L’Or et l’Un — à l’aune de Verlaine


« Velours noir » ©Philippe Quéau (Art Κέω) 2024

L’or des métaphores, en son poétique tombeau,

Blesse Verlaine de ses couteaux,

Et son âme se zèbre en son rein beau.

Des « millions d’oiseaux d’or » volent vers l’aine,

Ou vers l’Ô — en bandes, « futures vigueurs ».

Le poète donne sa vie pour sa vision,

Et fourgue à tous son or et sa raison.

Ah ! Ce que sera alors cette lumière-là ! ……………………………

Ah ! La terre et la mer et le ciel, purs encor

Et jeunes, qu’arrosait une lumière d’or i.

…………..L’or du ciel est attique…………

Et sous tes cieux dorés et clairs, Hellas antique,

De Sparte la sévère à la rieuse Attique ii.

…………… L’or charme l’esprit………….

Et le Laërtiade

Dompta, parole d’or qui charme et persuade,

Les esprits et les cœurs, et les âmes toujours iii.

…………..Car l’or c’est le style……………

Je suis l’Empire à la fin de la décadence,

Qui regarde passer les grands Barbares blancs

En composant des acrostiches indolents

D’un style d’or où la langueur du soleil danse.iv

…………………..L’or recouvre les harems et les parfums………..

Mon désir créait sous des toits en or,

Parmi les parfums, au son des musiques,

Des harems sans fin, paradis physiques ! v

……………….Il y a de l’or dans ce nom même………..

Nevermore.

…………….Mais cet or est-il vrai ?…………

Redresse et peins à neuf tous les arcs triomphaux :

Brûle un encens ranci sur tes autels d’or faux ;vi

………………….Ou seulement doré ?………..

Couvre-toi de tapis mordorés, mur jauni ;

Pousse à Dieu ton cantique, ô chantre rajeuni.vii

………………..L’or est-il mort, est-il en vie ?………

Soudain, tournant vers moi son regard émouvant :

« Quel fut ton plus beau jour ? » fit sa voix d’or vivant.viii

…………………L’or est chair et se cache sous la caresse……….

Ah ! les oarystis ! les premières maîtresses !

L’or des cheveux, l’azur des yeux, la fleur des chairs ix

……………..L’or n’est pas d’ébène………..

Et de toi j’aime toute chose

De la chevelure, fontaine

D’ébène ou d’or (et dis, ô pose-

Les sur mon cœur) aux pieds de reine.x

………………..L’or est épars, comme l’est le départ………..

Avec ses cheveux d’or épars comme du feu,

Assise, et ses grands yeux d’azur tristes un peu xi.

…………….L’or est fin en ses cils et ses soucis………….

Et mon âme palpite au bout de tes cils d’or…

A propos, croyez-vous que Chloris m’aime encor ? xii

……………….L’or se love en ses yeux sans ombres……………..

Je chanterai tes yeux d’or et d’onyx

Purs de toutes ombres,

Puis le Léthé de ton sein, puis le Styx

De tes cheveux sombres. xiii

………………L’or sonne en son cœur…………….

Mais dans ton cher cœur d’or, me dis-tu, mon enfant,

La fauve passion va sonnant l’oliphant !… xiv

……………..Du cliché de l’or, le poète n’en a cure aucunexv………….

Cœur d’or, comme l’on dit, âme de diamant xvi

……………………L’or luit dans l’œil vagabond…………

Leurs jambes pour toutes montures,

Pour tout bien l’or de leurs regards. xvii

………………….L’or aime la gloire et les gueux…………

Et l’or fou qui sied aux pauvres glorieux,

Aux poètes fiers comme les gueux d’Espagne xviii.

……………………….Pour le Pauvre, l’or, comme la vie, est chose vaine………

La sale vanité de l’or qu’on a, l’envie

D’en avoir mais pas pour le Pauvre, cette vie xix.

…………………………L’or est partout, et même dans le sommeil………………

L’or dilaté d’un ciel sans bornes

Berce de parfums et de chants,

Chers endormis, vos sommeils mornes ! xx

………………………L’or se voit aussi dans les cieux………………

Emportant son trophée à travers les cieux d’or!xxi

…………………L’or fane en mer…………

L’atmosphère est de perle et la mer d’or fané.xxii

…………………….L’or dure dans le couchant…………..

