
L’or des métaphores, en son poétique tombeau,
Blesse Verlaine de ses couteaux,
Et son âme se zèbre en son rein beau.
Des « millions d’oiseaux d’or » volent vers l’aine,
Ou vers l’Ô — en bandes, « futures vigueurs ».
Le poète donne sa vie pour sa vision,
Et fourgue à tous son or et sa raison.
Ah ! Ce que sera alors cette lumière-là ! ……………………………
Ah ! La terre et la mer et le ciel, purs encor
Et jeunes, qu’arrosait une lumière d’or i.
…………..L’or du ciel est attique…………
– Et sous tes cieux dorés et clairs, Hellas antique,
De Sparte la sévère à la rieuse Attique ii.
…………… L’or charme l’esprit………….
Et le Laërtiade
Dompta, parole d’or qui charme et persuade,
Les esprits et les cœurs, et les âmes toujours iii.
…………..Car l’or c’est le style……………
Je suis l’Empire à la fin de la décadence,
Qui regarde passer les grands Barbares blancs
En composant des acrostiches indolents
D’un style d’or où la langueur du soleil danse.iv
…………………..L’or recouvre les harems et les parfums………..
Mon désir créait sous des toits en or,
Parmi les parfums, au son des musiques,
Des harems sans fin, paradis physiques ! v
……………….Il y a de l’or dans ce nom même………..
Nevermore.
…………….Mais cet or est-il vrai ?…………
Redresse et peins à neuf tous les arcs triomphaux :
Brûle un encens ranci sur tes autels d’or faux ;vi
………………….Ou seulement doré ?………..
Couvre-toi de tapis mordorés, mur jauni ;
Pousse à Dieu ton cantique, ô chantre rajeuni.vii
………………..L’or est-il mort, est-il en vie ?………
Soudain, tournant vers moi son regard émouvant :
« Quel fut ton plus beau jour ? » fit sa voix d’or vivant.viii
…………………L’or est chair et se cache sous la caresse……….
Ah ! les oarystis ! les premières maîtresses !
L’or des cheveux, l’azur des yeux, la fleur des chairs ix
……………..L’or n’est pas d’ébène………..
Et de toi j’aime toute chose
De la chevelure, fontaine
D’ébène ou d’or (et dis, ô pose-
Les sur mon cœur) aux pieds de reine.x
………………..L’or est épars, comme l’est le départ………..
Avec ses cheveux d’or épars comme du feu,
Assise, et ses grands yeux d’azur tristes un peu xi.
…………….L’or est fin en ses cils et ses soucis………….
Et mon âme palpite au bout de tes cils d’or…
— A propos, croyez-vous que Chloris m’aime encor ? xii
……………….L’or se love en ses yeux sans ombres……………..
Je chanterai tes yeux d’or et d’onyx
Purs de toutes ombres,
Puis le Léthé de ton sein, puis le Styx
De tes cheveux sombres. xiii
………………L’or sonne en son cœur…………….
Mais dans ton cher cœur d’or, me dis-tu, mon enfant,
La fauve passion va sonnant l’oliphant !… xiv
……………..Du cliché de l’or, le poète n’en a cure aucunexv………….
Cœur d’or, comme l’on dit, âme de diamant xvi
……………………L’or luit dans l’œil vagabond…………
Leurs jambes pour toutes montures,
Pour tout bien l’or de leurs regards. xvii
………………….L’or aime la gloire et les gueux…………
Et l’or fou qui sied aux pauvres glorieux,
Aux poètes fiers comme les gueux d’Espagne xviii.
……………………….Pour le Pauvre, l’or, comme la vie, est chose vaine………
La sale vanité de l’or qu’on a, l’envie
D’en avoir mais pas pour le Pauvre, cette vie xix.
…………………………L’or est partout, et même dans le sommeil………………
L’or dilaté d’un ciel sans bornes
Berce de parfums et de chants,
Chers endormis, vos sommeils mornes ! xx
………………………L’or se voit aussi dans les cieux………………
Emportant son trophée à travers les cieux d’or!xxi
…………………L’or fane en mer…………
L’atmosphère est de perle et la mer d’or fané.xxii
…………………….L’or dure dans le couchant…………..
Ces clochers, cette tour, ces autres, sur l’or blême
Des nuages à l’ouest réverbérant l’or dur xxiii
…………………L’or est dans les astres……………..
Tournez, tournez ! Le ciel en velours
D’astres en or se vêt lentement.xxiv
……………………Le soleil lui-même est d’or…………..
Que lui fait l’astre d’or, que lui fait la charmille xxv,
………………….En effet, ainsi apparaît-il…………..
