Breath and Word in Veda and Judaism


The Vedic rite of sacrifice required the participation of four kinds of priests, with very different functions.

The Adhvaryu prepared the animals and the altar, lit the fire and performed the actual sacrifice. They took care of all the material and manual part of the operations, during which they were only allowed to whisper a few incantations proper to their sacrificial activity.

The Udgatṛi were responsible for singing the hymns of Sama Veda in the most melodious manner.

The Hotṛi, for their part, had to recite in a loud voice, without singing them, the ancient hymns of the Ṛg Veda while respecting the traditional rules of pronunciation and accentuation. They were supposed to know by heart all the texts of the Veda in order to adapt to all the circumstances of the sacrifices. At the end of the litanies, they uttered a kind of wild cry, called vausat.

Finally, remaining silent throughout, a Brahmin, a referent of the good progress of the sacrifice, guarantor of its effectiveness, supervised the various phases of the ceremony.

These four kinds of priests had, as one can see, a very different relationship to the word of the Veda. The first murmured (or mumbled) it, the second sang it, following a melody, mingled with music, the third proclaimed it, concluding with a shout. Finally, silence was observed by the Brahmin.

These different regimes of vocal expression can be interpreted as so many possible modalities of the relationship of the word to the divine. They accompany and give rhythm to the stages of the sacrifice and its progression.

The chant is a metaphor for the divine fire, the fire of Agni. « Songs fill you and increase you, as the great rivers fill the sea » says a Vedic formula addressed to Agni.

The recitation of Ṛg Veda is a self-weaving narrative. It can be done word for word (pada rhythm), or in a kind of melodic path (krama) according to eight possible varieties, such as the « braid » (jatā rhythm) or the « block » (ghana rhythm).

In the « braid » style, for example, a four-syllable expression abcd was pronounced in a long, repetitive and obsessive litany: ab/ba/abc/cba/bc/cb/bcd/dcb/bcd

When the time came, the recitation finally « burst forth » like thunder. Acme of sacrifice.

The Vedic word appears in all its successive stages a will to connect, an energy of connection. Little by little set in motion, it is entirely oriented towards the construction of links with the Deity, the weaving of close correlations, vocal, musical, rhythmic, semantic.

It is impregnated with the mystery of Deity. It establishes and constitutes by itself a sacred link, in the various regimes of breath, and by their learned progression.

A hymn of Atharvaveda pushes the metaphor of breath and rhythm as far as possible. It makes us understand the nature of the act in progress, which resembles a sacred, mystical union: « More than one who sees has not seen the Word; more than one who hears has not heard it. To the latter, she opened her body as to her husband, a loving woman in rich finery.»

The Vedic Word is at the same time substance, vision, way.

A comparison with the divine Word and Breath in the biblical texts can be interesting.

In Gen 2:7, God breathes a « breath of life » (neshmah נשׁמה) so that man becomes a living being (nephesh נפשׁ ). In Gen 1:2, a « wind » from God blows (rua רוּח). The « wind » is violent and evokes notions of power, strength, active tension. The « breath » of life, on the other hand, can be compared to a breeze, a peaceful and gentle exhalation. Finally, God « speaks », he « says »: « Let there be light! ».

On the subject of the breath and wind of God, Philo of Alexandria comments: « This expression (he breathed) has an even deeper meaning. Indeed three things are required: what blows, what receives, what is blown. What blows is God; what receives is intelligence; what is blown is breath. What is done with these elements? A union of all three occurs. »

Philo poses the deep, intrinsic unity of breath, soul, spirit and speech.

Beyond languages, beyond cultures, from the Veda to the Bible, the analogy of breath transcends worlds. The murmur of the Adhvaryu, the song of Udgatṛi, the word of Hotṛi, and its very cry, form a union, analogous in principle to that of the divine exhalation (neshmah, נשׁמה), the living breath (nephesh, נפשׁ ), and the wind of God (rua, רוּח ).

In all matters, there are those who excel in seeing the differences. Others see especially the similarities. In the Veda and the Bible, the latter will be able to recognize the persistence of a paradigm of speech and breath in seemingly distant contexts.

The Aryan Veda and Semitic Judaism, beyond their multiple differences, share the intuition of the union of word and breath, – which is also a divine prerogative.

Le souffle et la parole


Le rite védique du sacrifice demandait la participation de quatre sortes de prêtres, aux fonctions bien différenciées.

Les Adhvaryu préparaient les animaux et l’autel, ils allumaient le feu et effectuaient le sacrifice proprement dit. Ils s’occupaient de toute la partie matérielle et manuelle des opérations, pendant lesquelles ils n’étaient autorisés qu’à murmurer quelques incantations propres à leur activité sacrificielle.

Les Udgatṛi avaient la responsabilité de chanter les hymnes du Sâma Véda, de la façon la plus mélodieuse.