Ces clochers, cette tour, ces autres, sur l’or blême

Des nuages à l’ouest réverbérant l’or dur xxiii

…………………L’or est dans les astres……………..

Tournez, tournez ! Le ciel en velours

D’astres en or se vêt lentement.xxiv

……………………Le soleil lui-même est d’or…………..

Que lui fait l’astre d’or, que lui fait la charmille xxv,

………………….En effet, ainsi apparaît-il…………..

Car voici le soleil d’or. — xxvi

………………………Le soleil luit moins que la blondeur……………

Le soleil luisait haut dans le ciel calme et lisse,

Et dans ses cheveux blonds c’étaient des rayons d’or. xxvii

…………………L’or est plus noir vers le soir……………

Les yeux noirs, les cheveux noirs et le velours noir

Vont contrastant, parmi l’or somptueux d’un soir. xxviii

……………………..L’or luit dans l’agonie du jour………………..

Et le soleil couchant, quand dans l’or il s’effondre,

Pleure du sang de n’ouïr plus, les soirs d’été,

Monter vers lui l’air sombre et gai répercuté.xxix

……………………L’or s’y éteint et trouve enfin sa fin…………..

Le couchant d’or et d’améthyste

S’éteint et brunit par degré. xxx

…………………..Mais le plus bel or, c’est l’aurore……………..

De fauve l’Orient devient rose, et l’argent

Des astres va bleuir dans l’azur qui se dore

[…]

L’alouette a volé stridente : c’est l’aurore ! xxxi

…………………L’or illumine et voile le lit des morts…………….

Des rideaux de draps d’or roides comme des murs xxxii

…………………L’or est l’auréole de l’ange………………..

L’Ange des vieux tableaux avec des ors au fond. xxxiii

………………………Il faut le dire encore : l’or est partout.…………..

L’or sur les humbles abîmes. xxxiv

……………………Il est dans la parole et dans le rire…………..

Monsieur, vous raillez mieux encor

Que vous n’aimez, et parlez d’or;

Mais taisons-nous, si bon vous semble ? xxxv

…………………L’or est éphémère, il papillonne……………

– papillon de pourpre et d’or. xxxvi

………………..L’or vole parmi les blés……………..

L’or des pailles s’effondre au vol siffleur des faux xxxvii

…………………L’or s’entend dans le cor……………

La note d’or que fait entendre

Un cor dans le lointain des bois xxxviii

…………………….L’or s’écoute dans sa voix……………

Mon oreille avide d’entendre

Les notes d’or de sa voix tendre. xxxix

…………………..L’or se marie au tendre………………..

Et de noces d’or et du tendre xl

………………………..L’or brille sous le sang…………….

Voix de l’Orgueil ; un cri puissant, comme d’un cor.

Des étoiles de sang sur des cuirasses d’or xli

…………………Le sang fait fleurir l’or…………….

Ton sang qui s’amasse

En une fleur d’or xlii

………………………..L’or est le présent des mages……………..

La myrrhe, l’or et l’encens

Sont des présents moins aimables

Que de plus humbles présents

Offerts aux Yeux adorables.xliii

…………………..L’or s’allie à la soie et aux satans………………..

Dans un palais, soie et or, dans Ecbatane,

De beaux démons, des satans adolescents, xliv

……………………….L’or se lie à l’ombre…………….

D’arbres au vent et de poussière d’ombre et d’or.xlv

………………………..L’or se voit dans la voix…………….

Avec de l’or, du bronze et du feu dans la voix xlvi

………………………….L’or luit dans les batailles……………….

C’est le contact, c’est le conflit

Dans le sens, pur alors, qu’on lit

Sur l’or lucide des batailles.

Fi des faciles compromis! xlvii

………………….L’or coule………….

L’or fond et coule à flots et le marbre éclate xlviii

…………………..Les lèvres aiment l’or……………

Et tumultueuse et folle et sa bouche

Plonge sous l’or blond, dans les ombres grises; xlix

………………….L’or, élusive allusion à l’extase……………..

