
Platon affirme que l’âme est « immortelle » parce qu’elle est « toujours mobile ». Cette dernière expression traduit littéralement le grec τὸ ἀεικίνητον (to aei-kinèton). Cependant, bien d’autres variations ont pu être choisies pour ce passage-clé du Phèdrei. En traduisant τὸ ἀεικίνητον par « tout ce qui se meut de soi-même », Léon Robinii ajoute « de soi-même » au texte original. Victor Cousiniii traduit par « tout être continuellement en mouvement », et ajoute donc le mot « être », lui aussi absent de l’original. Restant quelque peu insatisfait de leurs versions, j’ai cherché à traduire ce passage en restant aussi fidèle que possible à la lettre du texte, et en bannissant tout excès interprétatif :
« Toute âme est immortelle. En effet, ce qui est toujours en mouvement est immortel. Quant à tout ce qui donne du mouvement et qui en reçoit, dès que le mouvement cesse, la vie cesse aussi. Seul ce qui se meut soi-même, parce qu’il n’abandonne pas ce qu’il est, jamais ne cesse de se mouvoir. Et il est la source et le principe du mouvement pour tous les autres êtres qui, eux, sont musiv. »
Les questions abondent. Pourquoi « ce qui est toujours en mouvement » est-il immortel ? Parce que cela est toujours en mouvement ? Ou parce que cela est toujours en mouvement ? Ou encore, les deux à la fois ?… Dans tous les cas, il apparaît que le mouvement est associé à la « vie ». Un mouvement perpétuel signifie donc l’immortalité. Mais un tel mouvement perpétuel existe-t-il ? Existe-t-il un « être » qui soit toujours en mouvement, c’est-à-dire toujours en vie ? Le fait qu’on puisse le concevoir en théorie, n’implique pas son existence nécessaire.
« Quant à ce qui donne du mouvement et qui en reçoit, dès que le mouvement cesse, la vie cesse aussi. » Il y a des êtres qui donnent, d’autres qui reçoivent, et d’autres encore donnent ce qu’ils reçoivent. Parmi ces dons, il y a le mouvement, ou bien la vie elle-même. On peut imaginer que la chaîne des donneurs et des receveurs, et la suite des transmetteurs est nécessairement infinie, si l’on remonte dans le temps, à moins qu’il n’y ait un premier donneur, qu’Aristote appelle le « premier moteur », mais aussi un premier receveur, en l’occurrence un premier moteur « vivant » donnant la vie à un premier receveur de vie.
Mais quand le « don » cesse, la vie ne cesse-t-elle pas aussi ? On conçoit que cette chaîne de vie et de mouvement pourrait s’arrêter un jour, comme elle a commencé, un jour. Notre univers actuel, on le sait, finira un jour dans l’immobilité du zéro absolu, après avoir atteint un état d’entropie totale.
A ce moment, la vie aura cessé depuis longtemps déjà. A moins que, contre toute évidence, contre toute attente, la vie ne continue encore, d’une autre manière. Comment cela se pourrait-il?
On peut supputer qu’existe une infinité d’autres chaînes causales que celles du « mouvement » et de la « vie ». On peut aussi imaginer que cet univers atteignant le zéro absolu laisse place à d’autres univers, obéissant à d’autres lois causales. Les concepts de « mouvement » et de « vie » pourraient avoir alors d’autres acceptions que nous sommes incapables d’imaginer. Ou alors seulement par métaphore, comme l’idée d’une pensée « vivante », ou d’une pensée « en mouvement », qui existerait dans un univers fait de pure pensée, et donc purement immatériel.
Dans ce type d’univers-là, du mouvement et de la vie continueraient d’être donnés et reçus, et transmis d’âge en âge, toujours.
« Seul ce qui se meut soi-même, parce qu’il n’abandonne pas ce qu’il est, jamais ne cesse de se mouvoir. » Ce qui se meut soi-même ne laisse pas d’être et de rester soi-même. Il « ne s’abandonne pas » (οὐκ ἀπολεῖπον ἑαυτό), autrement dit, « il ne peut cesser d’être lui-même » (Victor Cousin), « en tant que sa nature propre jamais ne se fait défaut »(Léon Robin). Est immortel ce qui ne s’abandonne jamais soi-même, et continue d’être ce qu’il est. Comme ce qu’il est, essentiellement, c’est d’être « vivant », il ne cesse jamais de « vivre ». On voit que cet immortel est défini par la négative : l’immortel est ce qui ne s’abandonne pas, ce qui ne se retire pas, ce qui ne se laisse pas aller en retrait de soi-même, ce qui ne reste jamais en arrière de soi, mais qui va toujours en avant.
