Rêves

En hébreu, il y a deux mots pour le « rêve », connotés de façon très différente, l’un par la force et la vigueur ( חֲלוֹם, halôm), et l’autre par la lassitude et la vieillesse (שֵׁנָה , shenâh).

Quand Joseph « rêve un rêve » (Gen. 37, 5), ou quand Jacob « rêve » d’une échelle qui monte au ciel (Gen. 28, 12) , il s’agit de חֲלוֹם, halôm, de la racine חָלַם, hâlama, « rêver ». Mais ce mot a aussi pour deuxième sens : « devenir fort, vigoureux ».

L’hébreu aime accentuer la redondance : « Rêver un rêve » est une expression qui s’emploie en bonne part pour les vrais prophètes. Mais, dans certains cas, le « rêveur de rêves », חֹלֵם חֲלוֹם, peut être un faux-prophète, comme dans Deut. 13, 2. Dans ce cas, il est recommandé de se méfier de ces pseudo-rêveurs : il ne suffit pas de « rêver », il faut prouver ses dires par des « signes » ou des « prodiges ». Le « rêveur » doit affirmer la vérité de ses rêves par la force et la vigueur de ses preuves.

Le mot  שֵׁנָה , shenâh, s’emploie au sens de « sommeil, rêve, songe » et possède une connotation plus fragile, évanescente, comme dans « Tu les emportes semblable à un songe » (Ps. 90,5). La racine en est יָשַׁן , yâchân, « être las, s’endormir » — et qui renvoie à יָשָׁן , yâchân, « vieux ».

On trouve le même mot avec une orthographe légèrement différente (finale en T en ou en aleph) : שְׁנַת, shenât, comme dans « Je n’accorderai pas le sommeil à mes yeux » (Ps. 132, 4), et aussi שֵׁנָא, shenâa : « Dans son sommeil » (Ps. 127, 2).

 

Ces variations indiquent que le cœur de la racine de ce mot est formé par les deux consonnes SH et N (שׁנ). Notons que ces deux mêmes consonnes sont aussi au cœur de mots comme שֵׁנִי , sheniy, « second, autre », שֵׁנָא, shenâa, « se changer, être changé » ou encore שָׁנָה , shânah, « faire une seconde fois, répéter ; changer, différer ».

 

De façon éclairante, on trouve cette confluence et cette réunion de sens (« dormir », « répéter », « rêver », et « une seconde fois ») dans plusieurs versets bibliques, comme par exemple : « Il se rendormit et eut un deuxième songe » (Gen. 41, 5), ou : « Les deux rêvent un rêve, chacun son rêve, une même nuit, chacun selon l’interprétation de son rêve » (Gen. 40, 5).

 

Le sommeil et le rêve font vivre une seconde vie, ils font revivre autrement notre vie, comme « un deuxième songe », et, ce faisant, nous ne nous répétons pas, mais nous changeons, nous différons de nous-mêmes.

 

Il arrive aussi que le rêve se répète lui-même, à l’identique. Ce redoublement du songe, cette répétition du rêve, sans changement, sans différence, est alors un signe divin, fort inquiétant. « Et quand le songe a été réitéré à Pharaon pour la seconde fois, c’est que la chose est arrêtée par Dieu, et que Dieu se hâte de l’accomplir. » (Gen. 41, 32).

 

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