
comme aux jours de fête sur les morts
passent la souvenance et l’ange à l’aile
brisée
‒ l’esprit se meut vers les collines arasées
en présence de ceux qui le nient
.
les poètes n’annoncent plus ce qui demeure
ce qui s’étend sur la plaine prolifère sous les murs
des colonies i d’arbres sans racines
.
je croirais qu’elle naît si je voyais l’aube
le pin s’est approché de l’olivier
le chêne vert s’est lié à l’orme mort
ils viennent de bien plus lointain qu’elle
.
la coupe déborde de lueurs sombres
suintant de torpeurs sèches
sans pensées la guerre est ailée
il faut mourir quand la nuit est égale au jour
.
la mer a pris la mémoire et l’a donnée au vent
il a ouvert la voie aux soleils
à l’air maître des feux
il vit il va et son vouloir veut ce que deviendra
ce qui vient s’est déjà fait connaître
il s’est soumis sous un ciel étrange
.
le port de l’exil est l’usage de la terre
le propre est dépossédé de l’autre à jamais
ils aiment la haine et l’oubli l’or et l’orgueil
jusqu’à l’orient souriant le ciel est à l’obscur
la justice crucifiée les jours sans mérite
.
j’ai dit il n’y aura pas de culture tueuse
quelle est l’essence de la poésie?
.
au commencement l’esprit était libre
il n’était ni terre ni source
aujourd’hui il fuit la proie des tombes
celles qui donnent de la vie aux âmes ont le sang consumé
elles ne savent plus ce qu’elles veulent elles ont perdu la voie
des fleurs et l’ombre des herbes accablées
.
l’esprit n’est commun à aucune foule
l’histoire n’est pas sainte
dans le vaste terreau des cerveaux
dans la glaise grasse des synapses
des gliales en gésine geignent
.
tout ce qui devient cherche quelque unité
pour autant qu’elle s’en souvienne
par-delà la terre et les cieux
l’âme si numineuse se nomme dès sa naissance
et se lie d’air et d’essence
.
la pensée s’est dépassée
elle n’est plus au commencement
la source est sourde
aigre la promesse
la terre n’a plus d’origine
la loi est son linceul
le fond l’avale et la vomit
.
l’esprit l’enterre et rode
depuis plus longtemps que l’eau coule
il s’éprend des douleurs
de l’effroi des viesii faibles
d’autres ombres saillissent sur ce qui se ferme
.
l’origine surgit mais ne montre rien
elle cèle les apparences
elle meut le monde l’aveugle l’assourdit
.
la fille oublie la mère et délie les mémoires
elle est tournée vers les pensées premières
elle sait son origine et ignore sa fin
hors d’elle-même elle demeure
.
nous autres sommes destinés à l’oubli
les choses mêmes nous oblitèrent
nous errons parmi les origines
la genèse a disparu
.
l’amour et ce qui était avant l’esprit
se terre
le feu devra être porté seul
en ce soi étranger à cette terreiii
_________________________________________________
i« L’esprit aime la colonie et l’oubli ». Hölderlin. Le Pain et le Vin. Publié par Friedrich Beissner. Les Traduction du grec de Hölderlin, 1933, p. 147. Traduction de l’allemand par Jean Launay, in Matin Heidegger. Approche de Hölderlin. Gallimard, 1973, p.114
ii« We had to teach the despairing men, that it did not really matter what we expected from life, but rather what life expected from us. » (« Nous devions apprendre aux hommes désespérés que ce qu’on attend de la vie n’importe pas, mais plutôt ce que la vie attend de nous. »). Viktor Frankl. Man’s Search for Meaning. 1963, p. 122
iii« Je suis un étranger sur la terre » (Ps 119, 19) גֵּר אָנֹכִי בָאָרֶץ , guer anokhi va’arêts.
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.