Le paquet d’ondes de l’âme


« ….|— >|___>|——…. »  ©Philippe Quéau (Art Κέω) 2025

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Le schéma ci-dessus est une représentation, réduite à sa plus simple expression, de la « ligne d’existence » de tous les êtres qui sortent du néant pour accéder à la vie, puis qui passent de la vie à la mort, avant de retourner au néant. Le schéma emploie des pointillés ….., des tiretés —-, deux parenthèses fléchées >, trois barres verticales | , un segment de ligne continue ______, et se termine par un point d’interrogation. C’est là une tentative de symboliser la ligne temporelle de toute existence individuelle. Si l’on part de la gauche pour aller vers la droite, on voit d’abord une ligne de pointillés qui figurent le déroulement du temps, depuis le lointain passé jusqu’à un certain moment, spécial, unique, celui de la conception d’un être vivant. Pour des raisons pratiques, cette ligne n’a pas été représentée dans sa totalité. Elle devrait, en théorie, commencer à l’origine même des temps, disons à la date du Big Bang, pour fixer les esprits. On s’est contenté de figurer sa partie finale, juste avant l’apparition d’une première barre verticale et d’une ligne de tiretés, qui figurent la période de temps comprise entre la conception de l’être humain et sa naissance. La première parenthèse fléchée représente le processus de l’accouchement, la deuxième barre verticale symbolise la mise au monde. La ligne continue figure la durée de la vie dans ce monde. La seconde parenthèse fléchée dénote la période précédant le moment de la mort, lui-même symbolisé par une troisième barre verticale. La seconde série de tiretés figure une période intermédiaire, pendant laquelle, selon certaines traditions, l’âme de l’être considéré continue d’être présente dans ce monde. Enfin, la dernière ligne de pointillés symbolise une nouvelle période, celle de la décomposition du corps, puis de la plongée dans le « néant » qui va s’ensuivre, jusqu’à une hypothétique fin des temps, représentée par un point d’interrogation.

Pourquoi ce schéma ? Parce qu’il permet de filer les quelques métaphores spatio-temporelles et physico-métaphysiques qui suivent.

La « tranche de vie » comprise entre la naissance et la mort peut être assimilée à un segment spatio-temporel appartenant à l’espace-temps associé à la totalité de l’univers. Ce segment de « vie » a bel et bien existé dans l’espace-temps, et il continuera d’exister en tant que tel pendant toute la durée de l’existence de l’espace-temps lui-même. Autrement dit, même longtemps après la mort d’un être vivant, l’intégralité de sa « vie » continuera d’être mémorisée dans les lignes d’espace-temps correspondant à son passage sur terre, ici symbolisées par le segment de ligne continue. De même que le «fond diffus cosmologique» continue de témoigner de l’apparition d’une illumination primordiale émise après le Big Bang, de même tout ce qui a existé dans une partie de l’univers pendant une tranche de temps spécifique, continuera d’être inscrit dans la substance même de l’espace-temps, du moins tant que ce dernier existe encore. Celui-ci figure une sorte de conservatoire de tout ce qui fut, de tout ce qui est et de tout ce qui sera. Un pur observateur, c’est-à-dire extérieur à cet univers, et donc indépendant de son espace-temps, serait en mesure d’en visiter par l’esprit les moindres recoins, et peut-être de « re-vivre » virtuellement tous les événements inscrits dans le segment spatio-temporel associé à telle ou telle « tranche de vie ». Supposons, un instant, pour le besoin de cette conjecture, qu’existent en dehors de cet univers des intelligences dématérialisées, affranchies de tous liens avec quelque corporéité spatio-temporelle, celles-ci seraient en théorie capables de survoler et d’explorer librement l’intégralité de l’espace-temps correspondant à cet univers, depuis son origine jusqu’à son effondrement final. Toutes les « tranches de vie » de tous les êtres vivants seraient ainsi conservées intégralement dans cet espace-temps comme dans des blocs de plexiglas métaphysiques, présentés dans les vitrines du musée total de l’univers.