« Et il est la source et le principe du mouvement pour tous les autres êtres qui, eux, sont mus. » Il ne s’agit pas seulement, ici, du destin d’un être exceptionnel, un Dieu par exemple, qui serait capable de se mouvoir par lui-même dans l’infini des temps. Il s’agit de quelque chose de plus extraordinaire encore : cet être immortel, ce Dieu, se veut aussi « source » (πηγὴ) et « principe » (ἀρχὴ). Cet être et cette immortalité, il la partage, il la donne, il la répand, il en gratifie tous ceux qui peuvent prendre s’identifier à son principe.
La formule de Platon, « Toute âme est immortelle », a été reprise par Hermès Trismégiste. Il commença l’un de ses plus fameux discours avec cette expression, lorsqu’il s’adressa à Asclépius, en présence de Tat et de Hammon. Cependant, il y apporta deux modifications cruciales. D’abord, il l’appliqua spécifiquement à l’être humain, alors que Platon était resté sur un plan universel, général, abstrait et non spécifique. Ensuite, il la complexifia, il la fit s’ouvrir vers d’autres possibles. Il tenta de faire comprendre comment l’idée d’immortalité pouvait envelopper l’âme humaine d’une façon spécifique. Hermès Trismégiste s’adressa ainsi à Asclépius: « Toute âme humaine est immortelle, mais elles ne le sont pas toutes de la même manière; elles diffèrent selon le mode et le tempsv. »
Asclépius l’interrompit aussitôt.
— Il n’est donc pas vrai, ô Trismégiste, que toutes les âmes soient de la même qualité?
— Que tu as vite fait, ô Asclépius, de lâcher la vraie suite du raisonnement. N’ai-je pas dit que tout est un et que l’Un est Tout, puisque toutes choses ont existé dans le créateur avant qu’il ne les ait créées ? Et ce n’est pas sans raison qu’on l’a appelé le Tout, lui dont toutes choses sont les membresvi.
Hermès Trismégiste se montre d’une cinglante ironie, et réplique par une belle tirade sur l’Un et le Tout, dont il sembla estimer qu’elle devait clore la question. Mais en fait, il ne répondit pas précisément à la question d’Asclépius. Il ne fit que le renvoyer à la nature identique de toutes les âmes en tant qu’elles sont toutes des « membres » du Tout. Cela s’appelle botter en touche. Que les âmes soient d’une nature identique n’empêche pas, en principe, qu’elles aient aussi une essence spécifique. Les âmes peuvent être en effet de la même « qualité », puisqu’elles sont toutes des « membres » du Tout, qui les contient toutes comme autant de parties. Pourtant Hermès venait d’affirmer qu’elles sont aussi toutes différentes « selon le mode et le temps ». De cela, on pourrait inférer que les âmes diffèrent toutes selon leur « manière » de se mouvoir et de se couler dans l’immortel mouvement qui les emporte toutes. Hermès dit aussi que c’est la nature qui donne son « mouvement immortel » à la matière ainsi qu’à l’âme, en les « embrassant »vii. On peut imaginer que cet embrassement n’est pas uniforme ou indifférencié. La manière dont la nature étreint la matière varie, ainsi que la manière dont elle imprime son mouvement à l’âme. Autrement dit, chaque âme est parfaitement singulière. Chacune a sa manière d’embrasser ce monde, et de comprendre ce flux, dans lequel elle est « jetée » (pour emprunter un terme heideggerien). Il ne s’agit pas simplement d’un flux tranquille, d’ailleurs, mais plutôt d’un torrent violent. Cette violence exige une aptitude à garder la tête hors de l’eau, à ne pas se laisser couler, si l’on veut conserver quelque conscience de ce qu’il nous vient à vivre. « La raison divine, pour être connue, exige une attention de l’esprit qui ne peut venir que du divin ; elle ressemble fort à un fleuve torrentiel qui se précipite des hauteurs avec une violente impétuosité. Si bien que, par son extrême rapidité, elle devance l’attention non seulement de celui qui écoute, mais de celui qui en parleviii. » En écrivant « La raison divine, pour être connue, exige une attention de l’esprit qui ne peut venir que du divin », j’ai pris sur moi de modifier quelque peu la traduction de l’Asclépius que donne A.