À ton étreinte, bras très frais, souple et dur flanc,

Et l’or mystérieux du vase pour l’extase. l

…………………..L’or de l’âme, un flux de blondeur……………..

Son âme en blanc linceul, par l’espace éclairci

D’une douce clarté d’or blond qui flue et vibre

Monte au plafond ouvert désormais à l’air libre

Et d’une ascension lente va vers les cieux. li

………………………L’or, l’or, toujours l’or, et encore de l’or……………………

La Gueule parle: « L’or, et puis encore l’or,

Toujours l’or, et la viande, et les vins, et la viande,

Et l’or pour les vins fins et la viande, on demande

Un trou sans fond pour l’or toujours et l’or encor ! »

La Panse dit : « À moi la chute du trésor !

La viande, et les vins fins, et l’or, toute provende,

A moi ! Dégringolez dans l’outre toute grande

Ouverte du seigneur Nabuchodonosor ! lii

…………………….L’or, c’ est le passé……………

A ce mien passé d’or vanné représenté

Par un Génie en l’air, misère et liberté liii

……………………..L’or, c’est l’âme même…………….

On fut jeune et on l’est encor,

Cœur de diamant, âme d’or

Pur et dur, un trésor à prendreliv

…………………..Tout compte fait : l’Or est l’Un, pour tout, partout, toujours………………………

________________________

iVerlaine. Poèmes saturniens. Prologue

iiVerlaine. Poèmes saturniens. Prologue

iiiVerlaine. Poèmes saturniens. Prologue

ivVerlaine. Jadis et naguère. Langueur

vVerlaine. Poèmes saturniens. Résignation

viVerlaine. Poèmes saturniens. Nevermore

viiVerlaine. Poèmes saturniens. Nevermore

viiiVerlaine. Poèmes saturniens. Nevermore

ixVerlaine. Poèmes saturniens. Voeu

xVerlaine, Chair, Chanson pour elle.

xiVerlaine. Cellulairement. Amoureuse du diable.

xiiVerlaine. Jadis et naguère. Les uns et les autres. Scène 8

xiiiVerlaine. Poèmes saturniens. Sérénade

xivVerlaine. Poèmes saturniens. Lassitude

xvVerlaine use à l’occasion de clichés, sans trop de modération, mais pour s’en détacher aussitôt, en une pirouette. Quelques exemples de cliché choisis (« franc comme l’or », « rouler sur l’or », « le veau d’or », « le silence d’or »), et de leurs envols ultérieurs:

 » (…) franche

Comme l’or, comme un bel oiseau sur une branche ».

Bonheur, Œuvres complètes, Tome II.

« Tu nageais dans l’argent et tu roulais sur l’or,

Et, pour te faire heureuse et belle mieux encor,

Une passion vraie et forte t’avait prise,

Qui t’exalta longtemps comme un bon vin qui grise. »

Élégies, Œuvres complètes, Tome III.

« Vous voulez tuer le veau gras

Et qu’un sonnet signe la trêve.

Très bien, le voici, mais mon rêve

Serait, pour sortir d’embarras

Et nous bien décharger les bras

De la manière la plus brève,

— Tel un lourd fardeau qu’on enlève—

Que ce veau fût d’or et très gras. »

Dédicaces, A Léon Vanier, Œuvres complètes, Tome III.

« Le bruit de ton aiguille et celui de ma plume

Sont le silence d’or dont on parla d’argent.