Depuis longtemps, l’idée d’un dualisme de l’âme et du corps a été défendue par des philosophes comme Platon et Descartes. Par ailleurs, et de façon complètement indépendante, la physique quantique nous a familiarisé depuis environ un siècle avec un autre dualisme fondamental, celui de l’onde et de la particule. Pour le plaisir de la spéculation, je propose de comparer ces deux formes de dualisme (âme/corps et onde/particule). L’âme serait alors au corps ce que l’onde est à la particule. Si l’on file la métaphore plus avant, certains résultats de la physique quantique pourraient permettre de formuler de nouvelles hypothèses sur la relation de l’âme et du corps. En effet, on pourrait poser l’existence de « champs de conscience », de même qu’existent de par l’univers des champs gravitationnels et des champs quantiques. Ces champs de conscience, tout comme les champs quantiques, pourraient être associés à des fonctions d’ondes. La naissance d’une nouvelle âme dans un corps particulier pourrait alors être comparée à l’« effondrement », ou à la « réduction », au sens quantique, d’un « paquet d’ondes de conscience », jusqu’alors restées dans un état d’indétermination. Cet effondrement ou cette réduction feraient suite à l’interaction d’un certain paquet d’ondes avec quelque « matière-mère » constituée par les premières cellules du fœtus, peu après la conception. L’individualité et la personnalité d’une âme singulière seraient initialement « informées » par l’intrication de ce paquet d’ondes avec les cellules fœtales au moment de la « réduction », et ensuite constamment influencées par d’autres formes d’intrication tout au long de la vie. La vie suivrait son développement, conquérant progressivement différents niveaux de conscience, selon les expériences vécues. Pendant toute la durée de la vie, le complexe ‘corps-âme’ serait continuellement intriqué avec des champs de conscience de différentes natures. Il serait en somme analogue à ce qu’on appelle en physique un « corps noir », c’est-à-dire « un objet idéal qui absorbe parfaitement toute l’énergie électromagnétique (toute la lumière quelle que soit sa longueur d’onde) qu’il reçoit (d’où son nom de « noir ») et qui la restitue intégralement sous forme d’un rayonnement thermique particulier, dit rayonnement du corps noir ». Cette analogie permettrait de se figurer le complexe ‘corps-âme’ d’un être vivant comme absorbant lui aussi l’énergie des divers champs de conscience dans lequel il est plongé, la restituant sous forme de « rayonnements de conscience », dont l’âme aurait particulièrement conscience quand ils l’« illumineraient ». Lorsque la mort survient, au moment figuré sur notre schéma par la troisième barre verticale, un processus de désintrication de l’âme et du corps se met en place, jusqu’à la complète séparation de l’âme et du corps. Lorsque ce processus prend fin, symbolisé par la seconde série de tiretés, l’âme prend la forme d’un nouveau « paquet d’ondes de conscience », enrichies de toutes les expériences vécues, conscientes ou inconscientes, et plus particulièrement de toutes les « prises de conscience » qui auront eu lieu pendant la vie. Ces « prises de conscience » sont distribuées tout au long de la vie. En fait, en chaque instant, en théorie, la conscience est capable de « prendre conscience » qu’elle est elle-même une conscience capable de prendre conscience d’elle même. J’emploierai ici une dernière métaphore, qui parlera sans doute à ceux qui ont quelques notions de mathématique élémentaire, celle des séries de Taylor i. En tout point d’une courbe associée à une fonction infiniment dérivable, toute l’information permettant de définir entièrement cette fonction en tous ses autres points est disponible. Cette information est constituée par l’ensemble de toutes les dérivées de la fonction au point considéré. Si l’on applique cette métaphore mathématique à la fonction d’onde de l’âme, cela signifie qu’en tout instant de la vie de l’âme, elle emporte avec elle toute sa vie passée et à venir, ‒ mais seulement si elle est « indéfiniment dérivable ». Or, la courbe de vie d’une âme ne peut pas être préjugée « indéfiniment dérivable ». Cette courbe possède en effet des points singuliers, figurés sur notre schéma par les barres verticales. Conclusion : la métaphore des séries de Taylor appliquée à l’âme n’a qu’une portée restreinte, mais elle nous ouvre une piste intéressante : l’âme peut être assimilée à une fonction d’onde infinie, dont le champ quantique associé non seulement remplit cet univers, à sa manière, mais aussi le dépasse.

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i En mathématiques, et plus précisément en analyse, la série de Taylor au point a d’une fonction f (réelle ou complexe) indéfiniment dérivable en ce point, appelée aussi le développement en série de Taylor de f en a est une série entière approchant la fonction autour de a, construite à partir de f et de ses dérivées successives en a. (Wikipédia)

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