
Quand on « pousse » l’esprit dans ses retranchements, il y a peut-être une chance qu’il s’illumine alors d’une étrange et inattendue manière. Quand on « presse » la réflexion à fond, il arrive que, d’aventure, une étincelle paraisse. Quand un grand malheur « étreint » l’âme, une flamme de désespoir peut s’allumer en elle. C’est ce que j’appellerai ici l’effet « piézo-psychique », par analogie avec l’effet piézoélectrique. On sait que l’effet piézoélectrique, du mot grec ancien πιέζω (piézô : « serrer, presser, étreindre i« ), décrit la capacité de certains corps solides à générer une charge électrique à la suite d’une contrainte mécanique. La force appliquée modifie la structure microscopique du corps ; des dipôles se forment, entre lesquels une tension électrique se crée. Il est également possible d’inverser cet effet : en appliquant une tension, des matériaux piézoélectriques peuvent être déformés élastiquement. L’un des principaux matériaux piézoélectriques est le cristal de quartz (SiO2). Je suppose que le cerveau, de par sa structure même, peut être le siège d’effets « piézo-psy ». D’une manière générale, il produit des champs « psychiques », des champs de « conscience », lorsque certaines contraintes internes (biochimiques, électromagnétiques, ou autres) s’appliquent au niveau de ses différentes structures microscopiques. Et, comme pour l’effet piézoélectrique, l’inverse est possible: lorsque les champs psychiques qui traversent le cerveau voient leur intensité modifiée, ou lorsque leurs potentiels se reconfigurent, cela affecte en retour les neurones, les synapses ou les cellules gliales. On sait qu’aux nombreuses représentations mentales qui se propagent d’une manière ou d’une autre à travers les neurones, les synapses et les cellules gliales du cerveau, peuvent être associés des potentiels électriques, électromagnétiques ou autres. D’où l’usage des EEG (électro-encéphalogrammes) pour certains diagnostics, et l’emploi d’autres imageries basées sur d’autres types de rayonnement, comme la tomodensitométrie (TDM), l’imagerie par résonance magnétique (IRM), la magnétoencéphalographie (MEG), la tomographie par émission de positons (TEP), la tomographie d’émission monophotonique (TEMP), la scintigraphie et les techniques d’imagerie nucléaire. Remarquons que certaines représentations mentales, pour fugaces qu’elles soient, d’un point de vue électromagnétique ou biochimique, peuvent cependant acquérir une forme de stabilité qui leur permet de se fixer à plus long terme: elle deviennent des « idées » qui apparaissent dès lors à la conscience et qui, par la suite, peuvent mobiliser la volonté et habiter la mémoire. On sait que le cerveau est sans cesse plongé dans une myriades de processus de toutes natures, mais dans ce flux permanent, il est aussi capable d’engendrer des formes relativement permanentes (que l’on appelle représentations, idées, concepts, désirs, volontés, …). Comment expliquer que ces formes psychiques émergent de potentiels électriques plus ou moins évanescents, soumis continuellement à des variations chimiques, électriques et même ‒ au plus profond de la matière ‒ à des sauts quantiques? A ce propos, rappelons que la mécanique quantique permet d’expliquer que des électrons puissent se propager dans des cristaux photoniques iii sous forme d’ondes, sans aucune perte d’énergie, comme s’ils constituaient un gaz diffus de particules libres, traversant sans encombre des couches de matériaux diélectriques dotés de divers potentiels électromagnétiques. Elles peuvent même parcourir des distances considérables sans subir des phénomènes de « diffusion » ou de « dispersion », comme le montre l’utilisation des fibres optiques à grande échelle, à travers la planète. Par analogie avec les propriétés des cristaux photoniques, on pourrait supputer que les réseaux cérébraux doivent sans doute être structurés de manière à favoriser ou, au contraire, à empêcher la propagation de toutes sortes d’ondes « psychiques », pour partie de nature électromagnétique. Les ondes psychiques dont la propagation est favorisée peuvent, de proche en proche, s’agréger en « idées », en « sentiments », en « volontés », en « souvenirs ». En revanche, on conçoit que bien d’autres sortes d’ondes sont, quant à elles, filtrées, bridées, et empêchées de submerger le cerveau de leur « bruit ». Il serait fascinant d’en savoir plus sur tous les types d’ondes qui circulent dans les cerveaux humains. Malheureusement la recherche en ce domaine est encore balbutiante. On pourrait cependant méditer utilement sur le fait qu’il y a des idées et des pensées qui sont manifestement pensables, et qu’il y a aussi des idées ou des