Ah ! cessons de nous plaindre, insensés que nous fûmes,

Et travaillons tranquillement au nez des gens ! »

Vers sans rimes, Œuvres complètes, Tome III.

xviVerlaine. Cellulairement. Amoureuse du diable.

xviiVerlaine. Poèmes saturniens. Grotesques

xviiiVerlaine. Jadis et naguère. Sonnets et autres vers

xixVerlaine. Amour. Angélus de midi

xxVerlaine. Poèmes saturniens. Sub urbe

xxiVerlaine. Poèmes saturniens. Epilogue

xxiiVerlaine. Amour. Bournemouth

xxiiiVerlaine. Sagesse. XIX

xxivVerlaine. Romances sans paroles. Bruxelles. Chevaux de bois.

xxvVerlaine. Poèmes saturniens. Monsieur Prudhomme

xxviVerlaine. La bonne chanson. Avant que tu ne t’en ailles

xxviiVerlaine. Romances sans paroles. Beams

xxviiiVerlaine. Poèmes saturniens. César Borgia

xxixVerlaine, Épigrammes, 11, Œuvres complètes, Tome III.

xxxVerlaine. Jadis et naguère. Les loups

xxxiVerlaine. Jadis et naguère. Les vaincus

xxxiiVerlaine. Poèmes saturniens. La mort de Philippe II

xxxiiiVerlaine. Poèmes saturniens. Epilogue

xxxivVerlaine. Romances sans paroles. Bruxelles. Simples fresques.

xxxvVerlaine. Fêtes galantes. Les indolents.

xxxviVerlaine. Fêtes galantes. L’amour par terre

xxxviiVerlaine. Sagesse. XX

xxxviiiVerlaine. La bonne chanson. VIII

xxxixVerlaine. La bonne chanson. XI

xlVerlaine. Sagesse. Ecoutez la chanson bien douce.

xliVerlaine. Sagesse. XIX

xliiVerlaine. Sagesse. Du fond du grabat

xliiiVerlaine. Liturgies intimes. Rois

xlivVerlaine. Jadis et naguère. Crimen amoris

xlvVerlaine. Sagesse. Parisien, mon frère à jamais étonné

xlviVerlaine. Amour. Bournemouth

xlviiVerlaine. Épigrammes, 10, Œuvres complètes, Tome III.

xlviiiVerlaine. Jadis et naguère. Les vaincus

xlixVerlaine. Parallèlement. Pensionnaires

lVerlaine. Prologue supprimé à un livre « d’invectives ».Œuvres complètes, Tome II.

liVerlaine. Jadis et naguère. La grâce

liiVerlaine. Amour. Sonnet héroïque

liiiVerlaine. Dédicaces. A Armand Sinval, Œuvres complètes, Tome III.

livVerlaine. Épigrammes, Œuvres complètes, Tome III, p.236.

Inspiration ou obstination ?


« Inspiration » ©Philippe Quéau (Art Κέω) 2024

En épilogue à ses Poèmes saturniens, Verlaine évoque, pour les dédaigner manifestement, tous les transports de « l’Inspiration », dont l’Égérie, l’Ange, la Muse, la Colombe, le Saint-Esprit, l’Archange, ou Apollon lui-même, gratifient les poètes de « seize ans », ainsi que tous les « pauvres gens » qui croient que l’Art exige d’« éparpiller son âmei ».

« Ah! l’Inspiration superbe et souveraine,

L’Égérie aux regards lumineux et profonds,

Le Genium commode et l’Erato soudaine,

L’Ange des vieux tableaux avec des ors au fond,

La Muse, dont la voix est puissante sans doute,

Puisqu’elle fait d’un coup dans les premiers cerveaux,

Comme ces pissenlits dont s’émaille la route,

Pousser tout un jardin de poèmes nouveaux,

La Colombe, le Saint-Esprit, le saint délire,

Les Troubles opportuns, les Transports complaisants,

Gabriel et son luth, Apollon et sa lyre,

Ah ! l’Inspiration, on l’invoque à seize ansii ! »

Pourquoi seize ans ? Peut-être parce que c’était l’âge de Rimbaud quand Verlaine le connut, ainsi qu’il le rapporte : « Nous avons eu la joie de connaître Arthur Rimbaud. Aujourd’hui des choses nous séparent de lui, sans que, bien entendu, notre très profonde admiration ait jamais manqué à son génie et à son caractère. A l’époque relativement lointaine de notre intimité, Arthur Rimbaud était un enfant de seize à dix-sept ansiii. » Verlaine avait dépassé depuis longtemps l’âge de l’enfance quand il revendiqua pour lui-même l’épithète de « Suprême Poète », réservée seulement, semble-t-il, à ceux qui cisèlent « les mots comme des coupes » et qui font « des vers très froidement ». Rejetant le « saint délire » des « inspirés », il revendiqua du haut de son génie lent et sûr, l’« étude sans trêve », l’« effort inouï », le « combat non pareil » et l’« âpre travail » :

