Ode au poulpe


« Poulpe » ©Philippe Quéau (Art Κέω) 2025

Il n’est pas bon que tout le monde lise ce qui va suivre ; quelques-uns seuls savoureront ce fruit sans noyau sans danger.

Lecteur, c’est peut-être la haine que tu veux…

Tes narines seraient alors démesurément dilatées de contentement ineffable, d’extase immobile.

Mais non, point n’y comptes, de l’or est à mon insu ici.

Il y en a qui écrivent pour rechercher les applaudissements humains…

Mais non, point n’y comptes, de l’or est à mon insu ici.

Tempêtes, sœurs des ouragans ; firmament bleuâtre, dont je n’admets pas la beauté.

Ô poulpe, au regard de soie ! toi, dont l’âme est inséparable de la mienne ; toi, le plus beau des habitants du globe terrestre, et qui commandes à un sérail de quatre cents ventouses ; toi, en qui siègent noblement, comme dans leur résidence naturelle, par un commun accord, d’un lien indestructible, la douce vertu communicative et les grâces divines, pourquoi n’es-tu pas avec moi, ton ventre de mercure contre ma poitrine d’aluminium, assis tous les deux sur quelque rocher du rivage ?

Oh ! quand vous entendez le poulpe féroce raconter, aux vagues de la mer, ses victoires sur les nageurs et les naufragés, dites-le, ces voix majestueuses ne sont-elles pas plus belles que le ricanement de l’homme !

Quelquefois, dans une nuit d’orage, pendant que des légions de poulpes ailés, ressemblant de loin à des corbeaux, planent au-dessus des nuages, en se dirigeant d’une rame raide vers les cités des humains, avec la mission de les avertir de changer de conduite, le caillou, à l’œil sombre, voit deux êtres passer à la lueur de l’éclair, l’un derrière l’autre.

Des légions solitaires de poulpes sont devenues mornes à l’aspect de ces fulgurations sourdes et inexprimables.

Quel ne fut pas son étonnement, quand il vit le « mâle d’aurore », changé en poulpe, avancer contre son corps ses huit pattes monstrueuses, dont chacune, lanière solide, aurait pu embrasser facilement la circonférence d’une planète.

Poitrine divine, souillée, un jour, par l’amer contact des tétons d’une femme sans pudeur ! Âme royale, livrée, dans un moment d’oubli, au crabe de la débauche, au poulpe de la faiblesse de caractère, au requin de l’abjection individuelle, au boa de la morale absente, et au colimaçon monstrueux de l’idiotisme ! Le cheveu et son maître s’embrassèrent étroitement, comme deux amis qui se revoient après une longue absence.

Adieu, vieillard, et pense à moi, si tu m’as lu. Toi, jeune homme, ne te désespère point ; car, tu as un ami dans le vampire.

Avec les tiens acariens, ce n’est pas rien.

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