pensées qui sont a priori (neurologiquement) impensables par des cerveaux humains. L’établissement d’une carte exhaustive des catégories de pensées neurologiquement impensables est sans doute absolument hors de notre portée, puisque, ces pensées étant par définition « impensables », on ne peut pas même envisager de déterminer les conditions de leur pensabilité. En cette matière, on en est réduit à des observations très générales, et à la tentation des analogies, comme celle-ci: de même que l’on sait aujourd’hui fabriquer des matériaux diélectriques et des cristaux photoniques dotés de propriétés surprenantes quant aux déplacements de la lumière et quant à ses interactions avec la matière à l’échelle nanométrique, pouvant même impliquer le contrôle de photons individuels iv, par exemple en jouant sur la structure des bandes d’énergie des matériaux diélectriques, – de même la structure des innombrables bandes d’énergie du cerveau pourrait expliquer que les impulsions neuronales ne peuvent pas se propager dans certaines « directions », ou avec certaines « énergies », en application des lois de la mécanique quantique. Comme déjà dit, toutes les pensées en théorie possibles ne sont pas toutes pensables, en pratique. Si des « cristaux photoniques », fabriqués avec des couches de matériaux disposant de différentes constantes diélectriques et de divers indices de réfraction v, peuvent entretenir des champs électromagnétiques aux extraordinaires propriétés expérimentales, peut-on en imaginer l’analogue psychique? De même que l’on étudie les conséquences des symétries translationnelles, rotationnelles, en miroir, et par inversion temporelle, dans les cristaux photoniques, de même on pourrait imaginer étudier les effets des tropes, métaphores et autres métonymies dans les réseaux neuronaux des cerveaux humains. On pourrait, par extension, se représenter le cerveau neuronal en tant qu’il est baigné dans des champs psychiques ou « noétiques » disposant de divers indices de réflexion vi, en employant cette expression par analogie avec les indices de « réfraction » des cristaux photoniques. Suivant cette ligne de pensée, on pourrait imaginer un jour interagir quantiquement avec les structures neuronales pour influencer les pensées ou les souvenirs. Ce serait là une alliance nouvelle entre la biochimie, la neurologie, la mécanique quantique et la métapsychologie, en vue d’étudier la propagation des idées à l’échelle du cerveau et aussi, après de nombreuses « interactions », « réflexions » et « réfractions » (langagières, culturelles, sociales), leur pénétration et leurs effets dans les communautés humaines, les sociétés, et les civilisations… Pour résumer, il faut affirmer que divers types de « champs noétiques » sont associés à toutes les pensées et à toutes les consciences. L’approche actuelle des neurosciences qui consiste à se limiter à l’étude du cerveau comme organe isolé et autonome est vraisemblablement vouée à l’échec. Il faudrait prendre en compte aussi l’interpénétration et l’intrication de tous les champs noétiques individuels et collectifs pour rendre compte de phénomènes aussi mystérieux que l’apparition des consciences singulières, personnelles, ainsi que la formation des inconscients collectifs.
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i Au figuré, piézô signifie: « pousser au pied du mur, réfuter; insister sur, prendre particulièrement en considération; au passé, être accablé par le malheur, la maladie; tomber dans la misère », ce qui nous permet de justifier la façon dont nous filons ici la métaphore de la piézo-psy.
iiiJohn D. Joannopoulos. Photonic Crystals. Molding the Flow of Light, Princeton University Press, 2008
ivCf. John D. Joannopoulos. Photonic Crystals. Molding the Flow of Light, Princeton University Press, 2008
vL’indice de réfraction (en anglais, index of refraction ou IOR) est une grandeur sans dimension caractéristique d’un milieu, décrivant le comportement de la lumière dans celui-ci ; il dépend de la longueur d’onde de mesure mais aussi des caractéristiques de l’environnement (notamment pression et température).
viRéflexion : A. Changement de direction des ondes (lumineuses ou sonores) lorsqu’elles rencontrent un corps interposé. Phénomène se produisant à l’interface de deux milieux dans lesquels une onde électromagnétique possède des vitesses de propagation différentes, et représenté par le retour de cette onde dans le milieu d’où elle provient. Synonyme: réfraction.
B. Faculté qu’a la pensée de faire retour sur elle-même pour examiner une idée, une question, un problème; capacité de réfléchir.







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