Car voici le soleil d’or. — xxvi
………………………Le soleil luit moins que la blondeur……………
Le soleil luisait haut dans le ciel calme et lisse,
Et dans ses cheveux blonds c’étaient des rayons d’or. xxvii
…………………L’or est plus noir vers le soir……………
Les yeux noirs, les cheveux noirs et le velours noir
Vont contrastant, parmi l’or somptueux d’un soir. xxviii
……………………..L’or luit dans l’agonie du jour………………..
Et le soleil couchant, quand dans l’or il s’effondre,
Pleure du sang de n’ouïr plus, les soirs d’été,
Monter vers lui l’air sombre et gai répercuté.xxix
……………………L’or s’y éteint et trouve enfin sa fin…………..
Le couchant d’or et d’améthyste
S’éteint et brunit par degré. xxx
…………………..Mais le plus bel or, c’est l’aurore……………..
De fauve l’Orient devient rose, et l’argent
Des astres va bleuir dans l’azur qui se dore
[…]
L’alouette a volé stridente : c’est l’aurore ! xxxi
…………………L’or illumine et voile le lit des morts…………….
Des rideaux de draps d’or roides comme des murs xxxii
…………………L’or est l’auréole de l’ange………………..
L’Ange des vieux tableaux avec des ors au fond. xxxiii
………………………Il faut le dire encore : l’or est partout.…………..
L’or sur les humbles abîmes. xxxiv
……………………Il est dans la parole et dans le rire…………..
Monsieur, vous raillez mieux encor
Que vous n’aimez, et parlez d’or;
Mais taisons-nous, si bon vous semble ? xxxv
…………………L’or est éphémère, il papillonne……………
– papillon de pourpre et d’or. xxxvi
………………..L’or vole parmi les blés……………..
L’or des pailles s’effondre au vol siffleur des faux xxxvii
…………………L’or s’entend dans le cor……………
La note d’or que fait entendre
Un cor dans le lointain des bois xxxviii
…………………….L’or s’écoute dans sa voix……………
Mon oreille avide d’entendre
Les notes d’or de sa voix tendre. xxxix
…………………..L’or se marie au tendre………………..
Et de noces d’or et du tendre xl
………………………..L’or brille sous le sang…………….
Voix de l’Orgueil ; un cri puissant, comme d’un cor.
Des étoiles de sang sur des cuirasses d’or xli
…………………Le sang fait fleurir l’or…………….
Ton sang qui s’amasse
En une fleur d’or xlii
………………………..L’or est le présent des mages……………..
La myrrhe, l’or et l’encens
Sont des présents moins aimables
Que de plus humbles présents
Offerts aux Yeux adorables.xliii
…………………..L’or s’allie à la soie et aux satans………………..
Dans un palais, soie et or, dans Ecbatane,
De beaux démons, des satans adolescents, xliv
……………………….L’or se lie à l’ombre…………….
D’arbres au vent et de poussière d’ombre et d’or.xlv
………………………..L’or se voit dans la voix…………….
Avec de l’or, du bronze et du feu dans la voix xlvi
………………………….L’or luit dans les batailles……………….
C’est le contact, c’est le conflit
Dans le sens, pur alors, qu’on lit
Sur l’or lucide des batailles.
Fi des faciles compromis! xlvii
………………….L’or coule………….
L’or fond et coule à flots et le marbre éclate xlviii
…………………..Les lèvres aiment l’or……………
Et tumultueuse et folle et sa bouche
Plonge sous l’or blond, dans les ombres grises; xlix
………………….L’or, élusive allusion à l’extase……………..
À ton étreinte, bras très frais, souple et dur flanc,
Et l’or mystérieux du vase pour l’extase. l
…………………..L’or de l’âme, un flux de blondeur……………..
Son âme en blanc linceul, par l’espace éclairci
D’une douce clarté d’or blond qui flue et vibre
Monte au plafond ouvert désormais à l’air libre
Et d’une ascension lente va vers les cieux. li
………………………L’or, l’or, toujours l’or, et encore de l’or……………………
La Gueule parle: « L’or, et puis encore l’or,
Toujours l’or, et la viande, et les vins, et la viande,
Et l’or pour les vins fins et la viande, on demande
Un trou sans fond pour l’or toujours et l’or encor ! »
La Panse dit : « À moi la chute du trésor !
La viande, et les vins fins, et l’or, toute provende,
A moi ! Dégringolez dans l’outre toute grande
Ouverte du seigneur Nabuchodonosor ! lii
…………………….L’or, c’ est le passé……………
A ce mien passé d’or vanné représenté
Par un Génie en l’air, misère et liberté liii
……………………..L’or, c’est l’âme même…………….