-J. Festugière, laquelle se lit ainsi: « Car la doctrine de la divinité (divinitatis ratio) qui exige pour être connue une application de l’intellect (sensus) qui ne peut venir que de Dieu, ressemble etc. » Le P. Festugière précise en note que le mot latin sensus a souvent été choisi pour traduire l’original grec νοῦς, noûs. Il propose de traduire νοῦς – sensus par ‘intellect’, parce qu’il entend ainsi lui donner le sens « technique » propre à l’hermétisme, à savoir: « la faculté d’intuition du divinix« . Dans d’autres parties de l’Asclépius, le νοῦς – sensus est employé pour désigner l’âme des dieux. Mais ici ce terme s’applique bien à l’homme. Il en ressort qu’on trouve le νοῦς à la fois en Dieu et dans l’entendement humain. Dans le cas de l’homme, le νοῦς se « mélange » avec l’âme. Il est pour l’homme un don divin. C’est seulement par le νοῦς que nous pouvons connaître le divin, et que nous pouvons nous unir à lui. Enfin, comme on vient de le voir avec Hermès, le νοῦς – sensus n’est pas semblable en tous les hommes.
Mais qu’est-ce que le νοῦς ? Le dictionnaire Bailly donne les acceptions suivantes: « faculté de pensée; esprit, intelligence, sagesse; âme, cœur ». On notera que Bailly ne cite pas l’acception « intellect ». En revanche, le Liddell-Scott donne: « mind; reason, intellect; Mind as the active principle of the Universe; act of mind, thought; sense, meaning (of a word) ». La traduction par « intellect », l’option choisie par le P. Festugière, paraît donc en effet « technique »; elle correspond à une tradition philosophique remontant à Anaxagore et aux présocratiques qui voyaient dans le νοῦς, l’Esprit qui est le principe actif de l’Univers. Dans les traductions contemporaines d’Anaxagore, le νοῦς est dotée d’une majuscule. Il devient le Noûs, l’Intellect. Anaxagore lui donne en effet tous les attributs de l’Être seul, un, illimité, existant par lui-même et maître de toutes choses, omniscient et omnipotent: « L’Intellect est illimité, maître absolu, et n’est mélangé à aucune chose, car il existe seul et par lui-même […] En effet, il est de toutes les choses la plus subtile et la plus pure ; il possède la totale connaissance de toutes choses, et il a une très grande puissance. Toutes les choses qui ont une âme, qu’elles soient grandes ou petites, sont toutes sous l’empire de l’Intellect. C’est l’Intellect qui a exercé son empire sur la révolution universelle, de telle sorte que c’est lui qui a donné le branle à cette révolutionx . » Soit. Mais dans l’Asclépius, le mot νοῦς, ou sensus dans les manuscrits latins, n’est pas seulement utilisé pour désigner l’Intellect maître et créateur des mondes, il est aussi utilisé pour décrire l’esprit qui en chaque homme est en mesure de se jeter intentionnellement dans le torrent de la « connaissance », à la recherche de la « raison divine » (ratio divinitatis). Comment est-ce possible? On l’a vu, la révélation hermétique affirme que le νοῦς est un don divin fait à l’homme pour qu’il puisse connaître le Νοῦς lui-même, c’est-à-dire la « raison divine », son essence, et sa fin. C’est pourquoi « c’est une grande merveille que l’homme, un vivant digne de révérence et d’honneurxi […] Car il passe dans la nature d’un dieu, comme si lui-même était dieu […] il méprise cette partie de sa nature qui n’est qu’humaine, car il a mis son espoir dans la divinité de l’autre partie. Oh! de quel mélange privilégié est faite la nature de l’homme! Il est uni aux dieux par ce qu’il a de divin et qui l’apparente aux dieux; la partie de son être qui le fait terrestre, il la méprise en lui-même. Tel est donc sa position dans ce rôle privilégié d’intermédiaire […] il se mêle aux éléments par la vitesse de sa pensée, par la pointe de l’esprit il s’enfonce dans les abîmes de la mer. Il est à la fois toutes choses, il est à la fois partoutxii. » Ce qui fait que l’homme a cette capacité, ce n’est pas seulement son entendement ou son intelligence, c’est d’abord et essentiellement le νοῦς qu’il a reçu en partage.