Les Hotṛi, quant à eux, devaient réciter à voix forte, sans les chanter, les anciens hymnes du Ṛg Véda en respectant les règles traditionnelles de prononciation et d’accentuation. Ils étaient censés connaître par cœur l’intégralité des textes du Veda pour s’adapter à toutes les circonstances des sacrifices. A la fin des litanies, ils proféraient une sorte de cri sauvage, appelé vausat.

Enfin, restant silencieux tout au long, un Brahmane, référent de la bonne marche du sacrifice, garant de son efficacité, supervisait les diverses phases de la cérémonie.

Ces quatre sortes de prêtres avaient, comme on voit, un rapport très différent à la parole du Véda. Les premiers la murmuraient (ou la marmonnaient), les seconds la chantaient, en suivant une mélodie, mêlée de musique, les troisièmes la proclamaient, concluant d’un cri. Enfin, le silence était observé par le Brahmane.

Ces différents régimes d’expression vocale peuvent s’interpréter comme autant de modalités possibles du rapport de la parole au divin. Ils accompagnent et rythment les étapes du sacrifice et sa progression.

Le chant est une métaphore du feu divin, le feu d’Agni. « Les chants t’emplissent et t’accroissent, comme les grands fleuves emplissent la mer » dit une formule védique adressée à Agni.

La récitation du Ṛg Veda est un récit se tissant lui-même. Elle peut se faire mot à mot (rythme pada), ou en une sorte de cheminement mélodique (krama) selon huit variétés possibles, comme la « tresse » (rythme jatā) ou le « bloc » (rythme ghana).

Dans le style « tresse », par exemple, une expression de quatre syllabes abcd était prononcée en une longue litanie répétitive et obsessionnelle: ab/ba/abc/cba/bc/cb/bcd/dcb/bcd…

Le moment venu, la récitation enfin « éclatait », comme un tonnerre. Acmé du sacrifice.

La parole védique figure dans toutes ses étapes successives une volonté de connexion, une énergie de liaison. Peu à peu mise en branle, elle est tout entière orientée vers la construction de liens avec la Déité, le tissage de corrélations serrées, vocales, musicales, rythmiques, sémantiques.

Elle est imprégnée du mystère de la Déité. Elle établit et constitue par elle-même une liaison sacrée, dans les divers régimes de souffle, et par leur savante progression.

Un hymne de l’Atharvaveda pousse la métaphore du souffle et du rythme le plus loin possible. Elle fait comprendre la nature de l’acte en cours, qui s’apparente à une union sacrée, mystique : « Plus d’un qui voit n’a pas vu la Parole ; plus d’un qui entend ne l’entend pas. A celui-ci, elle a ouvert son corps comme à son mari une femme aimante aux riches atours. »

La Parole védique est à la fois la substance, vision, voie.

Une comparaison avec la Parole et le Souffle divins dans les textes bibliques peut être intéressante.

Dans Gen 2,7, Dieu insuffle un « souffle de vie » (neshmah נשׁמה) pour que l’homme devienne un être vivant (nephesh נפשׁ ). Dans Gen 1,2, souffle un «vent » de Dieu (ruah רוּח). Le « vent », violent, évoque des notions de puissance, de force, de tension active. Le « souffle » de vie en revanche se compare à une brise, une exhalaison paisible et douce. Enfin, Dieu « parle », il « dit » : « Que la lumière soit ! ».

Au sujet du souffle et du vent de Dieu, Philon d’Alexandrie commente : « L’expression (il insuffla) a un sens encore plus profond. En effet trois choses sont requises : ce qui souffle, ce qui reçoit, ce qui est soufflé. Ce qui souffle c’est Dieu ; ce qui reçoit c’est l’intelligence ; ce qui est soufflé c’est le souffle. Qu’est-ce qui se fait avec ces éléments ? Il se produit une union de tous les trois. »i

Philon pose l’unité profonde, intrinsèque, du souffle, de l’âme, de l’esprit et de la parole.

Par-delà les langues, par-delà les cultures, du Veda à la Bible, l’analogie du souffle transcende les mondes. Le murmure de l’Adhvaryu, le chant de l’Udgatṛi, la parole de l’Hotṛi, et son cri même, forment une union, analogue dans son principe à celle de l’exhalaison divine (neshmah נשׁמה), du souffle vivant (nephesh נפשׁ ), et du vent de Dieu (רוּח ruah).

En toute matière, il y a ceux qui excellent à voir les différences. D’autres voient surtout les ressemblances. Dans le Véda et la Bible, ces derniers pourront reconnaître la persistance d’un paradigme de la parole et du souffle dans des contextes apparemment éloignés.

Le Véda aryen et le judaïsme sémite, au-delà de leurs multiples différences, partagent l’intuition de l’union de la parole et du souffle, prérogative divine.

i Philon. Legum Allegoriae 37