On fut jeune et on l’est encor,
Cœur de diamant, âme d’or
Pur et dur, un trésor à prendre…liv
…………………..Tout compte fait : l’Or est l’Un, pour tout, partout, toujours………………………
________________________
iVerlaine. Poèmes saturniens. Prologue
iiVerlaine. Poèmes saturniens. Prologue
iiiVerlaine. Poèmes saturniens. Prologue
ivVerlaine. Jadis et naguère. Langueur
vVerlaine. Poèmes saturniens. Résignation
viVerlaine. Poèmes saturniens. Nevermore
viiVerlaine. Poèmes saturniens. Nevermore
viiiVerlaine. Poèmes saturniens. Nevermore
ixVerlaine. Poèmes saturniens. Voeu
xVerlaine, Chair, Chanson pour elle.
xiVerlaine. Cellulairement. Amoureuse du diable.
xiiVerlaine. Jadis et naguère. Les uns et les autres. Scène 8
xiiiVerlaine. Poèmes saturniens. Sérénade
xivVerlaine. Poèmes saturniens. Lassitude
xvVerlaine use à l’occasion de clichés, sans trop de modération, mais pour s’en détacher aussitôt, en une pirouette. Quelques exemples de cliché choisis (« franc comme l’or », « rouler sur l’or », « le veau d’or », « le silence d’or »), et de leurs envols ultérieurs:
» (…) franche
Comme l’or, comme un bel oiseau sur une branche ».
Bonheur, Œuvres complètes, Tome II.
« Tu nageais dans l’argent et tu roulais sur l’or,
Et, pour te faire heureuse et belle mieux encor,
Une passion vraie et forte t’avait prise,
Qui t’exalta longtemps comme un bon vin qui grise. »
Élégies, Œuvres complètes, Tome III.
« Vous voulez tuer le veau gras
Et qu’un sonnet signe la trêve.
Très bien, le voici, mais mon rêve
Serait, pour sortir d’embarras
Et nous bien décharger les bras
De la manière la plus brève,
— Tel un lourd fardeau qu’on enlève—
Que ce veau fût d’or et très gras. »
Dédicaces, A Léon Vanier, Œuvres complètes, Tome III.
« Le bruit de ton aiguille et celui de ma plume
Sont le silence d’or dont on parla d’argent.
Ah ! cessons de nous plaindre, insensés que nous fûmes,
Et travaillons tranquillement au nez des gens ! »
Vers sans rimes, Œuvres complètes, Tome III.
xviVerlaine. Cellulairement. Amoureuse du diable.
xviiVerlaine. Poèmes saturniens. Grotesques
xviiiVerlaine. Jadis et naguère. Sonnets et autres vers
xixVerlaine. Amour. Angélus de midi
xxVerlaine. Poèmes saturniens. Sub urbe
xxiVerlaine. Poèmes saturniens. Epilogue
xxiiVerlaine. Amour. Bournemouth
xxiiiVerlaine. Sagesse. XIX
xxivVerlaine. Romances sans paroles. Bruxelles. Chevaux de bois.
xxvVerlaine. Poèmes saturniens. Monsieur Prudhomme
xxviVerlaine. La bonne chanson. Avant que tu ne t’en ailles
xxviiVerlaine. Romances sans paroles. Beams
xxviiiVerlaine. Poèmes saturniens. César Borgia
xxixVerlaine, Épigrammes, 11, Œuvres complètes, Tome III.
xxxVerlaine. Jadis et naguère. Les loups
xxxiVerlaine. Jadis et naguère. Les vaincus
xxxiiVerlaine. Poèmes saturniens. La mort de Philippe II
xxxiiiVerlaine. Poèmes saturniens. Epilogue
xxxivVerlaine. Romances sans paroles. Bruxelles. Simples fresques.
xxxvVerlaine. Fêtes galantes. Les indolents.
xxxviVerlaine. Fêtes galantes. L’amour par terre
xxxviiVerlaine. Sagesse. XX
xxxviiiVerlaine. La bonne chanson. VIII
xxxixVerlaine. La bonne chanson. XI
xlVerlaine. Sagesse. Ecoutez la chanson bien douce.
xliVerlaine. Sagesse. XIX
xliiVerlaine. Sagesse. Du fond du grabat
xliiiVerlaine. Liturgies intimes. Rois
xlivVerlaine. Jadis et naguère. Crimen amoris
xlvVerlaine. Sagesse. Parisien, mon frère à jamais étonné
xlviVerlaine. Amour. Bournemouth
xlviiVerlaine. Épigrammes, 10, Œuvres complètes, Tome III.
xlviiiVerlaine. Jadis et naguère. Les vaincus
xlixVerlaine. Parallèlement. Pensionnaires
lVerlaine. Prologue supprimé à un livre « d’invectives ».Œuvres complètes, Tome II.
liVerlaine. Jadis et naguère. La grâce
liiVerlaine. Amour. Sonnet héroïque
liiiVerlaine. Dédicaces. A Armand Sinval, Œuvres complètes, Tome III.
livVerlaine. Épigrammes, Œuvres complètes, Tome III, p.236.
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