Comment le νοῦς est-il donné à l’homme, et pour en faire quoi ? « L’homme en plus de l’entendement (intellegentia) reçoit encore le νοῦς, cette quintessence (quinta pars) qui, seule à venir de l’éther, est accordée en don à l’homme. Mais de tous les êtres qui ont vie, c’est l’homme seul que le νοῦς (sensus) orne, élève, exalte, en sorte qu’il puisse atteindre à la connaissance (ad intellegentiam) du plan divin (divinae rationis)xiii. » L’homme est donc « doublexiv« . Il dispose de l’entendement qu’on peut appeler aussi « intelligence », puisque le mot latin nous y invite (intellegentia), mais il reçoit surtout ce « don » de l’esprit, le νοῦς, qui est la faculté d’intuition touchant à toutes choses divines. L’intelligence est capable de comprendre toutes choses relevant du monde, mais seul l’esprit (νοῦς) est capable de sentir ou d’intuiter ce qui reste bien au-delà de toute compréhension, et de toute intelligibilité. Par la puissance de l’intuition propre à l’esprit (νοῦς), l’homme s’élève à une hauteur sans commune mesure avec tout ce qui est simplement ‘intelligible’, et il peut alors atteindre à une « connaissance » du divin. Où et comment se passe cette rencontre ‘intuitive’ de l’homme avec le divin? Elle a lieu dans son « corps », au sein même de la matière, qui lui sert de voile, d’abri protecteur. “C’est de la matière qu’a été fait le corps, qui sert d’enveloppe à cette partie de l’homme dont nous venons de dire qu’elle est divine, pour que la divinité de l’esprit pur, seule dans cet abri avec ce quelle connaît, c’est-à-dire avec l’intuition de l’esprit pur (id est mentis purae sensibus), se repose seule avec soi (secum ipsa conquiescat), comme retranchée derrière le mur du corps (tanquam muro corporis saepta)xv.” Cette rencontre met en présence ‘la divinité de l’esprit pur’ (purae mentis divinitas) et ‘les intuitions de l’esprit pur’ (au pluriel: mentis purae sēnsūs). C’est là une sorte de ‘trinité’. Les protagonistes en sont la divinité (divinitas), l’esprit pur (pura mens), et ses intuitions (sēnsūs), qui ne forment en réalité qu’une seule entité, laquelle reste en repos, seule avec elle-même. Pourquoi en repos? Ne nous avait-on pas dit que la divinité se meut toujours? Il y a peut-être moyen d’imaginer qu’elle continue de se mouvoir dans l’esprit de l’homme, tout en restant à l’intérieur d’elle-même, dans le calme et la paix. C’est en effet un tel type de mode opératoire qu’explique l’Asclépius un peu plus loin. “On peut dire que Dieu aussi se meut lui-même en soi tout en demeurant immobile. En effet le mouvement de sa stabilité est immobile en raison de son immensité: car la règle de l’immensité implique l’immobilitéxvi.” Dans un autre passage de l’Asclépius, on trouve d’ailleurs une description synthétique des quatre sortes d’esprits qui se meuvent dans la Divinité, dans l’Éternité, dans le monde, et chez l’homme. Le premier d’entre eux, l’Esprit total (en latin omnis sensus, et en grec, ὁ πᾶς νοῦς), présente précisément le même mélange de mouvement et de repos que celui que nous venons d’observer au sein même de l’esprit de l’homme, ainsi que dans « l’éternité »: « L’Esprit total qui ressemble à la divinité, de soi immobile, se meut pourtant dans sa stabilité: il est saint, incorruptible, éternel et quoi que ce soit de meilleur encore, s’il est un attribut meilleurxvii. » Suit une présentation succincte des trois autres esprits, l’Esprit de l’Aiôn (le mot Αἰών signifie à la fois « éternité » et « vie »), l’Esprit du monde et l’esprit humain: « [L’esprit de l’Aiôn]xviii est l’éternité du Dieu suprême laquelle subsiste dans l’absolue vérité, infiniment rempli de toutes les formes sensibles et de l’ordre universel, ayant sa subsistance, pour ainsi dire, avec Dieu. L’esprit du monde (sensus mundanus), quant à lui, est le réceptacle (receptaculum) de toutes les formes sensibles et de tous les ordres particuliers. Enfin l’esprit humain <dépend du> pouvoir de retenir propre à la mémoire, grâce auquel il garde le souvenir des expériences passées. La divinité de l’Esprit s’arrête, dans sa descente, à l’animal humain: car le Dieu suprême n’a pas voulu que l’esprit divin allât se mêler à toutes les espèces de vivants, de peur qu’il ait à rougir de ce mélange avec les vivants inférieursxix. »
Tout cet enseignement, hermétique par excellence, n’était certes pas destiné à être dévoilé et discuté ouvertement. Hermès avait clairement exprimé la nécessité de celer ces mystères. « Pour vous, ô Tat, Asclépius et Hammon, gardez ces divins mystères dans le secret de vos cœurs, couvrez-les de silence et tenez-les cachés »xx.