« Ce qu’il nous faut à nous, les Suprêmes Poètes

Qui vénérons les Dieux et qui n’y croyons pas,

A nous dont nul rayon n’auréola les têtes,

Dont nulle Béatrix n’a dirigé les pas,

A nous qui ciselons les mots comme des coupes

Et qui faisons des vers émus très froidement,

A nous qu’on ne voit point les soirs aller par groupes

Harmonieux au bord des lacs et nous pâmant,

Ce qu’il nous faut, à nous, c’est, aux lueurs des lampes,

La science conquise et le sommeil dompté,

C’est le front dans les mains du vieux Faust des estampes,

C’est l’Obstination et c’est la Volonté !

C’est la Volonté sainte, absolue, éternelle,

Cramponnée au projet comme un noble condor

Aux flancs fumants de peur d’un buffle, et d’un coup d’aile

Emportant son trophée à travers les cieux d’or !

Ce qu’il nous faut à nous, c’est l’étude sans trêve,

C’est l’effort inouï, le combat non pareil,

C’est la nuit, l’âpre nuit du travail, d’où se lève

Lentement, lentement, l’Œuvre, ainsi qu’un soleiliv ! »

Seule l’Obstination, « lentement, lentement », permet de sculpter avec le ciseau de la pensée « le bloc vierge du Beau », cette masse de marbre, cette tonne immobile de « Paros immaculé ». Le mot obstination, tout comme le verbe s’obstiner : « S’attacher fermement, envers et contre tout, à une idée, à une résolution, à une tâche; persister dans une attitude », viennent du latin obstinare « vouloir quelque chose d’une volonté opiniâtre ». Obstinare, « s’obstiner »  et destinare, « fixer, attacher » ont pour même racine –stanō, « se tenir », dont le radical indo-européen *st(h)ā a donné par exemple le sanskrit ásthāt « il s’est mis debout ». De très nombreux mots latins dérivent de cette racine, dont status « qui se tient droit, dressé, immobile », statio « station, résidence ; mouillage, port », stator « esclave public chargé de la poste », Stator, épithète de Jupiter, statua :« statue », destituō :« établir ; abandonner », prōstituō : « placer devant ; prostituer », restō : « demeurer en arrière », obstō : « se tenir devant, faire obstacle », substō: « se tenir dessous, résister »,  superstō:  « se dresser par-dessus, dominer, surmonter », consistō : « arrêter ; se composer de, consister en », desistō :« s’éloigner, abandonner, cesser de », exsistō :  « se dresser hors de ; s’élever, sortir de terre, surgir ; exister, apparaître »…

Refusant de se laisser inspirer, Verlaine s’obstina à s’obstiner. Quant à moi je butine, telle une abeille à mots, un frelon à sons, suçant leurs sucs et leurs essences. Et je me plais à imaginer un poète futur, dont la poésie serait faite de toutes ces sortes de stances : la substance et la superstance, la consistance, la désistance, et l’ex-sistance.

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i« Libre à nos Inspirés, cœurs qu’une œillade enflamme,

D’abandonner leur être aux vents comme un bouleau:

Pauvres gens ! l’Art n’est pas éparpiller son âme :

Est-elle en marbre, ou non, la Vénus de Milo ? »

Paul Verlaine. Poèmes saturniens. In Œuvres complètes, Tome I. Ed. Vanier, Paris, 1907, p.78

iiPaul Verlaine. Poèmes saturniens. In Œuvres complètes, Tome I. Ed. Vanier, Paris, 1907, p.77

iiiPaul Verlaine. Les Poètes maudits, II. In Œuvres complètes, Tome IV. Ed. Messein, Paris, 1920, p.16

ivPaul Verlaine. Poèmes saturniens. In Œuvres complètes, Tome I. Ed. Vanier, Paris, 1907, p.77-78