Fractal rapt


« Fractal rapt » ©Philippe Quéau (Art Κέω) 2026

J’étais alors mêlée à la ronde des roses et du jasmin. Un oiseau chanta dans la nuit : « Apportez le vin de la nouvelle aube, réveillez-vous, veineux enivrés! » … Il n’est pas étrange que ce souvenir me brûle encore. Quand je me suis quittée moi-même, son esprit m’incendiait le sang et me nouait la gorge et la déglutition, symphonie surgie entre ses silences. Elle coupa court aux cris sourds des extasiés. Il m’avait dit en chemin : Je fus souvent avec eux. Ils me voyaient, mais ils ne sentaient pas ce que tu sens. Toi, tu ne me vois pas, mais tu te senspleine de vie et de moi. Je sentais toutes les parties de mon corps emplies de délectations. Je sentais combien la vie embrasse les âmes. Mais le dire ainsi semble une arlequinade, une galéjade. En réalité, tout se passa bien autrement qu’il ne peut être dit. L’expérience est une spoliation, une saisie, un rapt. La mainmise (au sens du droit féodal) du chiffre secret de la vie, la libre sublimité, l’assaut des mondes éternels, la découverte des prodiges, l’irruption des armées au sommet de la montagne, la profération de l’âme (clamant, comme un nouveau Moïse : Montre-toi à moi!), les déferlantes de l’Océan incréé, les racines de l’univers, l’éphémère tout entier assemblé en un point, l’appel abyssal, la capacité foncière de l’humus et de l’humain, la transfiguration de l’être, le cru pur de l’aurore.

Il n’est point de limite aux plus extrêmes extases; ce qui existe est sans limite.

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