L’Asclépius finit par une formule comprenant un adjectif extrêmement rare : Gratias tibi summe, exsuperantissime xxi . L’adjectif latin exsuperantissime comporte deux préfixes [ex] et [super], et le suffixe superlatif [issime]. Il est bien équipé pour atteindre à l’indicible. On peut le traduire par une expression prolixe (« Toi qui surpasses infiniment toutes choses »), faute d’équivalent en français. Je propose donc que la langue française se l’approprie, tel quel, sans tarder. Du moins, si nous voulons tenter de nous séparer (linguistiquement) de ce qui nous retient d’acquérir une sorte d’intelligence “nouvellexxii”.
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iPlaton, Phèdre, 245 c-d: Ψυχὴ πᾶσα ἀθάνατος. Τὸ γὰρ ἀεικίνητον ἀθάνατον· τὸ δ᾽ ἄλλο κινοῦν καὶ ὑπ᾽ ἄλλου κινούμενον, παῦλαν ἔχον κινήσεως, παῦλαν ἔχει ζωῆς. Μόνον δὴ τὸ αὑτὸ κινοῦν, ἅτε οὐκ ἀπολεῖπον ἑαυτό, οὔποτε λήγει κινούμενον, ἀλλὰ καὶ τοῖς ἄλλοις ὅσα κινεῖται τοῦτο πηγὴ καὶ ἀρχὴ κινήσεως.
iiTraduction de Phèdre, 245 c-d par Léon Robin (Bibliothèque de la Pléiade) : « Toute âme est immortelle. Tout ce qui se meut de soi-même est immortel, en effet, tandis que ce qui, mouvant autre chose, est lui-même mû par autre chose, cesse d’exister quand cesse son mouvement. Seul, par conséquent, ce qui se meut jamais ne cesse d’être mû en tant que sa nature propre jamais ne se fait défaut; mais c’est là au contraire la source aussi et le principe du mouvement pour toutes les autres choses qui sont mues. »
iiiTraduction de Victor Cousin (1849) : « Toute âme est immortelle, car tout être continuellement en mouvement est immortel. Celui qui transmet le mouvement et le reçoit, au moment où il cesse d’être mû, cesse de vivre ; mais l’être qui se meut lui-même ne pouvant cesser d’être lui-même, seul ne cesse jamais de se mouvoir, et il est pour les autres êtres qui tirent le mouvement du dehors la source et le principe du mouvement. »
ivMa traduction.
v« O Asclepi, omnis humana inmortalis est anima, sed non uniformiter cunctae sed aliae alio more uel tempore. » Hermès Trismégiste. Asclépius. Texte établi par A.D. Nock. Traduit par A.-J. Festugière. Les Belles Lettres. Paris 1973, §2, p. 297
viIbid. p.297-298
viiIbid. p.298: Anima et mundus a natura comprehensa agitantur ita omnium multiformi imaginum qualitate variata. « L’âme et la matière, embrassées pas la nature, sont mises en mouvement par elle, avec une telle diversité dans l’aspect multiforme de tout ce qui prend figure » (…)
viiiIbid. p.298-299: Divinitatis etenim ratio divina sensus intentione noscenda, torrenti simillima est fluvio e summo in ponum praecipiti rapacitate currenti: quo efficitor, ut intentionem nostram non solum audientum verum tractantium ipsorum celeri velocitate praeterat.
