle et sourde de la terreur, et le texte sacré qui nous vient de l’ancienne « Arabie heureuse ».
Je ne suis absolument pas compétent pour confirmer ou réfuter ce type de jugement global. Ma seule compétence est d’aimer les langues et les textes, et d’aimer y revenir. Dans ce cadre, je propose à la réflexion et à l’analyse le verset 30 de la sourate coranique n° 9, intitulée « At-Taoubah » (le repentir) :
« Les Juifs disent : »Uzayr est fils d’Allah » et les Chrétiens disent : » Le Christ est fils d’Allah ». Telle est leur parole provenant de leurs bouches. Ils imitent le dire des mécréants avant eux. Qu’Allah les tue ! »
قتلَهموآللّه
Qâtala-humul-lâh !
J’ai suffisamment d’expérience à propos des « textes sacrés » pour reconnaître que l’on peut toujours décider de les interpréter selon différents niveaux de connaissance, ou de sagesse. Le verset ici cité est loin d’être isolé, il en existe bien d’autres de la même farine, et certains plus violents mêmes.
Je propose qu’un concile mondial des trois principales religions monothéistes se réunisse dans les mois à venir, pour procéder à une analyse critique de la Torah, des Évangiles et du Coran, et émettent en conclusion un communiqué commun. Ce communiqué aurait pour but d’aider les lecteurs de base à comprendre que toutes les formules réclamant l’anéantissement de l’autre ne sont que de simples effets rhétoriques, et ne sont en réalité que des cris d’amour sincère pour tous les hommes vivant sur la Terre.
Si cette tâche de réinterprétation s’avérait impossible pour certains passages particulièrement crus, je propose qu’un second concile mondial se réunisse et propose alors leur révision, dans l’intérêt supérieur de la paix mondiale.
Je tombe sur cette photo de Max Jacob, juif, breton et chrétien, mort à Drancy en mars 1944, quelques jours après y avoir été interné par la police française.


Hier, la richesse c’était la lumière du jour.
Aujourd’hui le monde est illuminé par les flammes.
Quelle pitié que dans le livre de ma vie, le temps
Écrive : « Ceci un jour. Cela un autre jour. »
(Rûmî)

Mon sang bout, pensant à ta chaleur.
Je ferme les yeux pour toucher ce que tu vois.
Je bois tous les poisons pour enfin te boire.
Je me forge boucle, pour être à ton oreille.
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