Sagesse et Jeunesse

Trente-quatrième jour

Par discipline méthodologique, et pour varier abruptement les angles d’attaque, je vais aujourd’hui faire parler André Breton. Après tout, le « surréalisme » prétend, par son nom même, transcender en quelque sorte le réel, ou du moins s’établir au-dessus de lui, ce qui lui donne a priori une potentielle affinité avec notre sujet. Voici des extraits d’Arcane 17, que je vais commenter librement:

« Ce fut là pour moi, la clé même de cette révélation dont j’ai parlé et que je ne pouvais devoir qu’à toi seule, au seuil de ce dernier hiver. Dans la rue glacée, je te revois moulée sur un frisson, les yeux seuls à découvert. Le col haut relevé, l’écharpe serrée de la main sur la bouche, tu étais l’image même du secret, d’un des grands secrets de la nature au moment où il se livre, et dans tes yeux de fin d’orage on pouvait voir se lever un très pâle arc-en-ciel. »

Il s’agit là, sans doute, d’une métaphore. Comment penser autrement ? Cette personne « moulée sur un frisson » est, à mon humble avis, la Sagesse. La Sagesse a pour essence la « vision », et seuls ses yeux sont à découvert. Le reste est caché. La Sagesse est avare de mots, tant ceux-ci peuvent tromper. D’où l’écharpe. La Sagesse est secrète en son essence, et elle est entre le passé et l’avenir : son regard est entre l’orage et l’aurore. La rue glacée est le monde sans chaleur des fleuves étriqués, désincarnés.

Verlaine avait déjà pris une sérieuse option sur la vertu évocatrice de l’adjectif « glacé » :

« Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l’heure passé.
Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l’on entend à peine leurs paroles. »

Mais Verlaine évoquait des spectres. Breton a d’autres objectifs, plus réels, surréels même. Il veut faire fondre toute la glace du réel, de par les yeux pâles de la Sagesse. Et ce n’est qu’une étape. Après la Sagesse, il veut remonter à la source de l’esprit.

« (…) Ce signe mystérieux, que je n’ai connu qu’à toi, préside à une sorte d’interrogation palpitante qui donne en même temps sa réponse et me porte à la source même de la vie spirituelle. (…) Cette clé rayonne d’une telle lumière qu’on se prend à adorer le feu même dans lequel elle a été forgée. »

Breton, adorateur du feu ! Ciel ! Zoroastre, rive gauche ! Après tout pourquoi pas ? L’église de Saint Germain des Prés est bien construite sur le site d’un ancien temple d’Isis. Sic. Et d’Isis à Mithra, il n’y a qu’un pas.

Il reste à donner un contenu plus palpable à ce feu, et à la lumière qu’il émet:

« (…) La vertu entre toutes singulière qui se dégage de ton être et que, sans hésitation, je me suis trouvé me désigner par ces mots : « La jeunesse éternelle », avant d’avoir reconnu leur portée. »

Nous y sommes. La sagesse « en feu » de Breton serait donc la « jeunesse éternelle » !…

Mais quoi ? La Sagesse et la Jeunesse, rime riche?

Une réflexion sur “Sagesse et Jeunesse

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