ixCf. Ibid. p.363 note 53
xAnaxagore, Fragment XII, Traduction Jean-Paul Dumont. Les Écoles présocratiques, Gallimard, coll. Folio/Essais, 1991
xi“Propter haec, o Asclepi, magnum miraculum est homo, animal adorandum atque honorandum”. Hermès Trismégiste. Asclépius. Texte établi par A.D. Nock. Traduit par A.-J. Festugière. Les Belles Lettres. Paris 1973, §5, p. 301
xiiHermès Trismégiste. Asclépius. Texte établi par A.D. Nock. Traduit par A.-J. Festugière. Les Belles Lettres. Paris 1973, §5, p. 302
xiiiSensu addito ad hominis intellegentiam, quae quinta pars sola homini concessa est ex aethere. Sed de animalibus cunctis humanos tantum sensus as divinae rationis intellegentiam exornat erigit atque sustollit. Hermès Trismégiste. Asclépius. Texte établi par A.D. Nock. Traduit par A.-J. Festugière. Les Belles Lettres. Paris 1973, §6, p. 303
xivSolum enim animal homo duplex est. « Seul parmi les vivants, l’homme est double ». Ibid. §7 p.304
xvIbid. §7 p.304
xvi« L’éternité, qui, prise à part, est immobile, paraît en mouvement à cause du temps, car elle entre elle-même dans le temps, dans ce temps où tout mouvement trouve place. D’où il résulte que la stabilité de l’éternité comporte du mouvement et la mobilité du temps devient stable par l’immutabilité de la loi qui règle sa course. Et dans ce sens on peut dire que Dieu aussi se meut lui-même en soi tout en demeurant immobile. En effet le mouvement de sa stabilité est immobile en raison de son immensité, car la règle de l’immensité implique l’immobilité. Cet être donc, qui est tel, qui échappe à l’emprise des sens, n’a pas de limites, nul ne peut l’embrasser ni le mesurer; il ne peut être ni soutenu ni porté ni atteint au terme de la chasse; où il est, où il va, d’où il vient, comment il se comporte, de quelle nature il est, tout cela nous est inconnu; il se meut dans sa stabilité souveraine et sa stabilité se meut en lui, qu’elle soit Dieu, ou l’éternité, ou l’un et l’autre, ou l’un dans l’autre, ou l’un et l’autre dans l’un et l’autre. » Ibid. §31 p.339-340
xviiIbid. §32 p.340
xviiiJe reprends ici la leçon de Ferguson (p.423, n.7), s’appuyant sur Numénius (Cf. Euseb., Prep.ev. XI 18,20), telle qu’exposée par le P. Festugière, op.cit. p. 390, n.279.
xixIbid. §32 p.340-341
xxIbid. §32 p.341
xxi“Nous te rendons grâces, Très-Haut, Toi qui surpasses infiniment toutes choses, car c’est par ta faveur que nous avons obtenu cette grande lumière qui nous permet de te connaître. Nom saint et digne de révérence, Nom Unique par lequel Dieu seul doit être béni selon la religion de nos pères […] Tu nous as donné l’esprit (νοῦς, sensus), la raison (ratio), l’intelligence (intellegentia); l’esprit, pour que nous puissions te connaître; la raison pour que, par nos intuitions, nous t’atteignions au terme de la chasse, l’intelligence pour que, te connaissant, nous soyons en joie. Nous nous réjouissons donc, sauvés par ta puissance (numen) de ce que tu te sois montré à nous tout entier.” Ibid. §41 p.353-354
xxiiCf. Jamblique. Les Mystères d’Égypte. Traduit du grec par Édouard des Places, S.J., Les Belles Lettres, 1993, Ch. VIII, 7, p.193. « L’âme a en propre le principe de la conversion vers l’intelligible, du détachement des êtres soumis au devenir, de l’union à l’être et au divin […] Nous pouvons nous unir aux dieux, nous tenir au-dessus de l’ordre cosmique et participer à la vie éternelle et aux activités des dieux supra-célestes. Selon ce principe nous sommes capables de nous libérer nous-mêmes. En effet […] quand l’âme s’élève vers les êtres supérieurs à elle, alors elle se sépare entièrement de ce qui la retient auprès du devenir, elle se détache des parties inférieures, à la place de sa vie elle acquiert une vie nouvelle, et se donne à un autre ordre, en abandonnant complètement le précédent. »
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