
En la regardant, j’y avais trouvé des manques, les uns apparents et manifestes, et d’autres plus voilés, cachés dans les profondeurs. Il y avait aussi cette présence immanente de pulsions nomades, de tensions hostiles, m’épiant jour et nuit, attendant le moment d’un possible rezzou, ou bien laissant subsister une paix factice. Avec celles-là, on ne savait jamais s’il fallait se préparer à la guerre ou se contenter d’une trêve provisoire.
J’aimais alors à renfermer ma pensée en son intérieur. Je ne voulais pas qu’un seul jour pût m’être jamais enlevé. Je désirais que mon âme s’attachât à elle-même, qu’elle ne se mêlât à rien d’étranger, à rien qui la soumît de quelque manière au jugement d’autrui. Que sans souci, elle se complût dans sa tranquillité. On le sait bien : on naît puis on meurt. Mais ce que l’on sait moins bien, c’est que l’on ne naît pas pour mourir. On naît pour « partir ». Partir où ? Partir vers soi. On peut croire que beaucoup d’hommes pourraient en effet atteindre à une forme de sagesse, s’ils ne pensaient pas y être déjà parvenus. L’orgueil, toujours l’orgueil.
Ah ! mais cher ami, on n’arrive jamais ! Dieu étant L’Illimité, chaque fois que nous parvenons quelque part, cela se ferme en boucle et le Cône de continuer… Cependant, un Sage se retire dans la Montagne, que dis-je, il devient la Montagne. Peu importe ce que l’on croit ou non, sur le chemin, il est un basculement. Ici débute un inversement. Alors, l’on reconnaît, alors l’on reconnaît !
Salutations respectueuses !
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« On n’arrive jamais », vous avez bien raison, mais du moins, on peut toujours « partir » (« Va vers toi! »), et en cela, surtout ne pas suivre l’exhortation de Baudelaire qui voulait écrire au fronton de la Gare de Montparnasse: « On ne part pas! » L’Illimité se trouve aussi dans les détails, comme le Diable, qui s’y cache aussi dit-on. D’où ces boucles étranges où les possibles incompatibles s’affrontent. Quant au « Cône », Chrysippe était réputé avoir décrété qu’il était une métaphore du serf-arbitre ou de la Destinée, puisqu’il ne peut que tourner sur lui-même, à la différence du Cylindre qui, lui, peut se mouvoir sur un plan incliné. Ce plan-là, sur lequel rouler, on peut l’appeler « Montagne », mais il n’en est aucune qui ne finisse par aller à la Mer, molécule par molécule. Et une fois arrivée dans cet abysse-là, la Montagne elle-même, ou le Sage qui l’incarne, s’y reconnaît-il? Il connaît alors qu’il a tout à connaître encore, tant il reconnaît sa microscopique (et pourtant savoureuse) granularité. Celle du sel (ce grain de gemme)…
Sincères salutations et remerciements pour votre commentaire. C’est toujours un plaisir, d’échanger des mots.
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Merci d’avoir pris le temps de me répondre. Ces mots échangés sont aussi source de joie.
Quand je vous parlais du Cône, je vous confie que cela m’apparaissait semblablement à une vision et je remarque que cela correspond à une étape décisive sur le plan du cheminement intérieure. Mais, il est clair que rien ne se réduit à rien et que chaque chose est en son amplitude exponentielle. Chaque fois, nous observons. De fait, l’observation, c’est-à-dire l’ouverture, la réceptivité, ne manque pas de nous révéler son entièreté permanente et constante. Nous entrons dans ce qui pourrait être la différentiation, au sens singularité et unité (plénitude, accord avec le Céleste). L’effacement n’est pas une posture mais, comme vous le dite, un état de reconnaissance. Je suis sûre que le sage atteint un état de non-identification magistrale.
Il est et, reconnaît Celui qui est.
PS : il m’apparaît aussi que la Trigonométrie est source révélatrice d’une géométrie intérieure à l’image de celle qui est visible. Peut-être y reviendrons-nous ? Je suis en train de me « laisser étudiée » cela.
Mes salutations sincères.
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